L'effet tsunami

Avant la dernière vague la mer se retire, et cette ultime vague est d'autant plus violente que le reflux a été impétueux. La chute des prix du pétrole et des biens alimentaires pourraient se trouver dans ce creux incertain.

Avant la dernière vague la mer se retire, et cette ultime vague est d'autant plus violente que le reflux a été impétueux. La chute des prix du pétrole et des biens alimentaires pourraient se trouver dans ce creux incertain.

 

La tremblote des prix

 

Depuis quelques années maintenant, tous les yeux sont rivés sur les cours des matières premières comme pourraient l'être ceux d'un joueur au casino attendant de voir où s'arrête la boule qui tourne. L'effondrement des prix depuis cet été pourrait être une bonne nouvelle : plus facile de manger, de prendre de l'essence, la vie plus facile. Mais, cette baisse soudaine fait peser des risques de long-terme inquiétants – en plus des risques de déflation beaucoup plus immédiats.

 

Comme sur tout marché, c'est l'offre et la demande qui fixent les prix. La montée en puissance des BRIC, en particulier de la Chine, a fait explosé la demande en matières premières, riz et pétrole en premier chef. L'offre n'a pas suivi à la même vitesse et les prix ont augmenté très vite sur des produits à faible élasticité. En temps voulus, nous avons discuté des effets du bioéthanol, de la spéculation et force est de constater que personne n'a trouvé aujourd'hui de réponse à ces questions, et peut-être que jamais on ne pourra démêler ce qui relevait de la pure spéculation, des mécanismes structurels jouant sur les marchés spécifiques des matières premières, de la crise financière faisant affluer les capitaux, etc.

 

Le reflux avant la grande vague

 

La baisse des prix aujourd'hui suit une logique similaire à celle qui a prévalu à leur hausse : la crise économique, le ralentissement marqué de l'économie mondiale fait baisser la demande en matière première, tandis que les capitaux s'effacent d'un marché en baisse. Cette baisse est bien-sûr un soulagement pour les industries consommatrices de pétrole et autres matières premières. A ceci près qu'elles ont presque toutes passés des contrats de trois ans et qu'elles continuent aujourd'hui encore à payer le pétrole au prix de cet été. Les effets de la baisse se feront sentir peu à peu. Après l'hyperinflation, c'est aujourd'hui de déflation que l'on parle.

 

Pourtant, avec la hausse des prix, de nouveaux projets ont pu être lancés qui n'auraient pas été rentables avec des prix inférieurs. Des forages plus profonds, de nouvelles plateformes pétrolières, nouvelles cultures céréalières, etc. la hausse des prix a mis en branle une révolution structurelle de l'offre que la baisse remet entièrement en cause. Les prix aujourd'hui ne permettent plus de préparer l'avenir, et pire, ils limitent les capacités de maintenance, d'entretien et d'amélioration des installations existantes.

 

Au moment où l'activité économique reprendra, la demande augmentera de nouveau, mais l'offre ne sera pas là. Encore moins là. Et une nouvelle bulle risque de se former, alimentée par des capitaux libérés et non employés, fournis en quantité par les Banques centrales. Et la croissance peut être tuée de nouveau. Nous serions dans un cycle aberrant où une reprise de croissance serait tuée par une hyperinflation, non par les prix, mais par les coûts.

 

Ces risques sont aussi alimentaires, et les famines que nous avons connues l'année dernière ne peuvent être qu'un avant-goût de ce qui suivra. Et on comprend que dans ces situations, grande est la tentation de sécuriser ses sources d'approvisionnement en matières premières, de les placer hors des effets de marché, et de réorganiser son agriculture pour la rendre moins dépendante des fluctuations du marché. Une réorganisation structurelle plus protectionniste n'est pas à exclure. Et les discours sur les vertus de l'ouverture des frontières peuvent ne pas tenir longtemps face à des économies souffrant des effets du marché. 2008 ouvre une période longue d'instabilités économiques mondiales, dont la pire manifestation pourrait être la trappe de liquidités potentiellement créé par les taux nuls de la Fed, et dont il faudra parler plus tard.

 

Des phénomènes cycliques, avec des cycles de plus en plus brutaux et amplifiés n'est pas à exclure. Comment nous en sortirons ? Nul le peut le dire aujourd'hui.

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