L'affaire Fortis

On perçoit mal en France tout le bruit et la fureur qui entourent l'affaire Fortis. Les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique s'entredéchirent et Fortis est dépecé. Les conséquences politiques de cette histoire sont déjà dangereuses, elles risquent de l'être bien plus à l'avenir.
On perçoit mal en France tout le bruit et la fureur qui entourent l'affaire Fortis. Les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique s'entredéchirent et Fortis est dépecé. Les conséquences politiques de cette histoire sont déjà dangereuses, elles risquent de l'être bien plus à l'avenir.

 

 

Une brève histoire de Fortis

 

Fortis était une banque qui avait l'ambition de devenir LA banque du Bénélux. Ayant un appétit plus développé que son estomac, elle décida de gonfler et se mit à acquérir toutes les banques alentours. La petite banque belge devint bientôt un acteur financier international. Pour ce faire, à l'image de Natixis ou de Calyon, elle développa des activités risquées mais juteuses.

 

Pour parachever son succès, Fortis décida d'absorber ABN Amro. Le gouvernement néerlandais avait autorisé cette vente, contre l'avis des néerlandais. ABN et Fortis, deux banques de taille similaire, la vieille banque plus ou moins bien gérée et le jeune loup ayant grossi à vue d'oeil.

 

Malheureusement, lorsque la crise des subprimes éclata, ce fut le drame. Fortis subit de plein fouet la baisse des produits structurés, puis celle des marché via ses différentes activités. Puis, il lui devint impossible de finaliser l'acquisition d'ABN Amro faute de trouver l'argent nécessaire. Enfin, coup de grâce, les Belges paniqués retirèrent plusieurs milliards d'euro de leur compte. Fortis se retrouva sur les genoux. Pour éviter un risque systémique, l'intervention étatique était nécessaire.

 

Fortis en discorde bénéluxoise.

 

Le problème d'une intervention étatique était cependant que Fortis était une banque du Bénélux et que trois Etats s'en réclamaient. Il fut alors décider de couper Fortis en trois et de revendre les morceaux à chacun d'entre eux. Les Pays-Bas récupérèrent une partie d'ABN. Mais, pour des raisons soudaines, décidèrent qu'ils voulaient la récupérer en entier. La Belgique de son côté décida de vendre les activités de Fortis à BNP Paribas (Paribas étant un souvenir de l'ancienne Banque des Pays-Bas), en échange d'une participation dans celle-ci. Car un Etat n'a que faire d'une banque finalement. Tout cela dans un contexte brouillon : les banques initialement pressenties pour reprendre certaines activités, comme RBS ou ING, s'étant désisté au dernier moment.


Dans l'incapacité de s'entendre, les pays du Bénélux se sont repliés sur leurs intérêts propres, les Pays-Bas voulant récupérer leur banque nationale ABN, le Luxembourg préférant rester à l'écart et continuer ses activités financières (le Luxembourg doit d'ailleurs être le seul pays actuel à recruter massivement de jeunes financiers – les capitaux cherchent en temps de crise un lieu sûr où se ranger). La Belgique, elle, s'est retrouvée dans une situation catastrophique.

 

Fortis en discorde belge

 

En Belgique, les actionnaires n'apprécient pas que leur banque ait été dépecée et revendue cavalièrement par leur Etat. Ils ont perdu 95% de leurs avoirs et leur banque, Fortis, est aujourd'hui une coquille vide : toutes les activités lucratives ont été vendues et il ne reste qu'une vague activité d'assurance et une autre de produits strucutés. Les actionnaires ont décidé de faire un procès pour annuler la transaction, mais il n'a pas abouti. Ils sont alors décidé à trouver d'autres moyens de récupérer leur argent.

 

A cela, il faut ajouter les affaires de délis d'initiés – l'un des ministres aurait vendu ses actions avant l'annonce de son démantèlement. Et l'on voit que l'affarie Fortis devient une affaire d'Etat. Une affaire dont le gouvernement belge, déjà considérablement affaibli par les dissensions internes, aurait bien aimé se passer. Mais, en regardant de plus loin, on s'aperçoit que la chute de Fortis correspond aussi à celle du système financier belge. Fortis était l'utopie d'un Bénélux unifié financièrement, et surtout, d'une Belgique rayonnante, unifiée et entreprenante. La chute de Fortis est un symbole.

 

Jusqu'où ira cette affaire ? Nous n'en savons rien. D'autant que les élections européennes se rapprochent, pouvant exacerber les tensions entre flamands et wallons. Avec un Etat discrédité, des citoyens cherchant leur argent – et l'on sait à quel point les motifs pécuniaires peuvent être motivant – l'avenir de la Belgique ne s'annonce pas rose. Et, n'oublions pas que les Belges ont l'impression que c'est la France, via BNP, qui leur a piqué Fortis. Une affaire d'autant plus étrange qu'on n'en entend rien en France.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.