Article à « deux voix » écrit avec Helene Huby, ici. Encore une fois, la France est dans le rouge pour ses comptes publics, caramba, ça n'en finira donc jamais ?
Déficit français, un problème européen Les déficits publics sont un problème européen. Le déficit des Etats-Unis, qui frôle les 4% cette année n’affole pas grand monde, au contraire, car c’est le signe que le gouvernement américain a essaye d’administrer un électrochoc a une économie moribonde. Le problème dans l’UE est que les déficits publics font peser des pressions sur la politique monétaire commune, et ce d’autant plus qu’ils sont importants et disparates. En faisant le mauvais élève, la France gène tout le monde et pas seulement elle-même. C’est pour éviter ca, les pressions sur les taux ou l’inflation, qu’existe le pacte de stabilité – qui s’est d’ailleurs assoupli en 2005.
Beaucoup de pays ont récemment réussi a redresser leurs comptes, Royaume-Uni ou Espagne par exemple, grâce a une « rationalisation » de leur dépenses publiques. Car, parler de déficit public est d’abord un bon moyen de faire bouger dans l’administration. Un vieux truc de leadership : on trouve un épouvantail pour faire avancer le schmilblick. Exemple, la LOLF.
Pour fixer les idées, rappelons que 42% du déficit concerne la protection sociale, au sens large, 14% la sante, 13% les services publics et 12% l’éducation. Les intérêts n’en représentent que 5%.
Mieux ou moins dépenser ? Mieux dépenser semble une première solution. Le problème n’est pas tant de s’endetter que de le faire utilement : construire une autoroute qui permettra a une région de prospérer, personne n’y trouvera a redire ; en construire une en plein désert, par contre... Mais il n’est pas toujours facile de savoir ou va l’argent, et on constate par exemple une forte dégradation des comptes pour les administrations locales, peut-être due a une mauvaise articulation de la décentralisation. L’Etat amélioré quand a lui ces comptes.
Deuxième solution, réduire les dépenses de personnel. En gros, diminuer le nombre de fonctionnaires. Mais cela revient souvent a déplacer la frontière entre public et prive : tel est le cas des partenariats public-prives au Royaume-Uni : on confie au prive ce que le public faisait auparavant. On change la nature des dépenses en redéfinissant ce qui est public et ce qui est prive.
Un exemple est celui des retraites. Entre capitalisation et répartition, la différence économique est non seulement moindre mais surtout ambigüe. L’avantage est cependant, pour l’Etat, de se débarrasser d’un poids gênant, et de le refiler aux citoyens. Idem pour la sante. Car, on le voit, réduire le budget de l’éducation peut ressembler a des économies de bouts de chandelle, quand on voit ce qui est dépense en protection sociale. C’est, au fond, l’Etat-providence qui coute cher.
Trop de dépenses, pas assez de recettes...
On peut aussi augmenter les recettes. C’est ce qui s’est passe en Irlande et Espagne, avant la crise, grâce a leurs économies flamboyantes. Ou alors en augmentant les impôts, mais la France est déjà vice-champion de l’UE dans ce domaine, donc bon... En 2007, selon Eurostat, le taux de prélèvement français (44% du PIB) était supérieur à la moyenne européenne (39,6% du PIB) et la France se plaçait en tête du peloton pour sa fiscalité sur le travail et le capital (respectivement 2è et 4è de la zone euro).
Vu de Londres, la France est un pays qui dépense beaucoup pour son bien-être, 53.4% du PIB chaque année, contre 44.6 au Royaume-Uni. La faible croissance française n’arrange, et n’arrangera, bien sur pas les choses.