Pour en finir avec l’argument du temps de formation des réanimateurs

L'argument d'Olivier Véran disant qu'il est impossible de renforcer les équipes de réanimation car cela nécessite une formation de médecins réanimateurs de dix ans est un trompe l'œil visant à nous faire accepter l'inaction du gouvernement qui ne répond pas à une question simple : qui voulons-nous former ?

 

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Afin de justifier l’investissement proche de zéro dans les hôpitaux par le gouvernement en pleine période d’épidémie de COVID-19, Olivier Véran, avec le soutien de tous les représentants du gouvernement, nous explique qu’il est de toute façon impossible de former des réanimateurs vu que le délai de formation est de dix ans. Alors zou ! Tous confinés. Or ce raisonnement est un sophisme total qui oublie un élément majeur qu’Olivier Véran ne peut ignorer lui-même : la formation des médecins déjà en activité.

On ne demande pas de former des « niveaux baccalauréat »

En affirmant qu’il faille former les médecins réanimateur sur une durée de 10 ans, Olivier Véran envisage donc de former des gens niveau BAC au métier de réanimateur, première année de concours inclus.

Pour vous faire simple, la formation des médecins, toutes spécialités confondues, possède un socle commun sur ces dix ans qui dure… six ans. Par la suite, ils se spécialisent en passant un deuxième concours appelé le concours de l’internat.

Pourquoi un socle commun si long me direz-vous ? Tout simplement pour pouvoir posséder une connaissance de la médecine au complet, dans le but de former des médecins avant tout, et non de simples spécialistes, capables de faire face à toutes les situations, en particulier en cas d’urgence. Les externes (avant l’internat) doivent d’ailleurs aller se former de service en service, à toutes les spécialités ou presque, avant de se spécialiser.

De ce fait, n’importe quel médecin possède le socle de connaissances nécessaires pour être formé en urgence à une situation sanitaire particulière.

Si on voulait être un peu idiot, on pourrait donc déjà dire que sur ces dix ans, il n’en reste donc plus que quatre. Sacrée économie.

La formation pourrait se focaliser sur la prise en charge du COVID-19

Le deuxième point soulignant cette mauvaise foi d’Olivier Véran, c’est de considérer que l’on a besoin de former des médecins réanimateurs pour toutes les situations auxquelles ils sont susceptibles de faire face dans leurs carrières de réanimateurs. Là aussi, c’est une idiotie : on a besoin de faire des formations accélérées à des médecins sur la prise en charge de patients COVID-19, pas pour le reste.

Alors certes, il peut y avoir des complications, des notions et des subtilités que seul un médecin réanimateur serait capable d’interpréter et prendre en charge, mais on pourrait très bien imaginer un service de médecins réanimateurs chapeauté par un chef de service, comme c’est déjà le cas, renforcé par une équipe de médecins formés au COVID-19, et uniquement cela, qui seraient sous la responsabilité des autres médecins réanimateurs du service. Impossible ? Ça existe déjà : les internes présents et formés dans ces services. Pourquoi les médecins réanimateurs seraient-ils plus aptes à faire confiance à des individus dont la formation n’est pas terminée qu’à des praticiens venant d’autres spécialités et se retrouvant dans la même situation : se former ?

Le volontariat des médecins est primordial

Il y a un vrai travail de formation et de changement des mentalités à opérer : ne peut-on réellement pas se passer de dermatologues par exemple, pendant un mois, or urgences médicales bien entendu, le temps de faire face à cette nouvelle vague ?

Depuis mars, si on avait commencé ce travail de formation immédiatement, ils auraient déjà bénéficié de huit mois de formation. Sur les quatre ans qu’il reste à tirer pour devenir des médecins réanimateurs complets, on aurait déjà réalisé 15% de la formation initiale totale. On aurait encore du travail, mais on aurait avancé.

Les chirurgiens qui reportent leurs blocs pour cause de pandémie de COVID-19, ne pourraient-ils pas venir aider en renfort dans les services de réanimation selon ces modalités de formation évoquées en sus ?

Alors certes, le chirurgien moyen au melon démesuré, vous savez, ce cliché qu’on a tous en tête, il aura peut-être un peu à mal à se voir chapeauté par de « simples » médecins réanimateurs, lui qui se prend pour le maître du monde, mais j’ai envie de dire à ces héros : peut-être que c’est le moment d’être justement les rois du monde et de mettre son ego de côté, juste le temps de sauver des vies.

Allez, c’est un cliché, je sais qu’ils seraient volontaires pour la grande majorité.

Bizarrement, on ne les entend pas, il faut sûrement crier un peu plus fort, docteurs.

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