Essoufflement

On manque de souffle. Au propre comme au figuré. On a du mal à respirer de partout.

On tousse, on remplit nos services de réanimation parce qu’on manque littéralement d’air, la faute à un virus qui cible, comme fait exprès, toutes les personnes fragiles, comprendre qui vivent avec un tas d’autres pathologies que pendant des années on n’a surtout pas cherché à guérir. On appelle ça des comorbidités. Tu vis avec des trucs morbides en toi tout le restant de ta vie, mais c’est cool, parce que tu n’en meurs pas, et tu devrais t’en contenter. Parce que si tu savais combien tu rapportes !

Ta morbidité est une bénédiction. Pas pour toi, mais pour ceux qui te « soignent ». Si on était cyniques, on se dirait qu’on a surement trop investi dans tous ces traitements rentables parce qu’ils ne te guérissent jamais, mais te maintiennent en vie assez longtemps pour que tu sois dépendant de molécules toute ta vie. Si au lieu de ça, on avait cherché et trouvé des moyens de te guérir, peut-être que ce virus ne t’aurais pas tué.

Mais là, tu manques de souffle. On te met des pompes à oxygène, parce que de toi-même, tu n’arrives plus à prélever tout seul ce qui est pourtant là, à portée de main, bien qu’insaisissable.

On baigne dans l’oxygène. Pour l’instant.

 

Encore que. On va commencer à tous en manquer. Le réchauffement climatique n’est plus une simple histoire alarmiste qu’on raconte aux gens pour leur faire peur. Désormais on le voit, on le vit. Les changements climatiques ont commencé. Les ours polaires ont commencé à migrer, au point de croiser d’autres espèces d’ours et d’engendrer des bâtards. Nos températures s’emballent, les normales saisonnières n’ont plus rien de normal. On mourra peut-être d’une autre canicule, ou du manque d’eau potable… A moins qu’on ne manque d’air.

On commence à transpirer en mars, on range les barbecues en novembre… Ça sent la graille.

 

Mais tout commence à saturer. Nos esprits étouffent, enfermés chez nous comme nous le sommes, douze heures par jour, comme si la solution pour que certains respirent mieux était d’étouffer tous ensemble. On veut tous arrêter la machine, revenir en arrière, reprendre les bases. Plus rien ne passe. Quand ils s’enflamment à vouloir nous tracer, à base de passeports vaccinaux garantissant des droits aux plus sains et plus vertueux, ceux que le régime reconnait comme valides et correspondant à ses critères de rentabilité, nous, on soupire. Ils lancent la machine, n’écoutent plus qu’eux-mêmes, au mépris de nos opinions, de nos consternations à les voir mettre en œuvrent des idéologies eugénistes dignes d’un quatrième Reich. Tous ces choix, devraient faire l’objet de référendums. Tous. Et pas une seule fois ils ne prononcent ne serait-ce que le mot.

Ils foncent dans leur folie, mais ils sont, eux aussi, à bout de souffle. Plus personne ne les écoute. Plus personne ne les respecte. On retient notre souffle dans l’attente d’une présidentielle qu’on espère salvatrice. Sachant qu’elle pourrait au contraire nous précipiter dans le pire des mondes.

 

Alors on s’occupe, on regarde des merdes à la TV, sur Netflix, Youtube, on sature les réseaux, on nous impose la 5G dont personne n’a besoin, au mépris du simple principe de précaution.

 

Ils accélèrent, comme fatigués d’attendre, comme si l’avenir appartenait à ceux qui vont trop vite. On nous a mis en pause pendant un an, mais il faut encore qu’ils accélèrent. Ça n’a aucun sens, plus rien n’a de logique, on donne des responsabilités à des abrutis, et on fait taire les voix dissidentes. Il n’y a plus qu’un seul discours qui vaille d’être entendu ou discuté, le leur.

 

Mais on a déjà dit tout ça, on a déjà décrit le problème. On se répète. On bégaye. On tousse.

 

Mais ce n’est pas mieux en face. Eux aussi, ils ont le hoquet. Ils nous rejouent la finale LREM – RN, comme si c’était acté, alors que ni l’un ni l’autre n’ont été capable de faire plus de 5% au seul dernier sondage qui vaille : les élections municipales. Plus personne ne les écoute. Plus personne ne les entend. Eux-mêmes sont restés le souffle coupé en se rendant compte lors du débat Darmanin – Le Pen de leurs incroyables similitudes malgré leurs apparats d’affrontement par stratégies de communication translucide.

Ca ne prend plus, on n’y croit plus, la machine est à bout de souffle. Comme nous, comme tous.

Le président n’a plus de voix, on ne l’entend plus, il est devenu inaudible. Ces derniers jours, il dirige le pays dans l’indifférence générale. Il n’est même pas foutu de donner une perspective, et même les chiffres, sur lesquels il s’appuie sans cesse pour tenter de justifier ses choix, même les plus abjectes, il ne les comprend plus.

 

C’est le problème quand il n’y a plus d’air, en physique on sait cela : dans le vide, le son ne passe pas.

 

Heureusement, dans ce déluge il y a parfois un peu d’espoir. Quand Benjamin Griveaux donne des leçons de républicanisme à Jean-Luc Mélenchon, lui qui a de façon très républicaine fait montre d’arguments très intimes en pleine campagne municipale, on se dit que malgré tout, certains ne manquent pas d’air.

 

Mais moi aussi, je m’essouffle. Rejeté par les miens, trahis par des auto-proclamés alliés, la lutte sent parfois le soufre. Alors je vérifie. J’ai toujours mes deux poumons, j’arrive toujours à courir, j’ai arrêté de fumer. Du souffle on en a. De la voix aussi.

 

Tout ce qu’il nous manque désormais. C’est de respirer ensemble le même air, pour faire tourner le sens du vent.

 

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