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Billet de blog 20 févr. 2020

Coup de gueule sur l’hypocrisie du respect de la vie privée

Cette fois-ci, un coup de gueule contre ce cirque auquel nous assistons depuis quelques jours, comparé à ce que nous devons endurer au quotidien du fait de leur propre politique.

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Image par Chris Sansbury de Pixabay © Image par Chris Sansbury de Pixabay
La vie privée en sacro-sainte valeur consensuelle

Depuis quelques jours, depuis l’affaire Griveaux, soyons clairs, tout le monde y va de son indignation concernant le non-respect de la vie privée.

Jusqu’au risible : Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur allant même jusqu’à parler du divorce du premier secrétaire du parti socialiste Olivier Faure, lequel, outré comme pas possible, crie son indignation sur le non-respect de sa vie privée, comme si tout cela pouvait avoir un quelconque intérêt, ou qu’il y eut une once de conséquence suite à ces propos du ministre.

Avions-nous besoin de connaitre la vie de M. Faure ? Non. Est-ce intéressant ? Non. Cela nous donne-t-il des informations en lien avec la politique prônée par ce monsieur ? Non. Est-ce qu’il a souffert de cette révélation ? Considérant qu’il s’agit d’un épisode de sa vie probablement désagréable, il n’a surement pas apprécié que l’on remue ces souvenirs, assurément. Donc peut-être un peu de souffrance sentimentale, ne le nions pas.

S’il s’agit davantage de blessures personnelles qu’on ne souhaite pas aborder tous les quatre matins, que de réelles révélations mettant en cause la cohérence d’Olivier Faure, on peut comprendre que de voir sa vie abordée comme si de rien sur une antenne à grande écoute de la radio française l’ait un tantinet irrité.

Mais si toutes ces indignations peuvent être totalement comprises, allant d’un Griveaux traumatisé par la diffusion de son anatomie sur les réseaux sociaux, à un Faure chafouin qu’on parle de ses histoires de cœur, il n’en demeure pas moins que comparé à la politique intrusive que nous subissons depuis des années et qui tend à se développer davantage, je suis pris d’une immense colère face à une telle hypocrisie.

Pendant qu’ils chialent

Pendant que chouinent Griveaux, Faure et consorts, les assurances s’octroient le droit de nous faire passer des visites médicales pour nous accorder ou non des crédits, des placements ou des assurances.

Pendant qu’ils chialent, nous devons laisser Linky enregistrer notre consommation électrique, jusqu’à la multiprise branchée dans la chambre, et enregistrer notre temps de présence aux toilettes en fonction du temps d’allumage de la lumière des chiottes. Vous seriez rentré un peu plus tôt que prévu que n’importe qui dans votre foyer pourrait constater une hausse de la consommation électrique à 16h12 ce jeudi.

Pendant ce temps-là, nous devons déclarer nos conjoints à nos employeurs, en remplissant leurs fiches collaborateur lors de nos embauches, permettant d’en savoir plus sur nos orientations sexuelles, pour peu que vous soyez marié.

Pendant qu’ils reniflent, le fisc peut désormais scruter nos réseaux sociaux pour estimer si selon eux, nous vivons au-dessus de nos moyens ou pas.

Nous devons accepter de nous faire filmer en permanence, depuis chez soi jusqu’au travail, ou pire, jusque chez sa maitresse, après tout, pourquoi pas ? Si un candidat qui se masturbe sur le net ne doit pas nous surprendre, je pense qu’on peut accepter l’idée de l’infidélité normative sans sourciller.

Nous devons même anticiper d’être immédiatement identifiable avec ce projet de reconnaissance faciale, tendance dictature chinoise, dystopie de Black Mirror, et qu’ils expérimentent et souhaitent mettre en place le plus rapidement possible.

Pendant qu’ils s’outrent, toutes nos photographies se retrouvent téléchargées, aspirées, dans le cloud, un mot mystère pour désigner de gigantesques disques durs qui stockent toutes nos infos perso dans des locaux américains. Oui chers amis, la photo de vous à demi nu, alcoolisé, en compagnie de votre crush de ce 31 décembre, est encodée proprement dans la Silicon Valley.

Pendant qu’ils râlent sur une info inintéressante, les GAFAM travaillent tous à collecter vos données de santé, soi-disant pour faciliter votre prise en charge médicale, les mêmes qui travaillent avec tous ces financiers qui vous refuseront votre prêt parce que votre cœur bat un peu trop vite pour eux. Ce qui devait être un lien secret entre vous et votre médecin fait désormais intervenir votre fournisseur de réseau, le système d’exploitation de votre appareil, les financiers partenaires de ces entreprises, le laboratoire qui vous vend le service ou le traitement pour lequel ils vous ont fait installer une application, votre médecin et j’en oublie probablement.

On nous vend du rêve, de la simplicité, de la synchronisation sur tous nos appareils, rendant notre téléphone accessible depuis le PC, la tablette, la console de jeu, même le frigo, le grille-pain et je ne sais quoi, depuis chez vous, le travail, la rue, depuis la lune probablement. Tout ça transitant par les réseaux des GAFAM qui bien entendu vous garantissent que non, bien sûr, ils ne regardent pas. Mais quelles garanties avons-nous ? Aucune. Il n’existe aucun organisme indépendant, international, légitime et garantissant que oui, vos données sont bien invisibles, protégées, inaccessibles.

Toutes les cartes de fidélités que nous utilisons enregistrent toutes nos consommations. Tous vos centres commerciaux, peu importe l’enseigne, savent chaque fois que vous passez votre carte de fidélité combien de fois vous avez consommé du Nutella, de la graisse de porc et zéro salade.

On nous explique que nous pouvons supprimer nos données personnelles, mais avez-vous déjà seulement essayé de le faire ? Impossible de trouver les liens, impossible de trouver l’information, et quand enfin on vous donne l’accès, le lien ne fonctionne pas une fois sur deux. Comme par hasard. Je sais de quoi je parle, je l’expérimente régulièrement.

On nous sort des lois, des RGPD, des droits à l’image…

Et hop, ils nous font signer des autorisations de droit à l’image aussitôt qu’on rentre dans une nouvelle entreprise, ou pour tout et n’importe quoi. On nous fait cliquer sur des "Oui j’accepte de divulguer toute ma vie perso" pour avoir le damné droit de lire cet article insignifiant sur le dernier make up de votre youtuber préféré. On nous oblige à mettre nos informations personnelles aux yeux de tous, en ligne, sous prétexte que nous nous inscrivons sur Pôle Emploi. Pas de secret, vous êtes chômeur, tout le monde doit le savoir. Et tant pis si vous recevez des spams ou que vos coordonnées perso entrent dans les mains d’individus peu recommandables qui viennent vous proposer de réceptionner des colis contre rémunération. S’ils sont capables de venir vous proposer cela de sang-froid, qui sait ce que d’autres pourraient en faire ?

Aucun respect de rien.

Alors la vie privée, c’est quoi ?

Est-ce ce que nous pensons ? Est-ce notre santé ? Sont-ce nos photographies personnelles ? Nos données personnelles ? Le trajet de nos promenades ? Le temps qu’on passe aux toilettes ? La façon dont nous consommons notre énergie ? Notre eau ? Ce que nous consommons ? Qui sont nos contacts ? Ou seulement l’anatomie et les relations maritales de certaines élites sélectionnées ?

La vie privée que l’on doit respecter, c’est celle de tout le monde ou seulement celle de ceux qui décident d’avoir une vie publique et politique ?

Nous vivons une époque calamiteuse. Calamiteuse dans ses incohérences, dans ses combats. Il serait temps de revenir à des principes inaliénables, des valeurs, et prendre enfin de vraies mesures de protection de nos vies privées.

Il faut en finir avec la data. Non ce n’est pas l’avenir. Non ce n’est pas le progrès. La surveillance de masse n’a jamais été une solution, la dernière fois que c’est arrivé, c’était pour exterminer des juifs. Et les cas Griveaux et Faure le prouvent. Pire, ils ne sont que les prémices de ce qui s’annonce. Ça fait vingt ans qu’ils nous le préparent, que c’était en gestation, prévisible. La faute à un manque total de régulation et cette urgence maladive à ne pas gêner de la croissance, quitte à ce qu’elle se construise sur n’importe quoi. Tout cela favorisé par une hystérisation du tout sécuritaire post attentat. Chaque mesure liberticide accentue cet environnement. Désormais, personne n’est à l’abri de ce genre de scandale. Nous sommes tous exposés.

On y est.

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