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Billet de blog 22 août 2021

Manifestations - L'inversion indispensable des valeurs

Depuis plusieurs semaines, je viens vous rejoindre dans ces manifestations qui ont pris place chaque samedi depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 12 juillet 2021 à 20h. Je vous propose ma pierre à l’édifice que nous sommes en train de construire. Car ce que nous défendons est positif, il s'agit des fondations de notre pays.

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Chaines Pieds Sable © PublicDomainPictures

Parce que comme vous j’en ai marre. Comme vous, ça devient insupportable. J’ai aussi, comme vous, besoin de crier cette violence qui m’habite désormais, non pas parce que je suis un homme violent, c’est tout le contraire, mais parce que justement, je cherche, comme vous, à briser mes chaines.

Nous avons laissé trop de liens se mettre en place depuis des années. Par paresse peut-être, par incrédulité surement, parce qu’ils les ont ajouté sournoisement, assurément.

Pour moi aujourd’hui, comme pour vous, c’en est trop.

Tout d’abord, et afin de clarifier ma position sur le vaccin, je ne suis pas antivax. J’ai toujours soutenu la vaccination, qui est un immense progrès scientifique.

Pour autant, je suis aussi un citoyen responsable qui place le principe de précaution comme un pilier fondateur de mon éducation de Français, héritage du scandale du sang contaminé, dont l’ancien ministre impliqué est aujourd’hui celui qui valide la restriction de nos libertés, en la prétendant « constitutionnelle ».

Oui, nous sommes aujourd’hui entrés dans l’ère de l’absurdité. C’est pour cela qu’une telle incongruité s’avère possible.

Donc, je ne suis pas antivax, mais je ne suis pas non plus pour nous précipiter sur un traitement préventif aux allures de vaccin qui n’a pas terminé sa période probatoire et qu’on ne rend pas directement obligatoire pour ne pas avoir à endosser ses responsabilités en cas de problèmes, nombreux, qu’on cherche à taire en passant.

Laissez-moi vous relater deux exemples qui me sont arrivés ces derniers jours.

Jugé sur son état

Le premier est simple : depuis une trentaine d’année, je vais parfois au centre commercial pour acheter des produits alimentaires. Probablement que je pourrais faire mieux. Il y a des fermes autour de chez moi. Mais depuis trente ans, je vais au centre commercial. Et du jour au lendemain, alors que je n’avais pas suivi les informations locales, je me suis retrouvé face aux gorilles du centre, menaçants, agressifs, qui n’avaient qu’une rage, celle de me faire sortir, de m’exclure avec force, reniflant toute leur haine devant mon incompréhension et ma résistance. Mon seul crime est d’avoir été là, ce jour-là, et de ne pas avoir souhaité qu’un homme haineux puisse accéder à une information intime et personnelle à propos de mon état de santé. Non, je ne lui présenterai pas de « Pass Sanitaire ». Je ne sais pas ce que c’est et je ne veux pas en entendre parler. Je ne téléchargerai pas d’application mobile à la sécurité discutable et discutée. Je ne ferai pas partie de ce monde-là.

Peut-être étais-je pourtant vacciné. Je ne le dirai pas, ça ne regarde personne.

Dans mon pays, dans mon monde, dans ma France, on ne demande pas à un malade s’il se soigne. On prend soi-même ses précautions si on ne veut pas être malade. Et si on ne les prend pas, on a la chance de vivre dans un pays qui vous prendra en charge, quoiqu’il arrive, parce que c’est ça, être Français.

Ça n’est pas de montrer à un vigile que vous êtes sous traitement.

Je me suis donc retrouvé comme un délinquant, appel aux flics soi-disant, parce que j’étais là. Parce que j’existais tel que j’étais, en ce lieu. On ne vous juge pas sur vos actes, mais sur votre état.

Et ça, ce n’est pas la France.

L’inverse de l’objectif

Un autre exemple, l’autre jour, je vais pour acheter une glace à un petit marchand dans un parc. Devant sa devanture, il y a un carré de petites tables, pour permettre aux clients de s’asseoir le temps de savourer cette glace. Une sorte de food-truck si vous voulez. Le parc étant petit, ce petit carré de table longe les bords du parc où se trouvent plusieurs bancs publics. L’absurdité voulait qu’on demande le Pass sanitaire pour s’asseoir aux tables, mais pas sur les bancs, situés à 25 cm de celles-ci.


J’ai discuté avec les clients assis sur les bancs, savourant leurs glaces. Ils étaient tous vaccinés. Soit en attente des 7 jours pour que le Pass soit activé, soit par refus du Pass Sanitaire.

Aux tables, certains clients avaient simplement pris le temps de se faire ramoner les naseaux pour un résultat en 30 minutes, sans aucun symptôme préalable, coûtant au passage 50€ (au moins) à la sécurité sociale.

Il me semble que l’objectif annoncé… était une disposition des clients exactement à l'inverse de celle constatée.

Nous sommes entrés dans l’ère de l’absurdité.

Et cette répartition entre les bons citoyens supposés sains, et les pouilleux qu’on relègue aux abords sur les bancs était insupportable. Insupportable de non-sens, mais aussi, parce qu’elle heurte de plein fouet nos valeurs de pays des Droits de l’Homme.

On ne trie pas les citoyens. Ce n’est pas ça la France.

Qui manifeste

Alors oui je suis allé manifester depuis le début, juste après les annonces du président. Parce que je me sens heurté, parce que je ne reconnais plus mon pays, et parce que leur folie hystérique me semble devenir incontrôlable, dangereuse, et irresponsable.

Non, on ne traite pas des femmes enceintes avec un médicament qui n’a pas le recul nécessaire. Non, on ne vaccine pas des enfants qui n’ont aucun risque de développer une forme grave (voire une forme, tout court) de la maladie contre laquelle on les vaccine. Non, on n’a pas le recul sur ce traitement, sinon on saurait combien de doses il faut, et on ne découvrirait pas au jour le jour s’il est efficace ou non. Comment voulez-vous qu’on puisse croire à votre fable de "recul sur trente ans" à propos des effets secondaires, si vous ne savez même pas combien de temps votre substance est efficace ? On a totalement renoncé au principe de précaution, et ça, ce n’est pas la France.

Ces manifs, on nous les décrit souvent, depuis les Gilets Jaunes. Des violents, des factieux, des antisémites, des fachos, des riens, des antisciences, des complotistes, en somme, des moyenâgeux.

Dans ces manifs, j’y ai vu des parents, des scientifiques, des soignants, des érudits, des laissés pour compte, des femmes et des hommes issus de toutes les origines ethniques possibles et imaginables, des engagés, des paysans, des retraités, des jeunes, des gros, des maigres, des verts, des bleus… J’ai vu toute la France. Pas une once de violence, pas une pancarte raciste ou antisémite, pas un illuminé. Oh, il y en a probablement. On en connaît aussi dans les médias, parfois ils passent leur temps d’antenne quotidien à cracher leur haine de l’autre, quand ils ne quittent pas carrément l’antenne pour devenir candidats frontiste aux élections régionales.

Mais venez voir, on est tellement loin de ce qu’on nous décrit. Des gens en colère ? Oh oui, nous sommes en colère. Et nous la crions cette colère, elle porte un nom : Liberté !

Liberté, voilà ce qu’on réclame. Et ça, on ne fait pas plus Français, c’en est notre devise.

L’opposition imaginaire

Alors pour tenter de nous diviser au moment où nous nous réunissons, on nous oppose au nombre de manifestants chaque samedi le nombre de personnes vaccinées, comme si ça avait un quelconque rapport, comme si c’était l’antagonisme logique. Mon mari est vacciné, je vais l’être, il n’y a pas besoin de ne pas avoir reçu de traitement pour défendre les valeurs de la France.

Et j’en viens à un point qui me semble très important.

Nommer l’ennemi

Il faut nous positionner pour ce que nous sommes. Pas contre quoi.

Et il faut les nommer contre quoi ils sont. Pas pour quoi.

Je pense qu’il faut aller au-devant des enseignes qui réclament le Pass Sanitaire. Sans violence, sans provocation. Mais il faut leur faire dire « Non, vous ne rentrez pas », « désolé », « je ne peux pas vous recevoir ». Il faut qu’ils formulent leur rejet. Ils doivent intégrer qu’ils nous excluent. Et nous partirons. Parce que nous sommes sans haine ni violence, nous sommes pleins de vie et d’espoir. Nous nous battrons pour la Liberté. Pour la démocratie, au sens du pouvoir au peuple. Nous allons reprendre le pouvoir qu’ils ont mis des années à nous confisquer. Et nous leur tournerons le dos la tête haute, la voix forte, au son de la Liberté, qu’on scandera sans relâche jusqu’à ce qu’on reconstruise les fondations qui nous unissent en tant que Français : Liberté, Égalité, Fraternité.

Nous ne sommes pas des antivax ni des antipass. Il y a parmi nous des antivax, nuance, et nous sommes contre toute forme d’attaque à nos principes fondamentaux DONT le Pass Sanitaire en est une illustration. Nous sommes POUR la Liberté, pour la vie, pour le libre arbitre, pour le choix, pour la responsabilité individuelle et collective. Ils sont contre le choix éclairé (ils préférerait l'acceptation aveugle, c'est la base de l'obscurantisme), contre la démocratie, contre les opinions différentes, contre la science quand ils refusent même que celle-ci puisse débattre, alors que c’est ce qui en fait sa principale caractéristique. Ils sont contre la diversité, contre l’égalité entre les citoyens, contre la fraternité, car ils suppriment les droits aux indemnités si vous êtes suspendu pour ne pas avoir été vacciné contre votre gré. Ils sont contre notre Liberté.

Nous sommes pour tellement de choses.

Ils sont contre tout ce qui leur est différent.

Nous gagnerons, parce que c’est ça la France, et parce qu’elle a toujours été victorieuse grâce à trois mots : Liberté, Égalité, Fraternité !

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