Les soutiens à la GPA en nette progression en France en 2019

Passée étrangement inaperçue, une étude IFOP pour CNEWS et Sud Radio montre que les soutiens à la GPA par les Français retrouvent leur niveau de 2008, voire les dépassent.

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Au moment où est discutée à l’Assemblée Nationale le projet de loi bioéthique permettant l’ouverture au droit à la PMA pour toutes en France, penchons-nous sur une autre méthode de procréation médicalisée très largement associée, malgré ses différences fondamentales, qu’est la Gestation Pour Autrui (GPA), cette méthode de procréation qui fait intervenir les mères porteuses.

Qu’est-ce que la GPA et pourquoi en parle-t-on ?

Il ne vous aura pas échappé que le monde a beaucoup évolué ces dernières années en ce qui concerne la famille. Aujourd’hui, les couples homosexuels ont obtenu le droit de se marier et de fonder des familles reconnues par l’état. Si cette évolution a été largement bien adoptée par l’ensemble des citoyens français, malgré quelques minorités tonitruantes, le corollaire au mariage, à savoir la procréation, a très vite accompagné les débats et fait suite à cette avancée considérable.

En effet, nul besoin d’avoir un bac+5 en sciences de la vie pour concevoir que procréer pour un couple de même sexe pose quelques difficultés que seule une aide extérieure peut aider à surmonter.

C’est dans cette optique que les regards se sont rapidement tournés vers les méthodes de procréation médicalisée. Mettons de suite l’adoption de côté : en effet, de nombreuses voix encourageraient plutôt à se tourner vers l’adoption pour ces couples-là. Si l’idée est louable, il ne faut pas oublier que la démarche d’adoption est une démarche philosophiquement et socialement différente de la procréation. Les démarches sont différentes, le moteur peut être lui aussi différent. Au-delà de ces considérations, l’adoption étant également ouverte aux couples hétérosexuels, demandons-nous pour quelles raisons certains couples adoptent et d’autres non. Certains couples tout à fait féconds et ayant parfois même déjà des enfants entrent tout de même dans une démarche d’adoption. Pour quelle raison vouloir s’embarrasser de toutes ces démarches administratives si le simple fait de vouloir procréer était à considérer ?

Il y a des raisons personnelles, sociales, parfois des raisons familiales aussi, et de sensibilité, qui font qu’un couple se tourne vers l’adoption ou non.

Enfin, l’adoption en France est aujourd’hui extrêmement compliquée. Les démarches prennent plusieurs années, et la lourdeur du dossier, ainsi que ses biais de traitement, font que très souvent, les couples LGBT se retrouvent lésés dans l’avancement de leurs demandes.

Voilà pourquoi de nombreux couples homosexuels se tournent alors naturellement vers la procréation médicalisée, qui répond à la fois à une offre alternative de filiation, tout en semblant plus accessible lorsqu’elle serait officialisée.

De fait, une différence de taille intervient dans la méthode proposée selon que vous soyez un couple de femmes ou un couple d’hommes : dans le cas d’un couple de femmes, la problématique vient principalement de l’apport de semence masculine afin de déclencher une grossesse.

On parle d’ailleurs de PMA, mais il existe en fait plusieurs PMA : l’insémination artificielle, qui consiste à simplement injecter du sperme dans l’utérus au moment de l’ovulation, la fécondation in vitro (FIV), qui fait appel à des gamètes féminins pouvant être issues de donneuses, et la micro-injection, méthode dérivée de la FIV, qui consiste à injecter un seul spermatozoïde dans l’ovule.

Ces trois cas répondent à des problématiques différentes incluant aussi des soucis de fertilités ainsi contournées.

Pour les couples masculins, la difficulté provient bien évidemment du fait de devoir mener une grossesse à son terme. La nature nous ayant ainsi fait, il n’existe pas aujourd’hui de méthode de procréation permettant de se passer d’une gestation in utero. La GPA est donc une méthode proposée par certains pays qui fait intervenir un tiers au couple désirant enfanter : une mère porteuse. Si sur le principe, il n’y a aucune difficulté intellectuelle à concevoir le bénéfice de cette technique, sur le plan éthique, toutes les attentions sont en éveil, et à juste titre. L’intervention de ces femmes dans le processus de procréation oblige à poser suffisamment de garde-fous pour empêcher une marchandisation des corps, tout en accompagnant ces femmes dans la démarche, démarche dont il faut se garantir de leur consentement éclairé et volontaire. On le comprend, cette méthode pose de nombreuses questions, auxquelles trop nombreux renoncent à y chercher des réponses, par flemme, mais aussi en raison d’un discours politique anti-GPA très actif et militant.

Des soutiens en nette progression en 2019

Pourtant, cette étude publiée le 13 septembre 2019 par l’IFOP pour CNEWS et Sud Radio et passée relativement inaperçue montre un soutien à la GPA de nouveau en large progression dans le pays.

https://www.ifop.com/publication/les-francais-la-pma-et-la-gpa/

Cette étude nous montre en effet que les Français ne sont désormais plus largement opposés à une GPA pour les couples homosexuels : 50% y sont en effet désormais favorables en progression de 9 points depuis octobre 2014, et ce soutien à la GPA monte même à 66% pour les couples hétérosexuels, en progression de 6 points depuis la même période. Si l’on peut discuter de la différence entre les couples homosexuels et hétérosexuels, le fait est qu’en combinant les deux résultats, les Français sont désormais largement majoritaires à l’ouverture de la GPA en France.

On parle aujourd’hui de résultats ayant atteint un niveau historiquement haut.

Pourtant, on revient de loin.

En effet, ces résultats dépassent aujourd’hui les résultats d’une étude de 2008 considérés jusqu’à présent comme les plus hauts jamais atteints, avant de subir une chute vertigineuse du pourcentage de soutien entre 2008 et 2013, comme le démontre cette autre étude de l’IFOP publiée le 20 mars 2013.

https://www.ifop.com/publication/les-francais-face-a-la-pma-la-gpa-et-lhomoparentalite/

Que s’est-il donc passé à cette période ?

L’apparition de l’intersectionnalité et de la quatrième vague du féminisme

Il est une corrélation qui ne pourrait être mise de côté et que je suis bien obligé de faire. Cette période de 2008 à 2013 correspond en effet à celle que les historiens nomment le début de la quatrième vague du féminisme.

Selon la journaliste Pythie Peay, celle-ci commencerait dès 2005. Jennifer Baumgardner, auteure et réalisatrice féministe dateraient plutôt le début en 2008. Quel rapport me direz-vous ? Nous allons y venir.

Dans cette période, de nombreux groupes féministes ont vu le jour : Osez le féminisme en 2009, le collectif Les TumulTueuses en 2010, La Barbe en 2008 et j’en passe pour ce qui concerne la France, mais aussi à l’international avec le célèbre mouvement des Femen, créé en 2008, UK Feminista en 2010 au Royaume-Uni ou encore la campagne HeForShe lancée par l’ONU femme un peu plus tard en 2014.

Les deux points saillants (parmi d’autres) de ce féminisme moderne sont qu’il est largement corrélé à l’émergence de nouveaux modes de communication 2.0, notamment l’arrivée de Twitter en 2006, et qu’il se base essentiellement sur l’intersectionnalité.

Loin d’être un gros mot, l’intersectionnalité est un concept énoncé pour la première fois par l'universitaire féministe afro-américaine Kimberlé Crenshaw dans une enquête publiée en 1991, et qui a commencé à se développer en France dans les années 2000.

Idéologiquement, il s’agissait à l’origine de désigner la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de discrimination, domination et/ou stratification.

Concrètement, la mise en application de ce concept dans le milieu militant et activiste français s’est résumée à une infiltration de problématiques supplémentaires au sein de différents aspects militants.

Il ne s’agissait plus d’être simplement antiraciste, il convenait d’être de fait, et par intersectionnalité, également proféministe, dans une logique de convergence des luttes par des groupes systématiquement opprimés.

Si le concept peut paraître séduisant en soi, l’intersectionnalité oublie qu’au sein d’un groupe opprimé, certains peuvent aussi être des oppresseurs d’autres groupes. Par exemple, on peut trouver entre autres des homosexuels racistes, des racisés machistes, ou des féministes homophobes. L’apparition de l’intersectionnalité au sein de ces différents mouvements différenciés aux causes distinctes malgré leurs similitudes a conduit à une subsegmentation au sein de ces groupes militants, des incompatibilités de personnes et de conceptions, et des fuites de nombreux militants. C’est l’intersectionnalité qui fait que la Gay-Pride est désormais au centre des polémiques depuis quelques années en mettant par exemple en tête de cortège des groupes racisés interdisant la mixité blanche. Si leur cause a ses défenseurs, reconnaissons qu’en termes de clarté et de rapport direct entre le défilé attendu et cette revendication est incompréhensible pour le commun des mortels.

Pourquoi aborder ces questions complexes ? Parce que dans le cas précis de la GPA, c’est exactement ce qu’il s’est passé.

Le mouvement féministe a en effet trouvé un terrain largement propice au développement de l’intersectionnalité au sein des associations LGBT, de par la nature des membres qui le composaient, et par une idéologie souvent proche et compatible.

Sans rentrer dans le cliché des lesbiennes qui seraient forcément des féministes enragées, ce qui serait un vulgaire cliché bien loin des réalités, force est de constater que le discours féministe a plus de chance de résonner au sein de cette population, non seulement par les problématiques rencontrées, mais aussi tout simplement parce que ce sont des femmes. Et c’est justement ce qui est arrivé, comme ici raconté par un trio de femmes très intéressant à propos des luttes féministes dans le milieu LGBT.

https://www.ritimo.org/Role-des-lesbiennes-dans-les-combats-feministes

Dans cet article, les auteures nous expliquent clairement la réconciliation entre féministes et lesbiennes dans les années 2000.

Et l’un des fers de lance de ces mouvements féministes a été la lutte pour l’abrogation universelle de la GPA… à partir de 2011 lors du projet de révision de la loi bioéthique.

À l’époque, le mouvement militant LGBT était largement favorable à l’ouverture de la GPA, au grand dam de ces féministes, qui ont alors œuvré afin de renverser la tendance en rendant la chose inacceptable. En effet, au sein du mouvement féministe, la GPA est un danger qu’elles combattent absolument.

Pourquoi ai-je abordé le sujet de l’intersectionnalité ? Tout simplement parce que l’on est passé d’une situation où en 2011 les associations LGBT hurlaient leur demande d’ouverture de la GPA pour tous, à la situation actuelle, où plus aucune n’aborde le sujet. Et pour cause, les principaux intéressés, les hommes donc, se sont gentiment fait demander de se taire, et la plupart sont même partis.

Les arguments contre la GPA

Alors posons-nous les bonnes questions : quels sont les arguments avancés par les féministes afin de vouloir à ce point priver la population de cette méthode de procréation ?

Vous vous en doutez, ce qui effraie, c’est la présence de ce tiers féminin indispensable à la méthode : la mère porteuse. Et il faut reconnaître que de nombreux points soulevés par les féministes sont tout à fait louables :

Pour elles, il s’agit d’une régression sociale qui consiste à empêcher les femmes de disposer librement de leurs corps, rendant leur ventre à disposition de qui veut enfanter.

Ceci étant étayé par des exemples en effet très concrets de pays où l’on voit se généraliser ce que l’on pourrait qualifier de fermes, tellement la gestion de la GPA y est pervertie, les femmes étant utilisées pour gagner de l’argent en portant des enfants d’Européens.

Évidemment que personne ne souhaite cette débâcle barbare se généraliser.

Ce qui est en revanche malhonnête de la part de cette argumentation, c’est de considérer que la GPA ne peut prendre QUE cette forme, et que c’est la GPA qui conduit à une soumission de la femme.

Or, dans ces pays où se développent ces pratiques écœurantes, la condition des femmes est largement entachée au préalable.

Ce n’est pas parce que la GPA existe qu’on a rogné sur le droit des femmes dans ces pays-là, mais bien à l’inverse parce que la condition de la femme y était déjà déplorable qu’on y a développé ces horreurs.

L’inversion de la cause et de l’effet est non seulement malhonnête, mais surtout incompréhensible.

Le plus gênant dans cette approche globaliste de lutte contre une GPA universelle, c’est que cela suppose que la condition des femmes est la même partout dans le monde. Sans pour autant nier les progrès qu’il reste à faire dans nos pays développés, on ne peut pas occulter les avancées notables que nous avons pu obtenir là ou d’autres pays sont restés des siècles en arrière.

Comment pouvons-nous lutter contre les abus faits sur les femmes dans certains pays si nous ne reconnaissons pas nous-mêmes ne plus en être au même stade ?

Donc forcément, il existe des différences qu’il est impossible et contre-productif de nier. Même si encore une fois, il reste beaucoup à faire pour progresser davantage.

Des contextes de GPA culturels différents

Pour étayer mon propos, parcourons ces quelques exemples :

En Inde, trois chercheuses ont pu définir le profil des mères porteuses qui serait majoritairement des femmes instruites et gagnant plus que 75% de la population indienne (sans prendre en compte la rémunération pour la GPA). Si l’on est loin du cliché de la femme pauvre exploitée pour faire des enfants, il faut cependant noter que la rémunération de la GPA reste problématique et que le fait de devenir une mère porteuse est très mal vu en Inde, obligeant ces femmes à se cacher. Les conditions ici n’ont absolument rien d’enviable et ce n’est clairement pas la GPA que nous cherchons à construire et inventer.

En Bulgarie, c’est probablement un des pires exemples de ce que nous ne voulons pas faire avec la GPA : la majorité des femmes devenant mères porteuses sont pauvres et exploitées. Elles sont utilisées en raison de la forte demande des Européens et très mals accompagnées.

Aux États-Unis, pays capitaliste par excellence, tout est une question d’argent. Les femmes sont certes accompagnées et suivies, mais tout se paye et nous sommes dans une relation exclusivement mercantile camouflée par un discours de bonnes intentions. Cependant, la démarche doit être consentie par la femme, ce qui, vu la rémunération, pose de gros problèmes éthiques sur la validité et les biais de ce consentement. Clairement, un modèle à oublier.

En Belgique, c’est encore pire : rien ne l’encadre. De ce fait, rien ne l’empêche. Ni rien ne protège. Cette situation ubuesque ouvre la porte à toutes les dérives. En dénombre-t-on alors ? Eh bien figurez-vous que très peu. En l’absence de législation, les hôpitaux ont organisé leurs propres règles et leurs propres protocoles. Reste la question de la filiation qui est portée à la responsabilité et le souhait de chacun. Clairement, ce schéma n’est pas souhaitable. Un minimum de garantie serait indispensable pour protéger les femmes les plus fragiles. Mais ce que nous apprend la Belgique, c’est que contrairement à ce que l’on peut entendre ici ou là, l’être humain n’est pas brutal, vicieux ou dominateur par essence. Il n’y a aucune règle… et pourtant cela se passe plutôt bien.

Enfin, au Canada et au Royaume-Uni, les exemples sont assez similaires et proches de ce qui devrait nous inspirer.

Au Royaume-Uni, la GPA est autorisée… depuis 1985 ! Elle est très encadrée puisque la mère porteuse est la mère légale de l’enfant sauf si elle accorde une modification de la filiation. Elle n’est pas rémunérée, mais indemnisée pour des « dépenses raisonnables » à savoir prise en charge des frais médicaux, habillements, etc… En 2008, elle s’est ouverte aux homosexuels.

Au Canada, la GPA est possible depuis 2004. La GPA à titre onéreux est interdite, mais là aussi, les frais médicaux sont à la charge des parents faisant appel à une mère porteuse. Elle est ouverte à tous les couples, homosexuels, hétérosexuels, canadiens ou étrangers, mais la motivation de la mère doit être altruiste et non rémunérée. Il manque probablement une prise en charge de la filiation dans ce cas-là, que les Canadiens compensent par la possibilité d’établir un contrat de GPA, chose qui me semble totalement dangereuse et une piste à éviter.

Comme on peut le voir, il existe donc plusieurs formes de GPA. Parler alors de lutte universelle revient à interdire le droit à certaines femmes qui souhaiteraient pouvoir justement disposer de leur corps comme bon leur semble. En effet, au Royaume-Uni, il est tout à fait possible pour une femme de porter l’enfant de sa sœur stérile ou de son frère homosexuel, comme d’un ami proche. Celle-ci restant maîtresse de sa décision et protégée par la loi du point de vue de la filiation, il me semble que ce modèle devrait être celui qui nous inspire le plus, et pourtant celui dont on parle le moins.

Ainsi, connaissant les cas de la Belgique, du Royaume-Uni ou du Canada pour ne citer que ceux-là, quand les FEMEN France nous expliquent sur leur mur Facebook que « La GPA quant à elle est interdite en France. Les pays qui l’autorisent voient se développer un “marché de mères porteuses” », c’est non seulement faux, mais trompeur.

https://www.facebook.com/femenmovement/posts/1227292010755364/

Pourquoi alors ne présenter qu’une seule facette de la GPA telle qu’elle se pratique dans les pires conditions ? Si l’on avait focalisé l’attention sur les pays ayant pratiqué les pires atrocités, les femmes auraient-elles pu obtenir l’avortement ? Il y a quelque chose qui interpelle dans ce tableau négatif de la GPA. Quel est réellement l’objectif ? S’agit-il plus de protéger des femmes, ou d’empêcher celles qui voudraient aider des hommes en parfaite connaissance de cause ? Et paradoxalement, est-ce qu’interdire la GPA en France protège réellement les femmes de l’Est des abus qu’elles subissent pour satisfaire les demandes… de Français ? Je demande amicalement à mes compatriotes féministes : quel est votre objectif, et êtes-vous certaines que les méthodes employées permettent de les atteindre réellement ?

L’interdiction française actuelle favorisant le marché noir

En France, la GPA est interdite, mais la filiation est prise en considération dans le cas de GPA pratiquées à l’étranger, dans un souci louable et nécessaire de protéger l’enfant et sa filiation.

Nous sommes donc en présence d’un pays qui interdit la GPA sur son territoire, mais qui la reconnaît. Encore heureux pour les enfants, mais cela s’appelle tout simplement une incitation… à le faire ailleurs.

Cette hypocrisie place la France dans une contradiction totale et devrait l’obliger à faire le tri dans ses notions afin d’ouvrir enfin le grand chantier de l’ouverture de la GPA en France.

Comment peut-on, au nom de l’égalité, aborder le sujet de la PMA, tout en évitant soigneusement celui de la GPA au moment où l’opinion y est de nouveau favorable ?

Peut-on se contenter d’une interdiction ferme ayant des conséquences dramatiques pour certains et certaines, ou d’une appréciation de la filiation au cas par cas comme certains semblent le revendiquer ?

Un des aspects qui revient de temps en temps sur la GPA, c’est la culpabilisation des couples qui en ont recours. Certaines personnalités comme Marc Olivier Fogiel ou encore Christophe Beaugrand ont dû essuyer les plâtres d’une crispation sans précédent lorsqu’ils ont eu recours à cette méthode de procréation. Tout se passait comme s’ils devaient se justifier, et rendre des comptes. On a eu beau temps de les dépeindre comme de puissants profiteurs, exploitant le corps des femmes pour asseoir leur narcissique besoin de paternité. Pourtant, toujours selon ces trois chercheuses qui ont étudié le profil des femmes indiennes devenant mères porteuses, le profil des parents qui ont recours à leurs services est bien différent de ce tableau noir qu’on dépeint d’eux. En effet, selon elles, les couples qui ont recours à la GPA sont des couples découragés par les demandes d’adoptions et qui pour autant ont des doutes sur leur propre démarche. Comme une solution qu’on sait inadaptée, mais qui ne laisse pas le choix. Parce qu’en l’état, c’est le cas. Il n’y a pas le choix. Sauf de renoncer à la paternité. Mais on n’oserait pas imaginer que quiconque militant pour la PMA puisse conseiller à d’autres de renoncer à leur besoin de parentalité.

La PMA pour toutes génératrice paradoxalement d’inégalités

Pour finir sur ce sujet de la GPA il est impossible de faire l’impasse sur le sujet parallèle qui lui est souvent associé, la PMA justement.

Car s’il s’agit là d’une avancée nécessaire, sa mise en application générera automatiquement une inégalité majeure entre les couples d’hommes et de femmes, et par extension entre les deux sexes.

En effet, en autorisant la PMA pour toutes sans y inclure d’équivalent pour les couples d’hommes, le féminisme réussi l’incroyable paradoxe de renvoyer les femmes, et uniquement celle-ci, à la parentalité. De fait, les femmes restent et demeurent les nourricières ayant la charge de l’enfantement.  On les renvoie donc à l’image de la femme des années soixante, celle qui procrée. Aussi absurde que cela puisse paraître, une véritable avancée féministe aurait été de renvoyer hommes et femmes ensemble face à la parentalité. En interdisant aux couples d’hommes de pouvoir procréer, faisant d’eux les seuls couples pour qui c’est le cas, tout se passe comme si le seul facteur autorisant la parentalité serait d’avoir dans son couple au moins une femme.

Un autre effet vicieux que génère l’interdiction de la GPA sur le territoire français, c’est qu’il provoque une inégalité sociale entre les riches homosexuels en capacité de voyager et financer une GPA à l’étranger, et les couples homosexuels moins aisés, qui n’ont aucun moyen de financement d’une telle méthode et qui se retrouvent donc en situation encore plus opprimée. Si vous cherchiez de l’intersectionnalité, en voilà une.

L’interdiction de la GPA en France favorise donc une double inégalité dont n’importe quel militant de gauche s’indignerait s’il en avait conscience.

L’urgence d’une GPA éthique en France

Il y a de quoi faire tourner la tête, je vous l’accorde. C’est pour cette raison que ces notions ne peuvent pas se limiter à un militantisme d’activistes. Il faut le temps de la réflexion. Mais surtout, il faut être juste. Et il est probablement dommage, qu’en 2008, alors que les mentalités étaient prêtes, un groupe minoritaire, mais extrêmement actif ait pris pour objectif de détruire totalement les progrès réalisés, basés sur des arguments incomplets, et disons-le clairement, mensongers. Nous sommes désormais revenus à un niveau dans l’opinion proche de celui qu’il était avant cette attaque en règle de la GPA. Il sera désormais à nouveau temps de reprendre la lutte plus sereinement, et de façon plus adulte et responsable. Le sort des femmes est en jeu, surtout dans les pays qui font de cette GPA non encadrée un commerce. Et si l’on veut vraiment parler de lutte contre les inégalités et d’intersectionnalité, il serait cohérent de ne pas oublier les hommes homosexuels.

Il est temps de penser aussi à ceux qui espéraient des avancées rapides.

En attendant, on a perdu dix ans.

 

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Sources :

https://www.ifop.com/publication/les-francais-la-pma-et-la-gpa/

https://www.huffingtonpost.fr/2016/10/11/etude-demonte-prejuges-gpa-inde-meres-porteuses_a_21579443/

https://www.ifop.com/publication/les-francais-face-a-la-pma-la-gpa-et-lhomoparentalite/

https://www.facebook.com/femenmovement/posts/1227292010755364/

https://www.doctissimo.fr/html/sexualite/education/se_1345_feconda.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_f%C3%A9minisme#XXIe_si%C3%A8cle

https://en.wikipedia.org/wiki/Fourth-wave_feminism

https://www.liberation.fr/debats/2015/07/02/intersectionnalite-nom-concept-visant-a-reveler-la-pluralite-des-discriminations-de-classe-de-sexe-e_1341702

https://www.cepag.be/sites/default/files/publications/analyse_cepag_-_nov._2017_-_intersectionnalite.pdf

https://www.ritimo.org/Role-des-lesbiennes-dans-les-combats-feministes

https://www.doctissimo.fr/html/grossesse/dossiers/meres-porteuses/articles/12360-mere-porteuse-legislation-royaume-uni.htm

https://www.doctissimo.fr/html/grossesse/dossiers/meres-porteuses/articles/12362-mere-porteuse-legislation-canada.htm

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_gpa-la-belgique-tolere-mais-n-encadre-pas-avec-quelles-consequences?id=10424532

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