Mediapart - Mucchielli : lançons le débat de fond

Le débat de fond entre Laurent Mucchielli et Mediapart n’a pas eu lieu. Or l’examen des pièces du dossier montre que la manière dont Mediapart interprète les données de pharmacovigilance est beaucoup plus problématique que celle de Mucchielli. L’enjeu est considérable puisqu’il s’agit de savoir si les personnes jeunes et en bonne santé courent plus de risques avec le virus ou avec les vaccins.

Le débat n’a pas eu lieu…

En désaccord avec Laurent Mucchielli, la rédaction de Mediapart a censuré un des articles qu’il avait posté sur son blog [1]. Cet article portait sur les risques des quatre vaccins contre le covid utilisés en France. Il s’agissait uniquement des risques à court terme, c’est-à-dire des risques à l’horizon de quelques mois tels qu’ils sont révélés par les données de pharmacovigilance. Mediapart a justifié sa décision au motif que L. Mucchielli et ses quatre coauteurs auraient « diffusé de fausses nouvelles » en affirmant que la vaccination de masse face au Covid-19 serait à l’origine « d’une mortalité inédite dans l’histoire de la médecine moderne » [2]. Plus précisément, ce que Mediapart reproche à Mucchielli, c’est d’additionner « tous les effets indésirables déclarés après une vaccination alors même que le lien entre ces effets et le vaccin n’est pas toujours formellement établi ». Question technique (même si nous verrons qu’elle n’est pas si complexe qu’il n’y paraît) mais surtout question cruciale car elle conditionne la manière dont nous interprétons les données de pharmacovigilance et donc la manière dont nous appréhendons les risques liés aux vaccins contre le covid.

D’un côté donc Laurent Mucchielli et ses quatre coauteurs. De l’autre l’équipe de Médiapart confortée par « près d’une centaine d’alertes venues notamment de professionnels de la santé, de médecins, de chercheurs, d’épidémiologistes, etc., qui contestent radicalement la légitimité scientifique de la démonstration du sociologue et de ses quatre co-auteurs ».

Quelqu’un se trompe dans cette affaire. Mucchielli ? Mediapart ?

Cette question pourrait être assez facilement tranchée par un débat public et contradictoire entre les deux camps, argument contre argument, données contre données. Or, ce débat n’a pas eu lieu. Certes, l’équipe de Mediapart a publié sur son blog une mise au point pour expliquer sa décision de censurer l’article de Mucchielli [2]. Cette mise au point a suscité de nombreux commentaires (y compris de Laurent Mucchielli) mais ces commentaires ont plus porté sur des questions très générales (sur la liberté d’expression et ses limites...) que sur la question de fond à savoir la manière dont on peut interpréter les données de pharmacovigilance pour quantifier les effets indésirables des vaccins.

Le présent article vise à poser les termes du débat et à inviter aussi bien Laurent Mucchielli que la direction de Mediapart et tous ceux qui le souhaitent à y prendre part. Si les uns et les autres répondent à l’appel, nous assisterons au tout premier débat ouvert, transparent et contradictoire sur les effets secondaires des vaccins anti-covid.

Le problème de l’attribution (ou de l’imputabilité)

C’est un problème bien connu des scientifiques classiquement appelé le problème de l’attribution. Comment attribuer une cause A à un évènement B ? Il ne suffit pas que B se produise un peu après A pour établir qu’il y a une causalité entre ces deux événements. Si un problème (un problème cardiaque, un caillot sanguin, une paralysie, un décès…) survient dans les heures ou les jours qui suivent l’injection d’un vaccin, ceci n’implique pas que le vaccin soit la cause de ce problème. C’est ce que l’équipe de Mediapart reproche à Laurent Mucchielli : avoir considéré que les effets indésirables signalés (et compilés dans les bases de données de pharmacovigilance) sont tous causés par les vaccins alors que certains d’entre eux résultent d’une coïncidence fortuite entre le moment de la prise du vaccin et le déclenchement d’un problème de santé qui se serait produit même si la personne ne s’était pas faite vacciner. Le nombre de décès déclarés comme étant survenus peu après un vaccin ne saurait donc être considéré comme étant le nombre décès provoqués par le vaccin en question.

Remarquons cependant qu’un autre effet joue dans l’autre sens, c’est-à-dire dans le sens d’une sous-estimation des effets des vaccins : la sous-déclaration des effets secondaires. On sait en effet que les patients et les médecins ne déclarent pas systématiquement les effets secondaires qu’ils constatent. On estime même généralement que moins de 5 % des effets secondaires des vaccins ou des médicaments sont déclarés. Les problèmes de santé survenus peu après l’injection d’un vaccin contre le covid sont donc sans doute en nombre beaucoup plus important que les effets reportés par la pharmacovigilance… Considérant que les effets graves (et a fortiori les décès) ont une probabilité élevée d’être signalés, je négligerai par la suite cet effet de la sous-déclaration. Ce qui, dans le débat qui nous occupe, conduit à avantager Mediapart.

Revenons au problème de l’attribution. Ce problème peut être formulé dans des terme très simples. Si n effets indésirables ont été signalés suite à l’injection d’un vaccin anti-covid, seulement une partie d’entre eux sont en réalité liés au vaccin (nv), les autres (nac) étant provoqués par d’autres causes. On a donc n = nv + nac et le problème consiste à déterminer le poids respectif de nv et nac au sein de n. Les données de pharmacovigilance française (ANSM) font état de 982 décès signalés comme ayant été potentiellement provoqués par un des quatre vaccins contre le covid utilisés en France (Pfizer, AstraZeneca, Moderna et Janssen). On peut donc dire en première approximation (si on néglige le problème de sous-déclaration mentionné plus haut) que le nombre de morts provoquées par les vaccins contre le covid se situe entre 0 et 982.

Une première méthode pour préciser les choses consisterait à procéder à une analyse approfondie de chaque cas. Méthode longue, coûteuse, souvent inapplicable en pratique. Méthode incertaine aussi, surtout pour des vaccins nouveaux (a fortiori quand ces vaccins utilisent des technologies inédites). Ce qui explique que le lien entre les vaccins et les effets indésirables constatés n’a pu être établi formellement que dans un petit nombre de cas. En France, en tout et pour tout, 13 cas : des décès provoqués par des thromboses induites par le vaccin AstraZeneca. Notre intervalle se resserre un peu : le nombre de morts provoquées par les vaccins contre le covid se situe entre 13 et 982.

A partir de là, deux erreurs sont possibles :

  • considérer que, dans les 969 cas pour lesquels on ne sait pas si le décès est dû au vaccin ou non, le décès est effectivement dû au vaccin. Ce qui revient à conclure que les vaccins contre le covid ont provoqué 982 décès en France. C’est « l’erreur de Mucchielli » :

« Enfin, si l’on additionne les conséquences les plus graves, mentionnés précédemment pour chacun des 4 vaccins, l’on parvient au tableau ci-dessous qui livre le constat de plus de 15 000 événements indésirables graves, parmi lesquels près de 1 800 hospitalisations, plus de 2 800 mises en jeu du pronostic vital et près de 1 000 morts potentiellement liés à la vaccination anti-covid. Le tout en seulement 6 mois. »  

  • considérer que, dans les 969 cas pour lesquels on ne sait pas si le décès est dû au vaccin ou non, le décès n’est pas dû au vaccin. Ce qui revient à conclure que les vaccins contre le covid ont provoqué 13 décès en France. C’est « l’erreur de Mediapart » (dont je cite l’article de référence sur les vaccins contre le covid [3]): 

« Des chiffres faramineux de possibles morts d’effets indésirables du vaccin Covid-19 circulent : c’est le résultat d’une addition de l’ensemble des décès rapportés dans les jours qui ont suivi une injection, que le lien entre la vaccination et l’effet ait été établi ou non. En réalité, en France, en tout, 13 morts des suites de thromboses atypiques rares avec un lien avéré avec une vaccination à l’AstraZeneca ont été dénombrés à la suite des enquêtes de pharmacovigilance menées. Dans le contexte épidémique, avec un virus qui fait essentiellement des dégâts chez les plus âgés et qui a causé plus de 112 000 morts en France, les autorités françaises ont estimé que les bénéfices attendus de ce vaccin étaient supérieurs aux risques pour les plus de 55 ans ».

J’ai utilisé les termes « erreur de Mucchielli » et « erreur de Mediapart » par facilité mais parler d’erreur est un peu abusif. Les uns comme les autres sont conscients du problème de l’attribution et adoptent une formulation prudente. Mucchielli et ses coauteurs parlent de « près de 1 000 morts potentiellement liés à la vaccination anti-covid ». Quant à l’article de Mediapart, il ne dit pas explicitement que l’ensemble des décès pour lesquels un lien de causalité avec le vaccin n’a pas été formellement établi ne sont pas liés au vaccin. Néanmoins, par les formulations qu’ils emploient, Mucchielli et ses coauteurs suggèrent qu’une grande partie des près de 1000 morts évoquées sont effectivement dues aux vaccins contre le covid. Quant à l’article de Mediapart, en comparant le nombre supposé de morts formellement attribués aux vaccins (13) avec le nombre officiel de décès liés au virus (112 000), il laisse entendre que le nombre de morts effectivement liées aux vaccins ne doit pas être très éloigné des 13 cas pour lesquels la causalité a été confirmée.

La question qui se pose est alors la suivante : qui des deux se trompe le plus ? Mucchielli qui en additionnant le total des décès rapportés dans les données de pharmacovigilance pour les quatre vaccins anti-covid utilisés en France arrive au chiffre de 982 décès ? Ou Mediapart qui restreint ce nombre de décès aux 13 cas démontrés pour le vaccin AstraZeneca?

Mucchielli versus Mediapart : ce que révèle l’analyse des déclarations de décès

A ma connaissance, Mediapart n’a pas fourni d’arguments basés sur l’analyse des déclarations de décès.

A contrario, Mucchielli et ses coauteurs fournissent des arguments factuels à l’appui de l’idée qu’une grande partie des décès signalés sont effectivement dus aux vaccins contre le covid :

  • le fait que les décès surviennent très rapidement après la vaccinationSi le chiffre qu’il avance dans leur article (« la très grande majorité des décès déclarés [aux Etats-Unis] sont survenus dans les 48h») semble surestimé, une analyse récente des données de pharmacovigilance des Etats-Unis (base de données VAERS) par une biostatisticienne confirme l’idée selon laquelle une grande partie des décès déclarés surviennent peu de temps après la vaccination. Cette étude montre en effet que 28% des décès enregistrés ont lieu dans les trois jours suivant l’injection, 40% dans les sept jours et 67% dans les 21 jours [4].
  • le fait que « dans certains pays (comme la France mais également les États-Unis), les remontées d’informations de pharmacovigilance sur la sécurité des vaccins anti-covid sont principalement le fait de médecins et non de malades ». De fait, une étude réalisée par des chercheurs anglais sur un échantillon de 250 déclarations de décès signalés comme potentiellement liés aux vaccins anti-covid (échantillon extrait de la base de données VAERS) confirme que, dans le cas des Etats-Unis, les deux tiers des déclarations ont été faites par des médecins [5].
  • le fait qu’une étude portant sur un échantillon de 250 décès déclarés aux Etats-Unis (base de données VAERS) ait montré -en dépit du fait qu’elle ait porté sur des personnes vaccinées au début de la compagne de vaccination (donc des personnes âgées ou ayant des problèmes de santé important)- que c’est seulement dans 14% des cas qu’il a pu être établi que le vaccin n’avait pas contribué au décès [5]. Dis autrement, dans 86% des cas, on ne peut pas exclure que le vaccin ait contribué au décès. Sur les 982 décès signalés pour la France, le nombre de décès potentiellement liés aux vaccins se situerait donc aux alentours de 844. Et le nombre de décès effectivement provoqués par les vaccins anti-covid se situerait donc entre 13 et 844. Et rien ne permet de supposer (comme le fait Mediapart) que ce nombre se situe plus près de 13 que de 844…

Mucchielli versus Mediapart : ce que révèlent les comparaisons entre vaccins

Il existe une méthode simple pour estimer un ordre de grandeur du nombre de décès provoqués par un vaccin. J’ai dit plus haut que le nombre n de décès signalés à la suite d’une vaccination se décompose en nv décès réellement provoqués par le vaccin et nac décès liés à d’autres causes. Or, ce nombre nac qui représente les décès qui ne sont pas dus au vaccin mais à la simple coïncidence temporelle fortuite entre une vaccination et la survenue d’un problème de santé doit a priori être à peu près le même quel que soit le vaccin considéré. Le nombre de myocardites ou de thromboses ou de décès qui se produisent par pure coïncidence après le vaccin A n’a aucune raison d’être très différent de celui qui se produit par pure coïncidence après le vaccin B (si ces vaccins s’adressent à la même population). Si on constate une grande différence entre le nombre de décès déclarés pour le vaccin A et pour le vaccin B, il y a de fortes chances que cette différence ne soit pas due aux décès survenus par hasard après ces vaccinations mais qu’elle soit bien due aux décès provoqués par ces vaccinations.

Or, précisément, dans leur article, en se basant des données des Etats-Unis, Mucchielli et ses coauteurs comparent le nombre décès rapportés dans les effets indésirables des vaccins anti-covid (plus de 6000 décès au 16 juillet 2021, date à laquelle 160 millions d’Américains avaient été intégralement vaccinés) avec celui rapporté pour l’ensemble des vaccins (des centaines de vaccins) depuis 30 ans : 16 605 décès. Ils comparent aussi le nombre décès rapportés pour les vaccins anti-covid avec le nombre décès rapportés pour l’ensemble des vaccins contre la grippe saisonnière (influenza seasonal): 1 106 décès. Ce qui les conduit à conclure que, « aux États-Unis, en 6 mois, la vaccination anti-covid a contribué à tuer 5 fois plus de personnes que la vaccination anti-grippe en 30 ans. »

Certes, ces données suggèrent que les décès provoqués par les vaccins contre le covid sont beaucoup plus nombreux que les décès provoqués par les vaccins contre la grippe. Cependant, interpréter, comme le font Mucchielli et ses coauteurs, que les vaccins anti-covid ont tué 5 fois plus en 6 mois que les vaccins anti-grippe en 30 ans implique de supposer que i) le taux de déclaration des décès survenus à la suite d’un vaccin est le même pour la grippe et pour le covid et que ii) le pourcentage de ces décès déclarés qui sont effectivement dus au vaccin est le même pour la grippe et pour le covid. Or ces deux hypothèses sont discutables (j’y reviendrai). Un autre problème avec les données citées par Mucchielli est que, du fait de l’absence de données sur le nombre de personnes vaccinées contre la grippe, elles ne permettent pas d’estimer l’écart de mortalité déclarée entre les deux ensembles de vaccins.

Cette dernière lacune peut être comblée en considérant la vaccination contre la grippe en 2018 aux Etats-Unis. On sait que les plus de 65 ans aux Etats-Unis représentent 16% de la population soit environ 52 millions de personnes. On sait aussi d’après l’OCDE que le taux de vaccination des plus de 65 ans aux Etats-Unis en 2018 a été de 70,5% [6], ce qui nous donne un nombre approximatif de personnes vaccinées de 36,4 millions (sans compter les moins de 65 ans). Or la base de données de pharmacovigilance des Etats-Unis (base VAERS) montre que 26 décès ont été déclarés en 2018 à la suite d’un vaccin contre la grippe [7]. Rapporté au nombre de personnes vaccinées, ceci nous donne une mortalité déclarée de 0,714 décès par million de personnes vaccinées. Pour les vaccins contre le covid, la même base de données VAERS nous donne 37 décès déclarés par million de personnes vaccinées. Le nombre de décès déclarés après vaccination est donc 50 fois plus élevé pour la vaccination anti-covid que pour la vaccination contre la grippe. Des données en provenance de Suisse font état d’un écart encore plus important [8].

Un tel écart pourrait-il s’expliquer par une différence dans le nombre de décès déclarés survenus par hasard peu de temps après une vaccination ? A-t-on des raisons de croire que ce nombre est (beaucoup) plus élevé pour la vaccination contre le covid que pour la vaccination contre la grippe ? A priori, on s’attendrait plutôt à ce que ce nombre soit plus élevé pour les vaccins anti-grippe puisque ces vaccins ciblent une population plus âgée et plus à risque donc plus susceptible de mourir de manière inopinée. Le seul élément qui pourrait plaider dans l’autre sens serait un taux de déclaration plus fort pour les décès survenus après la vaccination contre le covid. Ce n’est pas impossible compte tenu des craintes plus importantes concernant l’innocuité de ces vaccins. Mais peut-on raisonnablement supposer que ceci suffit à expliquer un écart de 1 à 50 ?

Si on suppose que le nombre de décès déclarés survenus après la vaccination mais non liés à la vaccination est à peu près le même pour la vaccination contre la grippe et la vaccination contre le covid, on trouve que ce nombre est inférieur à 30 pour 30 millions de personnes vaccinées. Ce qui tendrait à corroborer l’idée que sur les 982 décès déclarés en France suite à des vaccinations anti-covid, la majeure partie sont effectivement des décès provoqués par les vaccins anti-covid.

Problème d’attribution pour les décès liés au virus

C’est un problème que Mucchielli et ses coauteurs n’abordent pas explicitement. Mais comme cette question est abordée par Mediapart, y compris dans le texte servant à justifier la censure de l’article de Mucchielli, je me dois de l’aborder ici. En effet, Mediapart termine ce texte [2] en rappelant que l’épidémie de covid, a déjà causé, en France, 112 033 décès (à la date du 2 août 2021). Or, et Mediapart ne peut l’ignorer, ce chiffre (qui est celui fourni par Santé Publique France) ne donne pas le nombre de personnes mortes du covid (que personne ne connaît avec exactitude) mais le nombre de personnes mortes en étant porteuses du covid. En d’autres termes, nous retrouvons du côté des morts potentiellement attribuables au virus le même problème d’attribution que pour les morts potentiellement attribuables aux vaccins anti-covid.

Or, ce problème d’attribution se pose avec une acuité particulière pour le virus du covid :

  • On sait que de nombreux décès ont été considérés comme dus au covid sans que les personnes concernées n’aient été testées, notamment au début de l’épidémie où on manquait de tests (mais même plus tard en particulier dans les EHPAD).
  • Plus de la moitié des personnes mortes du covid en France ont plus de 85 ans. Une proportion importante d’entre elles présentent des comorbidités.
  • selon le CDC des Etats-Unis, c’est seulement pour 6% des personnes enregistrées comme étant mortes du covid que le covid est la seule cause de décès mentionnée. Ceci ne signifie évidemment pas que seulement 6% des personnes enregistrées comme étant mortes du covid sont réellement mortes du covid. Mais ceci implique que pour 6% des décès déclarés le covid est une cause très probable (puisqu’aucune autre cause possible n’a été identifiée) et que pour les 94% restant le covid n’est qu’une cause potentielle parmi d’autres. En d’autres termes, dans 94% des cas, le covid a pu ne jouer aucun rôle, ne jouer qu'un rôle secondaire ou être la cause principale du décès.

Tout ceci suggère que des 112 000 décès attribués au covid, une partie concerne des personnes qui n’étaient en fait pas porteuses du covid (mais de la grippe, d’infections pulmonaires etc.) et que, parmi celles qui étaient effectivement porteuses du covid, certaines sont mortes pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le covid.

Comment essayer d’estimer le nombre de personnes qui sont effectivement mortes du covid (c’est-à-dire qui ne seraient pas mortes si elles n’avaient pas attrapé le covid) ? Une méthode consiste à estimer la surmortalité c’est-à-dire l’augmentation de la mortalité totale en France depuis l’arrivée du covid. Les données de l’INSEE permettent de faire assez facilement une telle estimation [9]. La mortalité en France a été similaire les trois années qui ont précédé l’arrivée du covid : 606 000 (2017), 609 000 (2018), 613 000 (2019). En 2020, la mortalité augmente assez nettement pour atteindre 669 000. Ce qui donne une surmortalité d’environ + 56 000 pour l’année 2020. Pour 2021, la comparaison de la mortalité entre 2021 et 2019 pour la période allant du 1er janvier au 26 juillet donne une surmortalité de + 22 000. Au jour d’aujourd’hui, l’épidémie de covid semble donc avoir provoqué environ 78 000 décès (56 000 + 22 000). A comparer avec les 122 000 décès officiellement répertoriés.

Les choses sont plus complexes cependant car ce chiffre de 78 000 décès supplémentaires agrège les effets du virus (les morts du covid) et les effets des mesures d’urgences prises pour contrer l’épidémie. On sait que le confinement en particulier a induit toute une série de problèmes : reports de soins et d’opérations, suicides, violences conjugales, stress, anxiété, personnes âgées dans les EHPAD qui se sont laissées mourir du fait de la suppression des visites et des sorties… Le confinement n’a certes pas eu que des effets négatifs sur la mortalité (il a par exemple fait chuter les accidents de la route) mais il est très probable que son effet net a été très négatif.

Des 78 000 décès additionnels combien sont dus au covid et combien aux mesures sanitaires prises pour gérer l’épidémie ? C’est difficile à dire. Une estimation considérant que les ¾ de ces décès sont dus au virus nous donne 58 500 morts du covid. Moins de la moitié de l’estimation officielle (122 000).

Problème d’attribution pour les décès liés aux vaccins versus au virus

Rappelons le passage déjà cité de l’article de référence de Mediapart sur les vaccins anti-covid [3]:

« Des chiffres faramineux de possibles morts d’effets indésirables du vaccin Covid-19 circulent : c’est le résultat d’une addition de l’ensemble des décès rapportés dans les jours qui ont suivi une injection, que le lien entre la vaccination et l’effet ait été établi ou non. En réalité, en France, en tout, 13 morts des suites de thromboses atypiques rares avec un lien avéré avec une vaccination à l’AstraZeneca ont été dénombrés à la suite des enquêtes de pharmacovigilance menées. Dans le contexte épidémique, avec un virus qui fait essentiellement des dégâts chez les plus âgés et qui a causé plus de 112 000 morts en France, les autorités françaises ont estimé que les bénéfices attendus de ce vaccin étaient supérieurs aux risques pour les plus de 55 ans ».

On voit ici l’équipe de Mediapart commettre deux fois l‘erreur qu’elle reprochera à Mucchielli, et au nom de laquelle elle censurera son article : l’erreur d’attribution. Du côté des morts des vaccins d’abord. La réalité rappelons-le est que pour 13 cas, la causalité entre le vaccin et le décès a été établie et que pour les 569 autres cas, on ne sait pas si le vaccin est la cause du décès. Mais Mediapart laisse entendre que pour ces 569 cas on a pu établir l’absence de causalité ou du moins que cette causalité est improbable. Ce qui n’est pas le cas. Rappelons que l’étude déjà citée des chercheurs anglais a montré (pour le cas des Etats-Unis) que des analyses approfondies permettent d’écarter cette causalité pour seulement 14% des cas [5]. Mediapart commet ensuite une erreur d’attribution du côté des morts du virus en considérant que les personnes mortes en étant porteuses du virus sont toutes mortes du virus (ce que démentent les données de surmortalité présentées plus haut). 

Or, si l’attribution pose des problèmes méthodologiques très sérieux à la fois pour imputer des décès aux vaccins et pour imputer des décès au virus, on a de bonnes raisons de supposer que les problèmes d’attribution sont plus importants pour le virus que pour les vaccins :

  • On sait de manière certaine qu’une personne a été vaccinée (et avec quel vaccin), alors qu’on ne sait pas toujours de manière certaine qui a été contaminé par le virus du covid : certaines personnes ont été classées dans les morts du covid sans avoir été testées.
  • On sait de manière certaine quand une personne a été vaccinée alors qu’il est parfois difficile de dire quand une personne a été contaminée. L’appréhension de l’écart temporel entre la contamination et le décès est donc plus difficile à établir.
  • Une très grande partie des personnes potentiellement mortes du covid en France étaient très âgés (plus de la moitié avaient plus de 85 ans) et/ou malades. C’est beaucoup moins vrai pour les personnes potentiellement mortes des vaccins anti-covid. Selon Mucchielli et ses coauteurs « 23,2% du total des morts américains [états-uniens] imputés aux vaccins anti-covid et dont l'âge est connu avaient moins de 65 ans ».
  • Les estimations pour la France suggèrent que le nombre de personnes réellement mortes du covid représente moins de la moitié du chiffre officiel (voir plus haut).
  • Pour les vaccins anti-covid, différents indices suggèrent qu’une grande partie des 982 décès mentionnés dans les données de pharmacovigilance pourraient effectivement être dus aux vaccins (voir plus haut).

Ces considérations permettent d’essayer de mettre en balance le risque de mourir du virus et celui de mourir du vaccin, selon les différentes classes d’âge.

Estimer le risque de mourir du virus versus celui de mourir du vaccin

L’idée consiste à mettre en balance le nombre de décès déclarés pour les vaccins anti-covid (n_vaccins) avec celui des décès de personnes mortes en étant porteuses du covid (n_covid). Certes, ces nombres ne reflètent pas le nombre de personnes mortes des vaccins et le nombre de personnes mortes du virus puisque dans les deux cas se pose un problème d’attribution (ce qui implique que les nombres de personnes réellement mortes des vaccins anti-covid et du covid sont plus faibles que n_vaccins et n_covid). Mais, comme le problème joue des deux côtés de la balance, on peut supposer qu’il se compense en grande partie. Un peu comme si on se déplace sur la lune avec une balance à plateau : la gravité va se modifier de la même manière des deux côtés de la balance, si bien que l’équilibre ou le déséquilibre initial ne sera pas affecté. Ici, c’est plus compliqué parce que, comme on l’a vu, le problème d’attribution joue vraisemblablement davantage du côté des morts du virus que du côté des morts des vaccins (les morts du virus sont probablement davantage surestimés que les morts des vaccins).

Considérons le ratio r = n_vaccins / n_covid. Si r > 1, le risque de mourir des vaccins est plus grand que celui de mourir du virus. Si r < 1, c’est le contraire. Mais, comme on l’a dit, r est biaisé à la baisse (puisque les morts du virus sont davantage surestimés que les morts des vaccins). L’analyse a été menée sur les données de pharmacovigilance de la France fournies par l’ANSM et elle montre que pour les moins de 44 ans sans comorbidité le risque de mourir du vaccin est toujours très supérieur à celui de mourir du virus [10].

Ce qui questionne la politique de vaccination généralisée mise en place en France et dans d’autres pays du monde. Et plus particulièrement la campagne ciblée sur la vaccination des enfants et adolescents : vaccination dans les collèges et lycées à la rentrée, possibilité pour les jeunes de 16 ou 17 ans de se faire vacciner sans l’accord de leurs parents, possibilité pour un enfant de 12 ans de se faire vacciner avec l’accord d’un seul de ses deux parents, passe sanitaire imposé à partir de 12 ans dans de nombreux lieux et pour de nombreuses activités, possibilité pour les enfants cas contact de continuer les cours en présentiel seulement s’ils sont vaccinés …

La validité de cette analyse (le présent article a exposé je crois assez clairement sur quelles hypothèses elle repose) mériterait pour le moins d’être discutée. Car, si elle est confirmée, elle justifierait un moratoire sur la vaccination des personnes de moins de 44 ans sans comorbidité.

Pour les plus de 44 ans, le risque de mourir du virus semble être plus élevé que celui de mourir du vaccin mais il faut interpréter ce résultat avec prudence. Pour trois raisons :

  • Comme mentionné plus haut, l’estimateur utilisé (r = n_vaccins / n_covid) est biaisé à la baisse (puisque les morts du virus sont probablement davantage surestimés que les morts des vaccins). Il est donc possible que le risque de mourir du virus ne soit pas plus élevé que celui de mourir du vaccin même lorsque r < 1.
  • Le problème des sous-déclarations des morts du vaccin n’a pas été pris en compte (voir plus haut).
  • Cette analyse ne concerne que les risque de décès à court terme (à l’horizon de quelques mois). La question se pose des effets à plus long terme du virus (des différents variants du virus en fait) et des vaccins. C’est un autre débat mais il est vraisemblable que ces risques à long terme soient (beaucoup) plus élevés pour les vaccins. Je renvoie sur ce point aux études de biodiffusion qui ont montré que les substances des vaccins se retrouvent à des endroits du corps (les ovaires, les testicules, le cerveau…) où elles n’étaient pas censées aller et aux différents messages de Robert W Malone -un des inventeurs des vaccins à ARN messager- qui considère que les risques des vaccins à ARN ou à ADN sont « très élevés » et que le ratio bénéfice-risque n’est positif que pour les personnes très à risque (« high risk populations »).

En guise de conclusion…

Ces quelques éléments ne visent qu’à lancer le débat. J’espère qu’aussi bien Laurent Mucchielli que l’équipe de Mediapart y participeront, ainsi que la petite centaine « de professionnels de la santé, de médecins, de chercheurs, d’épidémiologistes, etc., qui contestent radicalement la légitimité scientifique de la démonstration du sociologue et de ses quatre co-auteurs » et qui ont obtenu que Mediapart censure l’article. Ce serait bien la moindre des choses qu’ils viennent exposer leurs arguments et leurs données en pleine lumière afin que chacun puisse voir si les reproches formulés à l’encontre de l’article de Laurent Muchielli sont justifiés ou non. Tous ceux qui le souhaitent sont invités à prendre part au débat à condition de rester dans les limites du thème traité (l’estimation du nombre de personnes mortes à cause des vaccins anti-covid et, éventuellement, à des fins de comparaison, celle du nombre de personnes mortes du covid).

Il va de soi que le débat doit être respectueux et courtois. Et que ce doit être un débat sur le fond et non sur les personnes (évitez les stratégies d’évitement du débat qui consistent à critiquer le pédigrée de tel ou tel ou encore ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses).

Si les uns et les autres répondent à l’appel, nous assisterons au tout premier débat ouvert, transparent et contradictoire sur les effets secondaires des vaccins anti-covid. Et, malgré cet acte de censure qui m’a choqué, j’aime l’idée que ce débat puisse avoir lieu sur Mediapart…

 

[1] « Dépublié » par Mediapart, l’article a été republié par France Soir : https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/la-vaccination-covid-lepreuve-des-faits-2eme-partie-une-mortalite-inedite

[2] Notre santé face au Covid : vrais débats et fausses sciences | Le Club de Mediapart

[3] Vaccins Covid-19 : pour s’y retrouver face aux fausses informations - Page 1 | Mediapart

[4] https://www.francesoir.fr/videos-les-debriefings/christine-cotton-vaers

[5] https://www.researchgate.net/publication/352837543_Analysis_of_COVID-19_vaccine_death_reports_from_the_Vaccine_Adverse_Events_Reporting_System_VAERS_Database_Interim_Results_and_Analysis/link/60dc44c9a6fdccb745f48fc7/download

[6] https://data.oecd.org/fr/healthcare/taux-de-vaccination-contre-la-grippe.htm

[7] https://wonder.cdc.gov/controller/datarequest/D8;jsessionid=BD3B99F879141A7979F0D7673FC

[8] [MàJ]Les décès associés aux vaccins anti-covid sont exceptionnellement élevés. Le pasteur Hoegger dénonce le silence coupable des autorités. – Le blog de Liliane Held-Khawam (lilianeheldkhawam.com)

[9] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4923977?sommaire=4487854#tableau-figure2_radio1

[10] La comparaison entre mortalité par Covid et létalité due aux vaccins est juste catastrophique - AIMSIB

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