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Billet de blog 4 août 2021

Notre santé face au Covid : vrais débats et fausses sciences

Unique dans la presse, le Club participatif de Mediapart fait vivre le débat sur la politique sanitaire durant la pandémie du Covid-19, d’autant plus légitime face à une impéritie gouvernementale largement documentée par nos enquêtes. Mais il exclut, dans le respect de notre Charte, la diffusion de fausses nouvelles, y compris sous l’alibi de démonstrations prétendument scientifiques, dont l’impact peut être dommageable pour la santé de tout un chacun. Ce qui nous a amené à dépublier un billet du sociologue Laurent Mucchielli. Nos explications.

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Mediapart est interpellé depuis plusieurs jours en raison de la mise en ligne par l’un de ses abonnés, Laurent Mucchielli, d’un billet sur son blog affirmant que, face au Covid, « la vaccination de masse conduit à une mortalité inédite dans l’histoire de la médecine moderne » et concluant qu’ « il y a urgence à la suspendre pour évaluer la balance bénéfice/risque au cas par cas ».

Directeur de recherche au CNRS, ayant pour laboratoire le Centre méditerranéen de sociologie, de science politique et d’histoire d’Aix-Marseille, ce sociologue participe aux débats du Club de Mediapart depuis 2009, avec 97 billets publiés à ce jour, inclus le billet en cause. Jusqu’au 29 mars 2020, date de publication d’un premier billet en défense de Didier Raoult, ses contributions s’en tenaient à son domaine de recherche, la sécurité et la délinquance, dans lequel ses travaux sont reconnus. Désormais, avec l’épidémie du coronavirus, il y intervient exclusivement sur les questions de santé et de médecine, pour lesquelles il n’a pas de compétence universitaire ou scientifique particulière. C’est d’ailleurs un engagement qu’il revendique et dont il s’est longuement expliqué en octobre 2020, à l’invitation de Didier Raoult devant le conseil scientifique de son institut (lire ici et voir là).

Non seulement les opinions et positions qu’il y exprime ne sont pas celles de Mediapart – ce que permet naturellement notre Club participatif, ouvert au débat pluraliste de nos abonné·e·s dans le respect de notre Charte de participation –, mais de plus elles vont le plus souvent à l’encontre du travail de notre rédaction sur la pandémie. Ce fut notamment le cas sur la personnalité de Didier Raoult (lire l’enquête de Pascale Pascariello), sur les traitements par la chloroquine (lire l’article de Caroline Coq-Chodorge), sur la nécessité et les limites des confinements (lire ici), sur l’utilité de la vaccination (voir notre dossier sur les vaccins). Chacun·e peut évaluer ce contraste en confrontant les billets du blog de Laurent Mucchielli à notre dossier sur la gestion de la pandémie ainsi qu’aux articles de nos spécialistes, Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint.

Cette dissonance fait précisément la richesse de Mediapart qui, seul dans toute la presse française, permet à ses abonné·e·s de le prolonger et de le discuter, de l’interpeller ou de s’en différencier. L’expression libre d’éventuels désaccords ou divergences doit seulement respecter les règles édictées dans notre Charte de participation, récemment enrichie et approfondie, dans le souci d’un débat respectueux, sans vindicte ni intolérance, dont nos lecteurs et lectrices sont les premiers responsables et gardiens (lire ici le billet d’Edwy Plenel). Cette liberté est d’autant plus précieuse qu’elle est fragile en nos temps d’excommunications diverses, de vindictes partisanes, de chasse aux sorcières séparatistes et autres pensées dissidentes.

Pionnier dans la mise au jour de l’impéritie gouvernementale et présidentielle face à la pandémie, avec nos révélations inaugurales sur le mensonge d’État à propos de la pénurie de masques (les retrouver ici), Mediapart défend une politique de santé résolument démocratique, reposant sur la confiance dans la population avec un débat ouvert, une large transparence, une pédagogie des enjeux. C’était d’ailleurs la recommandation du Conseil scientifique dans un avis resté lettre morte et qui serait toujours confidentiel si Mediapart ne l’avait pas révélé (lire cette note confidentielle sur Mediapart qui l'a dévoilée en avril 2020).

La défiance à laquelle est aujourd’hui confronté le pouvoir jusque dans la rue résulte de son entêtement à faire tout le contraire, de façon autoritaire, contradictoire et opaque, avec un chef de l’État décidant seul en se croyant omniscient, au point de mettre en péril la santé collective comme on l’a vu lors de son refus du confinement en février (lire notre article sur les décès dus au reconfinement tardif). Source de méfiance et de confusion, cette attitude laisse le champ libre aux spéculations farfelues, aux raisonnements complotistes et aux fausses nouvelles. Comme l’exprime dans le Club de Mediapart un autre de nos abonnés blogueurs, Laurent Thines, neurochirurgien et professeur des universités, on peut de ce point de vue tenir les deux bouts : refuser l’autoritarisme du pouvoir symbolisé par le passe sanitaire et défendre la nécessité d’une vaccination la plus large possible (lire son dernier billet).

C’est ici que nous arrivons au cas de conscience que nous a posé le dernier billet posté par Laurent Mucchielli. Notre équipe chargée du Club a été saisie par près d’une centaine d’alertes venues notamment de professionnels de la santé, de médecins, de chercheurs, d’épidémiologistes, etc., qui contestent radicalement la légitimité scientifique de la démonstration du sociologue et de ses quatre co-auteurs. En bref, pour arriver à leur conclusion « d’une mortalité inédite dans l’histoire de la médecine moderne » provoquée par la vaccination de masse face au Covid-19, ils additionnent tous les effets indésirables déclarés après une vaccination alors même que le lien entre ces effets et le vaccin n’est pas toujours formellement établi (lire nos précisions en post-scriptum de ce billet et aussi cette mise au point de pharmacologues).

Or cette démonstration fausse et trompeuse est mise au service d’un appel solennel à suspendre la vaccination contre le coronavirus, avec la double autorité que lui confère le statut de directeur de recherche au CNRS de son auteur et la publication de son texte sur Mediapart dont même ses critiques reconnaissent le sérieux informatif. Le relayant sur les réseaux sociaux, Laurent Mucchielli le présente comme un « article » (voir ici son premier tweet), tandis que l’extrême-droite le relaie comme une publication de Mediapart, faisant semblant d’ignorer la distinction, explicite pourtant, entre notre Journal et son Club (voir ici un tweet de Gilbert Collard).

Après avoir pris le temps de la réflexion, nourri d’échanges collectifs de notre équipe où les avis étaient partagés, nous sommes arrivés à la conclusion que ce dernier billet de Laurent Mucchielli contrevenait à notre Charte de participation qui prohibe la diffusion de fausses nouvelles. Nous l’avons donc dépublié en même temps que nous mettions en ligne cette explication.

Car c’est bien à une fausse information qu’aboutit cette prétendue démonstration, en se fondant sur des calculs erronés et des spéculations fantaisistes. Laquelle fausse information n’est pas sans conséquence si l’on y porte crédit puisqu’elle incite à ne pas recourir à l’une des protections collectives face à l’épidémie, la vaccination. Une épidémie qui, hier, mardi 2 août 2021, a déjà causé, en France, 112 033 décès.

Post-scriptum :

La pharmacovigilance est un système de surveillance public de remontée de possibles effets indésirables de produits de santé. Après enquête, si les risques d’un vaccin ou d’un médicament sont jugés trop importants, il peut aboutir à la suspension de sa commercialisation ou à en préciser des précautions d’emploi.

Mais il ne suffit pas de déclarer un effet survenu peu de temps après la vaccination pour qu’il soit considéré comme indésirable et imputable au vaccin : le lien de cause à effet doit être étayé. Pour ce faire, une investigation est réalisée afin d’écarter les autres causes possibles de survenue de l’effet en question telles qu’une autre maladie, la prise d’un autre traitement ou la durée qui s’est écoulée entre la vaccination et l’observation des symptômes. En complément, des études en population générale permettent de comparer la fréquence de survenue des évènements indésirables supposés rapportés suite à la vaccination.

Ces enquêtes ont permis de déterminer un lien avéré entre le vaccin anti-Covid-19 AstraZeneca et l’apparition de thromboses particulières rares. En tout, 13 décès ont été rapportés en France d’une thrombose atypique suite à une vaccination AstraZeneca. (Lire aussi : Campagne de vaccination: l’AstraZeneca repart, des doutes subsistent)

En revanche, concernant les cas de décès déclarés par des proches de personnes ayant reçu une injection de Pfizer-BioNTech en France, l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a répondu en mai à Mediapart que les données ne permettaient pas « de conclure qu’ils sont liés à la vaccination ». (Lire aussi : Thromboses mortelles: des familles suspectant le vaccin se tournent vers la justice)

Or Laurent Mucchielli et ses co-auteurs additionnent dans ce billet tous les effets indésirables supposés rapportés, que le lien entre la vaccination et l’effet ait été établi ou non, ce qui aboutit à une addition de cas avérés – les 13 décès des suites de thromboses rares survenues après une vaccination à l’AstraZeneca –, et de décès pour lesquels le lien avec la vaccination n’a pas été confirmé. Ce qui amène à une addition absurde et donc au chiffre fantaisiste de « près de 1000 morts potentiellement liés à la vaccination anti-Covid ».

Pour aider à s’y retrouver sur ces questions très complexes de risques liées à la vaccination, la rédaction de Mediapart a fait le choix de la pédagogie. (Lire aussi : Vaccins Covid: calculez votre balance bénéfice-risque personnelle)

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