Grenoble, avant les élections municipales

Après un reportage ( lire ici et là) portant sur les acteurs et initiatives animant la vie associative culturelle et sociale de la ville, " Si tu t'imagines Grenoble". Ce billet donne la parole à un chercheur, Simon Lambersens, engagé auprès de la liste " La commune est à nous" Il fait le point sur les forces en présence avant les élections municipales.

Simon Lambersens est diplômé en histoire et en master de sciences politiques de l'Université de Grenoble. Après avoir été archiviste, chercheur et chargé de mission en économie sociale et solidaire, il est actuellement en reprise d'activités. Il est l'auteur aux éditions Campus Ouvert de l'ouvrage "Aux origines de l'économie sociale et solidaire à Grenoble au XIXe siècle".

Les prochaines élections municipales seront très disputées à Grenoble. Pas moins de 10 listes sont annoncées : Grenoble en Commun, conduite par le maire sortant, Eric Piolle (EELV) ; Grenoble Nouvel Air, conduite par le délégué interministériel à la lutte contre la pauvreté, Olivier Noblecourt ; Un nouveau regard pour Grenoble, conduite par la députée de l’Isère, Emilie Chalas (LAREM) ; la liste de l’ancien maire, député et ministre, Alain Carignon (LR) ; La Commune est à nous dont la tête de liste sera connue le 15 février ; ainsi que des listes d’extrême-droite, de Lutte Ouvrière et du parti popolitique.

Eric Piolle a fait sienne la méthode de l’Arc Humaniste. 12 organisations ont rejoint sa fabrique du projet. Elles sont loin d’être sur la même ligne politique : PG, PCF, Générations, EELV, ADES, AEI, Génération Ecologie, Place Publique, Nouvelle Donne, Réseau Citoyen, Ensemble-métropole, Parti Animaliste. Le coeur du projet est de faire du municipalisme, et chercher l’appui des grandes mairies européennes, du Paris d’Hidalgo au Barcelone de Colau. Les Villes font l’avenir, écrit-il dans son ouvrage paru aux Liens qui Libèrent.

Olivier Noblecourt est en congé depuis janvier 2020 de la délégation interministérielle de la lutte contre la pauvreté. Ayant été battu aux primaires socialistes des élections législatives de 2017 par son mentor Michel Destot, l’ancien adjoint au maire avait alors quitté la région. Mais, après avoir de manière secrète depuis février 2019 préparé son retour, il a réussi à obtenir le soutien de 19 adhérents du parti socialiste dans une ville de 160 000 habitants. Il a ainsi reçu l’imprimatur des instances nationales d’Ivry sur Seine, qui n’ont pas hésité à exclure trois adhérents qui avaient contesté cette décision. Il bénéficie du soutien officiel de GO Citoyenneté (un mouvement local), de Cap21 et des radicaux de gauche.

Emilie Chalas pâtit du désaveu national pour la politique d’Emmanuel Macron. Elle tente de se démarquer en recrutant une ancienne gilet jaune, Louisa Ben Fakir, mais peine à imprimer sa marque, ayant déjà fort à faire à l’Assemblée nationale.

Alain Carignon, qui souffre de l’image de corruption qui lui colle à la peau, prétend être le candidat de la société civile. Le soutien implicite du patron de LR, Christian Jacob, le ramène à une situation classique, celle d’être positionné à la droite de l’échiquier, ce qui rend encore plus acrobatique sa volonté de concilier les intérêts de la droite bourgeoise du centre ville et l’apolitisme conservateur des quartiers.

Enfin, la Commune est à nous apparaît comme la démarche originale de ce scrutin. Fruit du regroupement depuis septembre 2019 lors d’un forum à la maison des associations de Grenoble de militants et d’habitants de diverses provenances politiques et associatives (Ensemble à gauche, Jeunes Insoumis, Lanceurs de Tuiles, membres du parti communiste, NPA, POI, Gilets Jaunes, Ateliers constituants, Alternatiba…), cette liste entend dépasser les étiquettes et pose un diagnostic commun sur le déficit de démocratie, de social, et d’écologie réelle, à Grenoble. Fonctionnant en assemblées populaires se tenant dans différents quartiers (Berriat, Villeneuve, Abbaye), elle construit ainsi avec les habitants sa liste et son programme. Donnée à 7 % lors d’un sondage en septembre 2019, bien avant l’entrée en campagne donc , la Commune est à nous doit percer le plafond de verre constitué par les organisations nationales classiques et les matchs joués d’avance.

Il y a peu, on posait la question au politiste Guillaume Gourgues de savoir si une réelle possibilité existait de voir émerger lors des scrutins de mars d’autres mairies participalistes que celle de Saillans. Il répondait de la façon suivante : « Difficile de le mesurer précisément (…) Il faut se fier à l’ampleur des dynamiques locales ». Il notait les villes « où il y a une vraie convergence de partis politiques et une dynamique citoyenne très importante », comme là « où une liste citoyenne, inspirée par les méthodes de Saillans, a été rejointe par des groupes de gilets jaunes », opérant « une convergence étrange, sachant que ce sont les gilets jaunes qui ont durci certains éléments du programme ». Alors que la représentation politique est en faillite, les convergences entre jaunes, rouges et noirs, pourront vivifier une démocratie directe nouvelle. 

 

 

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