Si tu t'imagines Grenoble - 2/2

Une ville qui a refusé de se soumettre à l'occupant, qui a su s'ouvrir à tous les peuples du monde, peut -elle résister aujourd'hui à la modernité néo-libérale? Grenoble pourrait bien relever le défi. Est-ce insensé de penser que l'intelligence collective, en prenant le risque de l'expérimentation, est capable de renouveler la démocratie?

 

3/ FONDATIONS GRENOBLOISES

Il semble bien que dans aucune autre ville française, l’immigration et la résistance à l’occupant n’aient joué un rôle aussi central. Ces deux piliers ont pour point commun une foi inébranlable dans la capacité des humains à vivre ensemble dans le respect de leurs valeurs. Mais que les sceptiques de tout poil se rassurent, la ville a ses problèmes, ses manques. Elle a également à son actif des réalisations scientifiques ou technologiques remarquables pour les uns, préoccupantes pour les autres.

– Une immigration fondatrice

Il n’existe pas de ville en France qui ne fasse pas plus moins place à l’immigration. La plupart le font, semble-t-il plus par obligation que par choix assumé. Grenoble, elle, s’est construite sur l’immigration.

L’Italie dès la fin du XIX siècle se fait la part belle avec l’arrivée des piémontais, au début du XX siècle, Corato, un village des Pouilles, région de l’Italie du sud particulièrement pauvre, apporte son flux de population italienne.

Dans les années 30, sur 11o.ooo habitants les étrangers représentent 18% du total. Sans tenir compte des naturalisations. Dans les années 60, on évalue à 40% la population d’origine italienne. L’industrialisation de la ville voit l’arrivée de forts contingents de maghrébins, et dans une moindre mesure de russes, de polonais, d’espagnols, d’arméniens et d’africains. Cette immigration est en phase avec les besoins de main-d’oeuvre du pays. D’autres formes d’immigration plus ponctuelles seront directement liées aux crises politiques que connaissent des pays comme l’Argentine, Le Chili, le Vietnam, etc…

L’apport italien  ( 28)

Au fil des années il sera décisif, tant dans des métiers pointus comme celui des banquiers, des marchands, des artisans, artistes que dans l’apport de main- d’oeuvre dans le bâtiment, l’industrie dont la ganterie, l’exploitation minière et l’aménagement des forêts. Dans le temps révolutionnaire du XVIII siècle de nombreux patriotes italiens s’exilèrent en France.

Les italiens, c’est  aussi la passion de la politique, des engagements syndicaux, des engagements associatifs… une forte capacité à participer à la vie collective.

Calogera

1936

A Grenoble comme dans de très nombreuses villes françaises, les occupations d’usines sont festives. Les adhésions à la CGT explosent.

.1941

Grazia : J’ai souvenir de la faim. Ma mère m’a raconté que je me réveillais la nuit et que je lui demandais : c’est l’heure de manger ?

Comme il n’y avait plus de chocolat depuis longtemps, on faisait des tartines au boudin, ça ressemblait, la couleur, pas le goût…

Je me souviens aussi de mon grand-père qui, excédé de manger ses pâtes sans matière grasse, décida d’y mettre de l’huile pour les serrures, avec une burette. Ma grand -mère l’avait disputé.

….

Lorsqu’elle a 16 ans, ma grand-mère découvre les auberges de jeunesse. Sa mère l’autorise à y aller malgré les remarques désobligeantes de ses frères. En effet pour l’époque c’est quelque chose les auberges !

Les jeunes s’organisent entre eux sur des principes mixtes et laïques. Les ajistes dorment à la belle étoile, font des randonnées à pied ou en vélo, voyagent, chantent et refont le monde.

L’apport Maghrebin -(29)

En 1954 Grenoble compte  15% de français ,musulmans actifs , essentiellement des hommes. En 1962 ils seront 7632 dont 365 femmes, soit un quart de la population étrangère, la deuxième communauté après celle des Italiens. Le quartier de Très Cloitre est considéré comme un quartier arabe. La reconstruction du pays requiert en plus des capitaux, des matières premières, les colonies en sont pourvues et surtout apportent beaucoup de main- d’oeuvre. L’exode rural, le travail des femmes, parfois des enfants sont insuffisants. Alors des recruteurs  sillonneront les territoires coloniaux  pour le compte de l’industrie française mais aussi de l’armée. La guerre d’Algérie entrainera tensions et un surcroit de racisme.

Omar 22 ans

 » Nos parents ils se sont battu pour eux. Ils sont morts pour eux. Ils les ont amenés ici pour reconstruire leurs bâtiments. Et maintenant on nous traite comme de la m… Aucune reconnaissance- A Grenoble le mari de ma soeur est venu nous chercher à la gare. On s’attendait à aller dans un logement magnifique…

Où est-ce qu’il nous emmène ? Dans le chantier du Park-hôtel à côté de la mairie. Ce bâtiment était en construction et c’est là qu’il logeait. Et c’est là qu’on a dormi.

… On travaillait au moins 9 heures par jour. Ce qui nous a sauvés à l’époque, c’est qu’il y avait du travail et de la solidarité entre ceux qui arrivaient et ceux qui étaient déjà là.

 Les gens se sont rencontrés entre pauvres » Mohamed Lahcine

 Chiaka Fané créateur du syndicat CGT des sans -papiers

Il est malien, fils de forgeron, issu d’une famille où le respect des valeurs est prioritaire. Il arrive en France avec un visa étudiant, travaille quotidiennement à  Chambéry et à Grenoble. Il refuse de travailler au noir. Il est donc déclaré, est autorisé à payer ses impôts, mais pas à exister. « On a rien à perdre à se battre, on ne peut pas vivre avec la peur au ventre sans arrêt. On a tout à gagner à se battre. Nous sommes des sous -citoyens et on se bat pour tous les salariés. Il a lui- même été arrêté à Chambéry sur dénonciation. Il veut faire quelque chose . Il va trouver la CGT et propose de créer le premier syndicat des sans -papiers. Il ne sera régularisé qu’après six ans de luttes.

 

 

– Grenoble résistante.

Plaque tournante des maquis du Vercors, de la Chartreuse, Belledonne et Oisans, la ville a été elle- même un foyer de résistance important. Grenoble est l’une des cinq villes françaises ayant reçu la Croix de la Libération. D’abord qualifiée de zone libre sous le régime de Vichy qui faisait en priorité la chasse aux communistes, francs- maçons, juifs et étrangers, la ville  passée en Novembre 1942  sous occupation italienne, a connu une période de répression et de massacres systématiques sous l’occupation allemande à partir de Septembre 1943.

Face au tragique de la situation, les femmes et les hommes  qui se sont battu ensemble , ont développé un esprit de solidarité, d’amitié et de justice sociale  que l’on retrouvera dans le programme du Conseil National de la Résistance.

Ces hommes et ces femmes ont saisi l’importance de l’éducation et la culture comme garants du lien social  et du développement collectif et individuel. Sur les lieux même de la résistance des militants des mouvements d’éducation populaire comme « Peuple et Culture » ont assuré la formation des jeunes résistants. L’impact de ces associations a été décisif dans les années d’après- guerre  pour concrétiser une ambition de montée en puissance des classes populaires.

Le rendez-vous annuel initié en 2007 sur le plateau des Glières par d’anciens résistants en est l’expression assumée.  » Nous sommes ici dans ce lieu symbolique, pour se rappeler ces idéaux de la résistance et réveiller les consciences »

« Résister comme l’écrit JO Briant (8), c’est d’abord dépasser la tristesse et la résignation , c’est ensuite créer ».

Cet esprit de résistance est l’une des composantes fortes de l’ADN grenoblois, ouvert au monde et à ses tragédies. Message entendu par les opprimés du monde entier .

Grenoble n’est pas une ville miracle, mais tous ceux qui ont eu à faire face à l’adversité, qu’elle soit dans un arrachement à leur pays, économique, ou dans la nécessité de faire face au mépris, ont développé  une intelligence et une volonté d’autant plus forte qu’ils ont été portés par une solidarité hors du commun, quelque chose qui tient à la bienveillance, à la complicité et aussi à la  joie de vivre de ceux qui savent d’où ils viennent et ce qu’ils ont conquis. Ceux qui ont été pauvres ont connu tous les abîmes, celui du racisme subi, mais aussi celui dont on abreuve le dernier arrivant. Dans cette cuvette, cernée par la montagne , les grenoblois savent ce que le mot volonté veut dire. Aidée par le génie humain, elle est capable de tirer parti de tous les freins, les handicaps, de toutes les opportunités.  Ainsi l’eau de la montagne est devenue  force motrice, électricité, ainsi est née l’industrie, l’usine, lieu d’exploitation , mais aussi lieu  d’affirmation d’une intelligence collective populaire.

 4/ DES QUESTIONS SUR GRENOBLE ?

La géographie plutôt adverse, forge ici une odyssée en forme de défi, un espace ouvert pour une volonté  ouverte sur l’Europe, L’Afrique, L’Amérique Latine, l’Asie et tous les pays  en souffrance. Sur le terrain de jeu de la ville ne cessent d’arriver d’autres joueurs, ouvriers dans un premier temps puis, chercheurs, scientifiques, artistes, travailleurs,  chômeurs, réfugiés qui à chaque instant vont réinventer la cité. Une ville, tous le soulignent, où la notion de proximité existe encore.. Les questions que cette ville pose avec une acuité sans cesse renouvelée sont celles du monde dans lequel nous vivons. Le mérite de Grenoble est de les formuler à une échelle palpable, charnelle c’est à dire ancrée.

Quels goûts peut avoir le bouillon de cultures Grenoblois ?

Aujourd’hui, on sait que la culture ne constitue pas un domaine à part, à l’abri des soubresauts, luttes, concurrences, guerres qui agitent la société. Cette vérité pourtant basique est la plupart du temps mise de côté, car pendant des siècles a été forgée, avec une patience et persévérance infinies, une histoire mythique de la culture, temple perché sur le plus haut sommet de l’intelligence humaine et contenant les joyaux les plus extraordinaires qui soient. L’élite de nos sociétés  y a naturellement accès, et c’est justement parce qu’elle est marquée du sceau de la connaissance qu’elle peut légitimement prétendre à être l’élite. Selon son humeur, en fonction d’une météo imprévisible, certains jours,elle ouvre plus ou moins grand les portes du royaume aux plébéiens qui sont alors en mesure non de goûter vraiment les oeuvres, mais de mesurer l’ampleur du fossé qui les exclut de toute légitimité dans le domaine artistique et intellectuel. Bien sûr ceux d’en haut, quand ils sont de bonne humeur, organisent des séances de rattrapage. Mais qui n’a pas les codes, les clefs, malgré des assauts de bonne volonté, ne peut être admis dans le saint des saints. Ainsi se perpétue en toute impunité la domination de classe. La culture est-elle alors un outil créateur de lien? A l’évidence elle est d’abord une arme prétendument indolore au service des puissants justifiant que ceux qui savent, détiennent le pouvoir. Paradoxalement la culture prônant l’universalité est un club privé comportant des membres de droit, des invités triés sur le volet et une liste d’attente longue comme plusieurs bras…

Où se situe la ville de Grenoble, face au diktat culturel ?

….   Grenoble, sans dynastie bourgeoise dominante, comme le souligne Anne laure Amilhat- Szary, structurée par l’immigration, et un renouvellement permanent de sa population, n’a ni la volonté ni les moyens de mener une politique conservatrice, elle va donc forger une vie plurielle où la reconnaissance de l’autre est vécue comme une nécessité au quotidien. Ainsi le Musée du Dauphinois sous la direction  de Jean Guibal va pratiquer une politique d’expositions permettant tant à chacun de mieux connaitre les différentes composantes de la population grenobloise qu’aux populations concernées de savoir qu’elles existent aux yeux des autres. Le  Musée Dauphinois, lieu de mémoire et connaissance des modes de vie des populations ayant évolué dans l’Isère  s’est employé́ à informer le public du XXIème siècle sur la vie d’ici notamment  en montagne, Mais il a également, avec bonheur, tenu  à évoquer la mémoire des  différentes communautés vivant dans l’agglomération. Après l’Italie des Pouilles (Corato – Grenoble en 1989), la Grèce (Des Grecs en 1993), l’Arménie (D’Isère et d’Arménie en 1997), des expositions ont été consacrées au Maghreb( Oc 16 octobre 1999 – 30 juin 2000) « Pour que la vie continue… « D’Isère et du Maghreb , à l’Afrique « Ce que nous devons à l’Afrique », du 16 octobre 2010 au 9 janvier 2012 A la présence italienne  » un air d’italie du  18 novembre 2011 – 17 septembre 2012. »Tsiganes , la vie de Bohème à partir d’Octobre 2015 Par ailleurs à Grenoble  se trouve la seule bibliothèque algérienne de France , la médiathèque Kateb Yacine, le poète, écrivain décédé ici en 1989; plusieurs associations de soutien à la population algérienne, une maison de la culture arménienne,  La maison de l’international,  lieu privilégié d’échanges, d’information et d’exposition consacré à l’international. Précieux pour les nouveaux arrivants étrangers et pour les jeunes qui souhaitent partir séjourner à l’étranger. Sans oublier le lycée international Europole et Le CIIP(30), créé en 1980, par Jo Briant le Centre d’Information Inter-Peuples est une association de solidarité locale et internationale. Ses objectifs sont de mieux faire connaître les réalités, les cultures des pays et des peuples des cinq continents, de lutter contre les atteintes aux droits de l’homme, contre toutes les formes de discrimination et de racisme, de promouvoir un monde solidaire et un développement durable. On peut s’étonner que cette extraordinaire ouverture au monde  d’une ville de moyenne importance ne soit pas plus connue et valorisée. Ici la reconnaissance de la diversité des origines de la population est constitutive de la société locale. Ce qui ne veut pas dire que la ville soit hors sol. Racisme, émeutes, deal, délinquance , meurtres, assassinats existent ici comme ailleurs. Par contre la pratique du musée Dauphinois , comme la vivacité de nombreuses associations l’attestent, à Grenoble, le mépris néo-colonial  visant ceux qui ne sont pas bien nés, n’est pas le trait dominant. Dans quelles autres régions de France, les classes moyennes  et supérieures sont -elles conscientes que leur niveau de vie constitue une dette face à toutes les populations immigrées qui ont contribué à l’élever, sans pour autant être reconnues? A ce titre ce que dit  Grenoble, est totalement subversif, d’autant que ce discours de vérité met en lumière le scandale des inégalités croissantes qui traversent la société française.

Une culture démocratique  ou de démocratisation?

  1. La candidature de Grenoble à l’organisation des JO d’hiver est acceptée. Rien ou presque n’a été fait pour assumer ce défi. Elu en 1965, Dubedout (2) transformera ce handicap en opportunité. Il ne s’agit pas seulement de respecter les engagements pris, mais de prendre appui sur l’évènement pour faire de la cité une ville moderne,éthique et attractive. La décision de bâtir un véritable paquebot de la culture, une scène nationale ouverte à toutes formes de spectacles va dans ce sens.il s’agit aussi par ce geste architectural et culturel de prendre acte de l’existence d’une population pour laquelle la culture constitue un accompagnement individuel et collectif indispensable, tant pour nourrir l’esprit, que comme outil de reconnaissance  sociale. André Malraux qui est venu  inaugurer le  Cargo » ne s’y est pas trompé. Si les grandes oeuvres du répertoire constituent le sommet des nourritures de l’esprit, elles doivent  devenir accessibles  aux couches de la population qui en ont  été  injustement privées. Pour Malraux la culture est un trésor, hors de la distraction populaire et de ses différents avatars » Supposons que la culture n’existe pas. Il y aurait les yé-yé, mais pas Beethoven ; la publicité, mais ni Piero della Francesca ni Michel-Ange ; les journaux, mais pas Shakespeare ; James Bond, mais pas le Cuirassé Potemkine ni la Ruée vers l’or »

En clair, pour limiter les dégâts causés par la société de consommation le trésor

qui a été trop  longtemps, confisqué par l’élite, doit  aujourd’hui être quelque peu partagé.

Aujourd’hui cette vision paternaliste peut donner à certains l’illusion qu’ils ont ainsi acquis

un   laissé -passer leur ouvrant les portes de l’establishment, mais à l’épreuve, ils  devront

se rendre compte, qu’il leur manquera toujours ce » je ne sais quoi » d’intuition, de grâce,  pour ne  pas dire de style, qualité réservée  aux classes dominantes. Ne seront légitimes que les oeuvres autorisées à l’être, par ceux du dessus. On prend donc conscience ici  de l’importance essentielle de la culture comme outil de préservation de l’ordre social dominant. Une association comme ATD-Quart monde, dans sa pratique quotidienne réfute  les concepts d’expertise, comme tout savoir d’en haut apporté à ceux d’en bas. Chacun est expert de sa propre vie, de ses désirs, comme de ses refus. C’est la reconnaissance de l’autre comme acteur de son existence, qui doit contribuer à inventer ou légitimer  des formes culturelles faisant le pari d’une intelligence collective portée au mouvement et à la transformation sociale. Ces pratiques et cette ambition , des associations comme le Prunier Sauvage, Batukavi, Les Barbarins fourchus, la BAF, Le centre social 38, la Bibliothèque Antigone, les différents squats et bien d’autres, les portent avec courage, détermination ( 31)

De même la création dans les années 70 d’un réseau de bibliothèques, hautement porteur de l’innovation sociale et donc de subversion de l’ordre établi. Cathy Feinstein, bibliothécaire qui a été la grande animatrice des arts du récit raconte: Bernard Gilman, adjoint à la culture d’Hubert Dubedout veut monter un ambitieux réseau de lecture publique. Pour le mettre en place et le diriger il ira dénicher à Massy- Palaiseaux, un homme hors du commun: Cecil Guitart. Ce dernier commencera par créer une bibliothèque à Grand Place à côté du centre commercial, ainsi que la première artothèque de France. Il a ensuite développé un réseau dans les quartiers, en donnant à chaque établissement une autonomie de fonctionnement  incluant l’achat de livres. Ce qui ne se pratiquait pas dans les autres villes. Chaque bibliothèque est responsable de son budget. Tout le personnel, de la femme de ménage au directeur, pouvant effectuer les mêmes tâches, chacun trouvant sa place en fonction de ses compétences. Cecil Guitart a également investi dans la formation des agents culturels afin qu’ils soient capables d’aller vers les  gens et de bien les traiter tous, dont les plus précaires. Le plan de formation développe un esprit commun à tous. Chaque mois l’ensemble des collaborateurs a droit à une journée de réflexion, et à une journée  mobile incitant chacun à exercer sa curiosité à l’extérieur. Des voyages d’étude au Québec, en Asie, en Afrique sont organisés incluant la totalité du personnel.

Chacun est à même de sentir la confiance que l’on a en lui et en ses compétences.

Des animations musicales sont organisées , notamment avec des grands du jazz, ainsi que des rencontres avec les auteurs et des débats. Dans ce contexte tous les intervenants sont très motivés et travaillent beaucoup. Cecil Guitar a fini par quitter Grenoble , il, a été remplacé par Catherine Pouillet qui a  mené la même politique, malgré l’élection d’Alain Carignon. Elle a développé la vie littéraire, créé le Printemps du livre, une grande manifestation  populaire autour du livre et de la lecture. Le secteur des livres pour enfants a été fortement mis en valeur et les différentes bibliothèques  ont créé des relations très étroites avec les écoles »

Grenoble en lieux communs ?

Dans cette ville, il semble possible de sortir pour investir des lieux autres que ceux où l’on peut oublier qui l’on est,  il semble possible, ancré dans le tissus local, de tisser des liens produisant émotions, débats, controverses et pourquoi pas accord , construction d’une vision commune, d’un mode de vie en symbiose. … Ici la plupart des  lieux se veulent lieux de vie. Au -delà de Grenoble la recherche de lieux communs semble d’autant plus tendue que la difficulté à élaborer un projet d’avenir à l’échelle du pays est immense. De là une  tendance à magnifier tout lien de proximité. Ceux, qui  il y a  quelques dizaines d’années, ont fui l’air confiné de la province y reviennent  aujourd’hui, en jurant qu’en dehors de l’enracinement  local il n’y a point de salut. Grenoble semble échapper à cette dichotomie.

La trajectoire d’un homme comme Jo Briant( 8), militant de toujours, habitant la Villeneuve en donne un vibrant exemple. Une phrase peut résumer sa démarche « agir ici et là- bas.  Membre actif de plusieurs organisations de gauche, Jo Briant estime que ce qui se passe ici s’inscrit dans un contexte mondial dominé par la logique capitaliste. A l’appui des actions menées il fonde en 1980, le CIIP, le Centre d’information inter-peuples( 30), Ce centre de documentation, ouvert à tous, travaille dans une logique transversale permettant de mettre en perspective les problématiques abordées. C’est le même système qui exclut ici et là- bas. Il s’agit de faire connaitre les cultures des peuples en lutte pour leur liberté et de développer des solidarités conséquentes. Voilà pourquoi on ne peut séparer une implantation très concrète dans son quartier, dans sa ville et dans le monde. A un autre niveau l’action de Bernard Macret, militant de l’Ades (32), membre et l’équipe municipale et adjoint en charge des solidarités internationales mérite que l’on s’y arrête.

C’est une véritable politique de l’International au cœur du projet municipal …. Il s’agit  de favoriser l’accès aux droits fondamentaux, d’aider à l’émergence de la société civile, de promouvoir, les droits des femmes, une culture de paix et d’égalité passant par les jeunes et l’éducation, d’oeuvrer pour la transition écologique …La ville a créé des ateliers de la coopération avec les acteurs et associations concernés. Chaque initiative est suivie d’un retour sur action, il en est de même pour les prestations des troupes de théâtre financées par la Ville et l’Institut Culturel Français. L’action internationale est menée en synergie avec les jeunes des quartiers populaires de Grenoble pour qui les échanges internationaux ouvrent des perspectives. Beaucoup d’ actions sont  orientées sur l’accès aux droits des femmes. Ce sont elles qui sont le plus mobilisées dans les pays du sud comme par exemple les femmes de la coopérative de Bethléem qui fait vivre 80 familles avec de l’artisanat et vont maintenant former des femmes pour créer des coopératives à Sfax.

– La transition écologique est un levier pour l’action Internationale : ateliers d’urbanisme à Sfax, le solaire en Arménie avec des entreprises arméniennes.

– Le travail avec les réseaux des Villes mondiales sur la Paix à Guanju en Corée du Sud

– La santé : avec la formation des infirmières palestiniennes, avec l’hôpital refait à Sevan, le service des urgences à Suzhou, l’échange avec l’hôpital de la ville de Grenoble pour l’acupuncture.

Vis à vis  des exilés et des résidents étrangers, Grenoble a  intégré un réseau des villes accueillantes, une plate-forme solidaire qui a permis de créer 400 hébergements. La ville organise la quinzaine contre le racisme, les états généraux des migrations, le soutien à la Maison des Accueillis de l’APARDAP (33), le guide des résidents étrangers, le conseil consultatif des résidents étrangers, les parrainages républicains….

En Tunisie un travail de coopération va démarrer avec la Métropole sur le 1% déchet.

Cette capacité à construire « des lieux communs » autant définis par leur relation avec le monde que par leur localisation semble des plus prometteuses. Par la dynamique qu’elle inclue elle transcende la notion de lieu refuge implicitement réservé au regroupement de ceux et celles qui ont des difficultés à supporter un système injuste.

Dans son numéro 58 de l’été  2018 la revue de L’Observatoire des Politiques Culturelles (34 ) s’interroge sur le concept de tiers lieu. On s’aperçoit que la notion de  tiers lieu est née aux Etats -Unis forgée par une génération numérique souhaitant réunir dans un seul lieu, coworking, action culturelle et spectacle.  Le tiers lieu pourrait être un lieu de passage en attente d’une transformation du vivre ensemble. Dans le même numéro Christine Liefooghe écrit:  » Ce paradigme techno-centré venu de Boston  et de la Silicon Valley est contesté par un autre modèle ,celui d’une économie collaborative où le citoyen n’est pas seulement un usager, où le travail n’est pas « uberisé » où la circulation des connaissances n’est pas bridée par des droits de propriété intellectuelle  et où des projets co-construits émergent dans des tiers -lieux…..  L’alternative comme solution, et non la technologie. Le passage d’un système de production capitaliste- qui se renouvelle en exploitant notre créativité, nos peurs et nos espoirs -à un monde où les citoyens partageraient en mode open source leurs talents pour co-construire une société respectueuse des ressources naturelles, recycler ce qui peut l’être et permettre à chacun de prendre en main son destin » Par ailleurs la ville se veut en pointe dans la mise en place de la transition écologique, elle organise la Biennale des villes en transition , postule à être la capitale verte de l’Europe  en 2022. Ses investissements technologiques sont fortement critiqués par des groupes comme PMO, mais n’apparait pas (encore) sur la scène publique un discours politique correspondant aux options politiques de base de l’équipe municipale.

 5/ ON DIRAIT UNE VILLE DE GAUCHE !

A un moment où chacun et même les individus de bonne foi, se grattent la tête pour savoir ce que veut dire  être de  gauche, Grenoble que l’on a souvent qualifié de ville laboratoire, constitue un terrain privilégié. Ailleurs on parlera de lien social parce que l’on est chrétien, évangéliste, communiste, éventuellement social-démocrate.  Ici le lien social du fait de la diversité des populations est une nécessité du quotidien. Ici moins on possède plus on partage, il faut bien faire face. Donner la priorité à l’humain face aux contraintes économiques, vouloir partager le gâteau plus équitablement pour satisfaire aux aspirations populaires, témoigne à l’évidence d’un ancrage à gauche. Le nombre incalculable d’initiatives tant en faveur de l’emploi, de l’échange de cultures, de la construction d’une culture commune que dans l’élaboration d’une pensée libertaire, alternative vont dans le même sens. Grenoble est une pépinière  de gauche, ancrée dans une histoire quasi- mythique.

En 1968 la classe ouvrière représente encore à Grenoble un tiers de la population soit moins de 22ooo personnes. En 2010 elle sera pratiquement réduite de moitié soit environ un dixième de la population. La gauche traditionnelle ou révolutionnaire n’est plus  outillée pour faire face à la situation. Une gauche moderniste est en train de naitre, elle est anti- capitaliste, mais réformiste. Surtout elle est moderne ouverte à l’étude du phénomène urbain, à la territorialisation des problèmes, elle s’interroge sur ce qu’habiter, éduquer veut dire. Cette gauche est sociétale plus que politicienne. L’évolution des moeurs l’intéresse plus que les jeux d’appareil. Cette gauche est en phase  avec la montée en puissance de la classe moyenne. Elle est tellement tournée vers l’avenir, qu’elle pourrait bien oublier que la classe ouvrière comme le peuple existent encore. L’analyse du phénomène est d’autant plus complexe qu’au fur et à mesure que la précarisation gagne du terrain,  une nébuleuse, dont on cerne difficilement les contours, vient se substituer à la notion de classe ouvrière organisée. Pudiquement on parle  de populations en difficulté, de quartiers sensibles où sont parqués des chômeurs, des exclus, des précaires, des travailleurs au noir, etc Deux facteurs unissent bien malgré elles ces populations : le mépris dont elles font l’objet et l’habitat dégradé que l’on met à leur disposition.

Hubert Dubedout, l’homme mythique de la gauche grenobloise sera maire de la ville de 1965 à 1983 soit pendant trois mandats. Pour appréhender le rôle qu’il a joué, il convient de prendre en compte plusieurs facteurs.

Sa personne / Ancien militaire, ingénieur occupant des responsabilités au Centre d’Etudes Nucléaire, émanation du CEA, il travaillera dans un laboratoire dirigé par Henry Néel, futur prix Nobel. Inconnu du grand public il se fera connaitre en réglant le problème de l’arrivée d’eau dans les appartements de la ville. Il a ainsi créé  en 1964 le syndicat des usagers de l’eau. Constatant que les machines politiques existantes se préoccupent plus de leur propre  survie que d’améliorer le sort de leurs concitoyens, il crée les GAM groupes d’action municipaux qui essaiment bientôt dans toute la France. En 1965, La Liste SFIO, PSU, GAM menée par Hubert Dubedout remportera la mairie et la conservera jusqu’en 1983. Ainsi  « la société civile » fait son irruption sur la scène politique. Cette dichotomie entre une démarche d’appareil  mobilisant de moins en moins les citoyens et une action dédiée à un projet politique deviendra au fil des années de plus en plus lancinante.

La situation de la ville / Grenoble  s’est vu confié les JO de 68, la ville est dramatiquement en retard. Ce handicap deviendra une opportunité dans les mains d’une équipe super-dynamique qui saura profiter de l’enjeu pour moderniser la ville.

l’époque où il a exercé le pouvoir/ Les années 70 sont les années de l’utopie en marche. La création du quartier de la Villeneuve cristallisera ces aspirations. La démocratie réelle n’existe que si les  citoyens disposent des outils nécessaires pour prendre leur sort en main. Faire le pari de l’intelligence collective c’est prendre le risque d’expérimenter et avancer.

les hommes qui l’ont entouré dans l’équipe municipale et au- delà.(35)

Un projet, ce n’est pas seulement un homme mais aussi une équipe. Plus les membres de l’équipe seront forts, compétents et travailleront au bien- être collectif plus l’écart entre les promesses et les réalisations sera réduit. Ainsi, René Rizzardo(2) , Bernard Gillman (35), Geo Boulloud (1) Ce n’est pas un hasard si le projet grenoblois est étroitement contemporain de l’ascension de Pierre Mendès France. Mendésiste Hubert Dubedout l’était avant même de le savoir. Autour de lui on trouve aussi  Jean Verlhac (36)  l’un des fondateurs du PSU. Portée par les idées de l’époque et ses convictions, l’équipe municipale créera de nouveaux quartiers populaires, rénovera des anciens (ainsi Très -cloitre), innovera, expérimentera en matière d’éducation, de logement, s’impliquera dans la culture (ainsi le Cargo futur MC2). En 1983, la droite en la personne d’Alain Carignon(21) reprendra la mairie. Trop confiants, se réservant pour le second tour, une partie des électeurs de gauche se sont abstenus. D’autres auront été persuadés que leur maire été voué à un destin national, alors qu’Hubert Dubedout parce qu’il était rocardien  sera tenu à l’écart du gouvernement. Alain Carignon sera condamné en 1995 pour escroquerie et corruption passive grâce au travail de fourmi mené par l’écologiste Raymond Avrillier(21) En échange de bons et loyaux services, notamment le renflouement de son organe de presse, le maire privatisera le service public de l’eau au profit du groupe Merlin et de la Lyonnaise des Eaux. La mairie sera reconquise par la gauche. Michel Destot, PS, ingénieur, spécialiste de la physique nucléaire qui exercera trois mandats. Comme le maire de droite précédent, le maire PS joue plus la carte du social que du culturel. Ses adversaires le disent clientéliste, achetant la paix sociale grâce à la politique des grands frères. Sous ses trois mandats la composition de la population évolue fortement, les classes moyennes prennent de plus en plus d’importance. Michel Destot se veut d’abord être à la tête d’une ville qui gagne, une ville à la pointe de la micro- electronique, des nano-technologies, une mini Silicon -Valley. Des chercheurs du monde entier y résident, La ville de 150 000 habitants compte 60 000 étudiants dont une forte proportion d’étrangers. Minatec puis Clinatec sont créés. En 2014, Michel Destot ne se représente pas. Depuis 2014 c’est une équipe Verts EELV, Parti de gauche, Alternatifs, Gauche anticapitaliste, associations locales:  Ades,réseau citoyen )  dirigée par Eric Piolle qui a été élue. Point commun  aux trois maires de gauche. Ils sont tous les trois ingénieurs, deux sont passé par Le CEA, le troisième et actuel maire  par Hewlett-Packard.

Pour la première fois en France, à l’occasion d’une élection municipale, le PS est battu sur sa gauche par une équipe en pointe sur l’écologie. Cette équipe, qui n’avait aucune expérience politique, a commis des erreurs et  semble s’être mis à dos une partie de la classe moyenne culturelle. Il pourrait bien y avoir là un phénomène de lutte des classes entre deux imaginaires. La nouvelle équipe a voulu bousculer une gauche culturelle nantie, privilégier le lien social, le désenclavement à l’esthétique. Pourquoi  pas, à condition d’avoir les codes permettant de naviguer entre les différentes conceptions de la culture. A l’actif de l’équipe, on note une volonté de réinvestissement de la puissance publique dans les quartiers, une rénovation de ces mêmes quartiers, des chantiers de co-construction pour le logement social, l’encadrement des loyers, un plan école avec la création de 50 à 60 classes d’ici 2020. La création d’une monnaie locale prometteuse le CAIRN(37) . L’équipe en place défend la démocratie participative et a créé un budget dédié  aux citoyens qui peuvent décider en toute liberté. La démocratie participative est tout de même très critiquée dans la mesure où elle pourrait servir à faire entériner des décisions impopulaires déjà prises en amont. Cependant en 2016 a été mis en place un processus de pétition démocratique prometteur. Si 2000 citoyens signent une pétition dont l’objet relève de la compétence municipale elle sera soumise à vocation populaire, si 20000 voix  sont favorables au projet, la mairie a obligation de prendre position pour ou contre. ll ne faut pas oublier que devant l’ampleur de la dette accumulée sous les mandats précédents, l’équipe qui a pris le pouvoir en  2014, a dû sérieusement rabattre sur ses ambitions, Grenoble risquant d’être mise sous tutelle étatique. Par ailleurs au niveau de l’agglomération, cette même équipe a fait alliance avec le PS et donc accepté de faire des compromis. Les habitants qui défendent la politique de l’équipe en place sont sensibles à son écoute, à la modestie de certaines mesures  qui prouvent une attention au quotidien des habitants. Ainsi un appel à projets, idées sur les jardins, bouts de trottoir, délaissés. La ville fournit les végétaux, les habitants peuvent rencontrer des jardiniers, échanger avec eux. L’équipe est attentive aux innovations proposées aujourd’hui, comme à préserver celles des pionniers .Grenoble semble être une des  villes les plus à même de mener à bien la transition écologique à échéance 2022. Les détracteurs de l’équipe Piolle l’accusent  de mener une politique sans le moindre recul face à la montée en puissance des technologies de pointe et en particulier vis à vis du transhumanisme.Le Postillon, journal alternatif local , accuse Eric Piolle d’être un homme d’affaires caché derrière le militant écologiste. »  Ainsi n’a-t-on jamais entendu celui qui est maintenant le symbole de « l’autre gauche » en France commenter l’obsolescence programmée, sur laquelle se base Hewlett-Packard pour assurer sa croissance. Aucune remarque non plus sur le fait que les gadgets d’Hewlett-Packard sont produits en Chine, avec ses ouvriers sous-payés et son droit du travail presque inexistant. » Bien évidemment, pas la moindre réflexion publique sur l’utilité sociale de tous les gadgets (ordinateurs, tablettes, imprimantes, logiciels etc) vendus par HP, envahissant le quotidien de chacun d’entre nous, uniformisant nos vies et nous réduisant à l’état de zombies derrière des écrans. »

Il est clair que ce n’est pas à l’échelon d’une ville qu’il est possible de passer du capitalisme à un système plus égalitaire et démocratique. Par contre et c’est le mérite de Grenoble à travers ses contradictions de poser des questions essentielles : Est-ce bien localement, là où chacun de nous habite que l’on peut, à travers la culture, l’éducation préparer les changements de mentalité précédant une mutation sociale ?

Jusqu’où peut -on aller pour faciliter cette transformation, quels sont les inévitables butoirs, comment leur faire face ?

Par ailleurs au moment où l’on postule que c’est au peuple d’être acteur de son destin, n’est-ce pas essentiel de s’interroger sur la nature d’une alliance écolo-libérale  avec un parti de transformation sociale ?

Est-ce juste, ou à défaut productif, de souscrire à la dénonciation de la classe politique chère à l’extrême droite ? Ne vaudrait-il pas mieux mettre  la société civile face à ses responsabilités  pour qu’elle joue à plein son rôle de contrepouvoir, obligeant  l’équipe au pouvoir à prendre des décisions claires en cohérence avec sa base sociale la plus active ?

Dans une ville où le passé ouvrier est loin d’être oublié, où l’effervescence associative et libertaire est sans pareil, les conditions semblent être réunies pour que les citoyens ne soient plus de simples consommateurs de politique se défaussant sur l’incompétence, la lâcheté, la cupidité des gens de pouvoir.  Bien sûr il faut aussi s’interroger sur le refus de recréer par la convergence des luttes une machine pyramidale et sectaire. Cela fait plus de 60 ans que Grenoble en toute discrétion innove, expérimente, pourquoi devrait-elle s’arrêter ?

 

 6/ UNE VILLE QUI PREND LE RISQUE DE SE TROMPER...DONC AUSSI DE RÉUSSIR !

S’il y a bien « un génie  » grenoblois il est là. Face à un état  encore assez centralisé, Grenoble fait volontiers figure d’exception. Grenoble expérimente, fait des paris, n’a pas honte de se tromper, sachant  que ce qui compte c’est l’audace, la capacité à proposer, à faire, à revenir sur les actions passées, en étant capable, en cas d’échec, de faire de nouvelles propositions. Qui a peur d’échouer, ne risque pas, n’entreprend pas, finit donc, quelles que soient ses opinions à devenir conservateur, passif. On a beaucoup critiqué le fait que dans cette ville  il n’y ait pas de barrière séparant l’université, l’industrie et la recherche. Sachant que par ailleurs ce sont les clivages  entre les uns et les autres qui facilitent l’immobilisme. L’histoire de la ville, l’importance de l’immigration, le renouvellement permanent de la population vont bien dans le sens d’une ouverture, voire d’un opportunisme de bon aloi. Plutôt que de critiquer cette fluidité, peut être vaudrait -il mieux mettre en place des règles du jeu, des possibilités d’arbitrage citoyen, évitant les effets de domination des plus forts sur les plus fragiles. Expérimenter cela veut déjà dire regarder autrement, se donner la possibilité d’agir, de réfléchir, bref, d’être intelligents ensemble là où l’on est. Expérimenter c’est avoir l’audace de ne pas tenir compte des clivages existants, des normes qui figent le jeu, au profit du statu quo, donc de ceux qui ont le pouvoir et qui savent s’abriter derrière la sémantique pour le conserver. Expérimenter c’est aussi faire passer l’observation du factuel avant le diktat idéologique.  C’est, en quelque sorte, avoir l’audace de retrousser ses manches avant de produire du jus de crâne!

7 /CONCLUSION OUVERTE

Encore Chicago !

Grenoble a été en Mars 2019 à la une des médias nationaux. Vol, accident mortel ou bavure policière, le quartier Mistral s’est enflammé. Grenoble serait donc bien Chicago… la ville de la Mafia, de la pègre, des classes dangereuses. Des adolescents ont brûlé des voitures, provoqué les flics et sans doute commis d’autres méfaits, ce faisant, ils tombent sous le coup de la loi, quelle que soit leur histoire, ce que leurs proches ont subi, enduré, ce qu’eux ont subi et pire ce que la majorité d’entre eux qui n’ont commis aucun méfait vont endurer ad vitam éternam. La violence de ce mépris est -elle normale ? Elle est en tout cas monnaie courante. Les informations recueillies lors de ce reportage parlent d’une ville extraordinaire, vivante, innovante, parfois subversive, une ville contradictoire qui ne demande qu’à faire débat. Une cité française mais aussi assez largement italienne, algérienne, marocaine, une cité du monde en effervescence permanente. Que l’on soit d’accord ou non avec les options prises, la ville est un acteur, un interlocuteur de poids parlant non seulement de l’avenir de ses habitants mais également de l’avenir des habitants de la planète. Qu’elle soit également Chicago n’est en rien une de ses spécificités. On remarquera tout de même que chaque fois que la ville a exprimé la volonté de reconnaitre l’existence de toute sa population dans sa diversité et complexité, elle a joué gagnant. Ceux à qui elle a donné la possibilité d’exister, d’être reconnus comme des humains à part entière, dès qu’ils n’étaient plus hors- jeu, ont joué le jeu.Le raisonnement est-il basique ? Certainement. Mais la mise en place  de ce qu’il implique ne l’est pas. Détricoter, ce qui au départ était mensonge, mais qui s’est transformé en réalité pour ne pas dire en vérité à coups d’investissements conséquents et permanents, est un super casse -tête.La perversité du système est telle qu’il nous dit : arrêtes de te prendre la tête et par voie de conséquence la nôtre, tu n’as pas tort de trouver que cette réalité que nous avons mise en place est désespérante, alors arrêtes de désespérer, arrêtes de te lamenter et profites de tout ce que le système t’offre de bon. Conduis -toi comme un privilégié honnête… bref ferme là… ce que tu dis ne sert à rien. Faisons dans la nuance ce que je dis ne sert pas à grand -chose, juste une goutte d’eau ! Et pourquoi pas ! Une goutte d’eau après une goutte d’eau… l’océan n’est pas si loin. Plus nous serons nombreux  à ne pas renoncer, plus il se rapprochera. Si déjà ceux qui ont le bonheur d’habiter cette ville ne se sentent pas trahis, s’ils manifestent une envie de plus en plus  forte  d’être considérés comme des acteurs à part entière, alors, avec beaucoup de travail des uns et des autres, la mécanique du désespoir pourra bien s’inverser.

La noblesse de la connaissance

C’est sans doute l’équation si particulière de la ville  qui l’enracine, dans un appétit et une curiosité sans borne pour tout ce qui peut nourrir l’esprit. Le monde est en mouvement, pour ne pas dire en ébullition  sur un périmètre restreint, devenu espace de rencontres. Face à la pauvreté, à l’adversité, il fallait reconquérir la vie. Le peuple dans toute sa diversité a largement répondu présent, faisant preuve d’une énergie incroyable. Il n’est pas étonnant que ce soit développé à Grenoble ,une association étudiante Genepi qui milite dans plusieurs régions pour le décloisonnement des institutions carcérales  par la circulation des savoirs et des témoignages entre les personnes enfermées, les bénévoles et la société civile. Cet engagement va de pair avec une conscience militante des enjeux politiques liés aux différents lieux d’enfermement. Chaque année, des centaines de bénévoles du Genepi écartent les barreaux de la prison pour recréer des liens entre la société et les personnes incarcérées. Fanny Marion jeune avocate a milité à Grenoble au sein de cette association nationale  qui postule que c’est avec la complicité des oeuvres de l’esprit que l’on peut libérer les corps enfermés.  La connaissance est promesse de liberté, quels que soient les accidents de parcours.

Grenoble développe des enzymes vertueux

Avant Grenoble, j’ai visité d’autres villes, j’ai rencontré des gens extraordinaires partout. Ici cependant il s’est passé autre chose. J’ai l’impression d’avoir assisté à la fondation d’une cité. Certes l’histoire de la ville d’aujourd’hui est récente, mais de fait elle n’arrête pas d’interroger ses origines, elle n’arrête pas de se refonder. A Grenoble, pour combien de temps, je ne sais pas, le mot » populaire  » garde sa noblesse. Il est mémoire et présent d’une ville où les pauvres ont su, souvent avec panache, faire société ; pas seulement partager, mais développer une curiosité incroyable pour la connaissance.  Ironie de l’histoire, cette position  très en pointe dans les activités scientifiques et technologiques pose question, face à une volonté très affirmée d’assumer la transition écologique, qui ne peut être vraiment prise en compte par tous que si elle s’attaque à la réduction des inégalités. On peut avoir des doutes, des critiques, mais le passé de la ville, les efforts faits pour assumer, malgré l’inexpérience et les intérêts en jeu, un devenir solidaire, méritent  une certaine bienveillance pour ne pas dire un respect actif. A qui la faute, si les responsables politiques ne sont pas plus  saignants ? A nous les citoyens  qui n’avons pas compris que le pouvoir sans contre-pouvoir, ne peut remplir sa mission. A Grenoble, la gauche des années 70 a profondément marqué les esprits. Ceux, qui aujourd’hui sont aux affaires, à un moment historique contraire, méritent qu’on leur fasse crédit, pas aveuglément bien sûr. Mais on ne peut exclure qu’ils puissent avec l’aide acharnée des citoyens faire renaitre un espoir de gauche.

Évidemment il y des limites

Tu as une petite boutique à Grenoble ou à Ploudalmezeau. Ce serait dommage que tu croies diriger le FMI ou la Banque mondiale. Mais ici à Grenoble poussent quelques adultes-enfants qui savent que c’est dans le lieu où ils agissent que l’on commence à changer le monde. Dans les relations que tu as avec ta femme, tes enfants, tes voisins, les individus avec qui tu travailles, tu milites. C’est parfois désagréable de constater que dans l’instant présent tu viens de te conduire comme un vieux réac, alors que quelque part ton drapeau est clairement progressiste. Localement il y a ceux qui te voient agir et qui entendent ton discours. L’école de la cohérence n’est pas très loin de là où on assume ou pas ses contradictions. Enfin, soyons raisonnables… on ne renverse pas le capitalisme à Grenoble , même si de bons esprits t’incitent ici à devenir acteur de ta propre vie, comme à  te débarrasser de tout ce qui cloisonne la vie  dans des chambres froides mortifères. Alors jusqu’où peut-on aller?  Il n’ a que l’expérience , que les expérimentations  qui peuvent le dire. Le 11 Juin 2017 avait lieu à Barcelone le sommet  des « villes sans peur ». Avec les maires de Barcelone, Madrid, Naples, Grenoble, Valparaíso (Chili), Berkeley (Californie), Derik (Kurdistan syrien), Saragosse, Cadix et La Corogne, ainsi que la gouverneure de la région Attique en Grèce et des conseillers municipaux de Rosario (Argentine), Vancouver (Canada), Philadelphie (États-Unis) et Belo Horizonte (Brésil). Ce mouvement dit « municipaliste » nous rappelle que la commune est à la base de la pratique de la démocratie. Ces villes sans crainte des réactions  de l’extrême droite accueillent des réfugiés, s’organisent en réseaux, pratiquent l’économie sociale, travaillent à la réappropriation des biens communs par les habitants. L’Espagne est très en pointe sur la question. En France, Grenoble travaille en ce sens.

« Nos associations et entreprises explorent de nouvelles pistes, qui seraient difficilement explorables autrement parce qu’elles échappent à la logique habituelle d’un modèle économique qui sert à convaincre des financiers… Ici il y a un engagement moral, civique, un engagement de transition vers le XXIe siècle en douceur et en prenant garde aux travers de l’uberisation. Même si la ville ne peut aider financièrement les associations, nous faisons tout pour agir et créer le cadre de notre réflexion sur la ville de demain avec le projet Sharin’Grenoble, qui permettra de mettre en place de nouveaux modèles économiques en développant l’économie de partage, les nouvelles formes de travail, une gouvernance partagée et de nouveaux modèles de management »

Pascal Clouaire conseiller municipal en charge de la démocratie participative- Interview au Monde du 8 Septembre 2017.`

A noter que dans un monde qui souffre de verticalité le municipalisme(38) est horizontal. Il a vocation à évacuer contradictions et préjugés qui entourent tant un Clochemerle autocentré qu’une Babylone mondialiste. Voilà peut -être un nouvel internationalisme qui peut développer la connaissance de l’autre , la mise à profit commune des expérimentations, innovations. Le développement de ce réseau pourrait faire en sorte que ce qui est lointain devienne proche, familier, concret.

L’alliance de plusieurs communes transcende le phénomène bureaucratique. Espérons que Grenoble aille loin  dans cette direction, en phase avec la volonté d’assurer la transition écologique. Certes il ne faut pas oublier, comme le rappelle Raul Magni Berton(39) qu’en France contrairement à l’Espagne la décentralisation est quelque peu frileuse. La marge de manoeuvre qu’autorisent des budgets plus limités est d’autant plus restrictive que les dotations de l’état ont partout baissé. Yves Citton, professeur de littérature et média à l’Université de Paris 8, ajoute: Faut-il descendre à l’échelle des villes pour trouver une souveraineté effective, concrète, à l’écoute du terrain et en prise directe sur lui? Demandez à Ada Colau, élue maire de Barcelone en 2015 avec le soutien de Podemos, ou  à Eric Piolle, élu maire de Grenoble en 2014 sur une listerouge-verte, s’ils se considèrent comme souverains » !  (40)

….

A travers ces lignes  j’espère avoir esquissé le portrait d’une ville qui assume  son devenir urbain, mais qui au-delà  nous interroge sur notre vocation humaine, sans jamais sacrifier à un simplisme démagogique. Comme nulle part ailleurs j’ai senti que tous ceux qui ont sont venus vivre ici connaissent le prix de la dignité humaine.  » Je suis fier de ma ville » dit Mohamed Lahcine. Un certain nombre d’entre eux a bénéficié de l’ascenseur social, mais il est sûr qu’ils n’oublieront rien. Leur mémoire est fidèle à leurs origines. Ainsi  leur présent peut être tourné vers un avenir ouvert. C’est une chance incroyable. Il faudrait que beaucoup de villes en France aient connaissance d’ une  aventure  où l’émotion, l’éthique, la solidarité et l’intelligence vont dans le même sens. L’ambivalence humaine est partout, mais face à tant d’énergie positive, chacun d’entre nous peut se sentir pousser des ailes.

A vous de compléter un portrait  qui devrait nécessairement être pluriel.

 

François Bernheim

 

pour tout échange d’information ou critique: francoisbernheim32@gmail.com

Merci

à toutes les belles personnes rencontrées, pour leur chaleur, leur amitié ,leur intelligence et leur confiance. Merci  à toutes celles qui m’ont guidé, accueilli. J’espère seulement  que mon écoute a été à la hauteur de ce que chacun m’a apporté. Merci à  Alan Le 38, Anne-Laure  Laure Amilthat Szary, Raymond Avrillier, Gisèle Bastrenta, Genevièvre Berthet, David Bodinier, Mariano Bona, Jo Briant, Hassen Bouzeghoub, Hamed Bouzzine, Benjamin Bultel, YvesCitton, Robert Chartier, Christel bibliothèque Antigone, Clement le 38,Pascal Clouaire, Clarinha Coehlo, Delphino les Barbarins Fourchus, Abou Fall, Chiaka Fané, Alain Faure, Cathy Feinstein, Catherine Grenet, Christiane Guichard, Jouda Heiniche, Geo Ichtchenko, Pascale Henry ,Agnès Jonquières, Béatrice Josse, Stéphanie Julien, Sabrina Kassa , Nathalie et Riad Kassa,  Mohamed Lahcine, Simon Lambersens, Willy Lavasre, Bruno de Lescure, Bernard Macret, Raul Magni Berton, Alain Manac’h, Fanny Marion, Marie-Laure Mas, Mélanie et Steve  La Bobine, Myriam Merlant, Philippe Merlant, Brahim Rajab, Jacopo Rasmi, Pierre Sabatelli, Jean-Pierre Saez, Bernard Salamand, Edith Sanières, Hèlène Tagand, Thomas Vasseur, Joelle Vernay.

 

Notes

( 28) l’apport italien

– » Disgrazia ». Bio graphique de familles italiennes immigrées : un bout de l’histoire universelle des sans-le-sou, des poches vides et des rêves plein la tête- de Coline Picaud . éditions le Monde à l’envers Grenoble 2015

–  Un air d’Italie : la présence italienne en Isère

éditions Musée Dauphinois 1999

(29) l’apport maghrébin:

« De l’autre côté » Bio graphique de familles maghrébines immigrées: des morceaux d’histoires qui n’ont en commun que leur origine et le rêve qui les a engendrées: celui d’une vie meilleure en France. de Coline Picaud . éditions le Monde à l’envers Grenoble 2015

– d’Isère et du Maghreb Mémoires d’immigrés: Pour que la vie continue

éditions Musée Dauphinois 1999

(30) CIIP – www.ciip.fr -ciip@orange.fr

agissant pour les droits humains, les droits des peuples et des minorités. Membre fondateur de RITIMO (Réseau d’information et de documentation pour la solidarité et le développement durable).

(31) Le Tamis annuaire, médiathèque, agenda des lieux, initiatives alternatives sur Grenoble et autour www.le-tamis. info/contact – Voir également IciGrenoble www.ici-grenoble.org

( 32) Ades association démocratie écologie solidarité- www.ades-grenoble.org/

( 33) Apardap Association de Parrainage Républicain des Demandeurs d’Asile et de Protection

( 34)  L’Observatoire la revue des Politiques culturelles N°52 été 2018 contact@observatoir-culture.net

( 35)  – réflexions sur Hubert Dubedout et ses contemporains Simon Lambersens historien -Aires 2018 . http://enigmes.hypotheses.org

(36) Jean Verlhac 1923/ 1995-1960 membre fondateur du PSU. Adjoint à l’urbanisme de Hubert Dubedout à Grenoble 1965-1983, premier adjoint au maire de 1977 à 1983 puis conseiller municipal d’opposition de 1983 à 1989, il a participé à plusieurs grands projets de transformation de la ville comme la construction du Village olympique des Jeux Olympiques de 1968 et du quartier de la Villeneuve de Grenoble dont le parc porte son nom. Plusieurs sources utilisent à l’époque l’expression « bande à Verlhac » pour désigner le groupe de personnes travaillant sur ces projets autour de Jean Verlhac pendant les trois mandats municipaux d’Hubert Dubedout. Le Nouvel Observateur écrit le 15 mai 1972 : « L’anti-Sarcelles : comment à la Villeneuve un groupe d’animateurs et d’urbanistes, « la bande à Verlhac », a osé construire la ville où l’imagination aura enfin le pouvoir -Source Wikipédia.

( 37) Le Cairn monnaie locale https://www.cairn-monnaie.com/

( 38) Le municipalisme- Fearless cities – www.lesvoiesdelademocratie.org

Le pari municipaliste espagnol http://cqfd-journal.org/Au-dela-de-Podemos-le-pari-2206

( 39) professeur de sciences politique, l’un des animateurs du Dauphiné démocratique qui vise à rendre aux citoyennes et aux citoyens dauphinois·e·s le contrôle de leur vie, en les rapprochant du pouvoir et en les dotant d’outils pour le contrôler. Pour cela, le Dauphiné démocratique souhaite promouvoir et instaurer le confédéralisme et la démocratie directe du niveau municipal au national. Les engagements fondamentaux du mouvement sont au nombre de six : 1. Mettre en place la démocratie directe à tous les niveaux de gouvernement, par l’usage du référendum contraignant d’initiative populaire. 2. Mettre en place le confédéralisme, fondé sur l’idée que seules les régions sont souveraines et peuvent déléguer à l’état confédéral certaines compétences de leur choix. La confédération recevra ses fonds par les régions, selon des principes redistributifs de coopération et de solidarité. 3. Promouvoir une citoyenneté et une identité politique. Ainsi sera dauphinoise et dauphinois quiconque souhaite s’impliquer durablement dans la vie et le développement du Dauphiné, ainsi que se soumettre à sa législation. 4. Promouvoir l’économie et la culture locale, par le soutien aux circuits courts, à l’agriculture, à l’artisanat, aux entreprises et aux coopératives dans le Dauphiné. 5. Promouvoir la liberté, l’égalité et la solidarité entre les citoyennes et les citoyens et entre les régions. 6. Promouvoir la paix et l’autodétermination des peuples.

Voir également Murray Bookchin 1921: 2006 penseur marquant de la nouvelle gauche américaine, fondateur de l’écologie sociale. et théoricien du municipalisme libertaire. https://www.revue-ballast.fr/le-municipalisme-libertaire-quest-ce-donc/

(40) Yves Citton – Contre-courants politiques. Fayard Octobre 2018

 

Autres ouvrages consultés

Journaux /revues

– Le crieur de la Villeneuve . Journal mensuel participatif

– Le Postillon mensuel critique et alternatif de Grenoble et sa cuvette : Amour,glaires et beauté

 

– Journal de l’union de quartier Berriat, Saint Bruno et Europole

 

– Quartier chic mensuel culturel gratuit du quartier Mistral édité par Le Prunier Sauvage.

 

– JFP-journal français de psychiatrie n°43 l’addiction est-elle devenue notre norme?

pour « Etats d’urgence : »on nous a volé le temps de Gisèle Bastrenta

Livres / catalogues

– Grenoble le mythe blessé. Pierre Frappat éditions Alain Moreau

– Le Cochon est-il une série de tranches de jambon?  Pascale Henry

CRDP Académie de Grenoble

– La technocratie en marche- Matthieu Amiech éditions le monde à l’envers

– De pain et d’espérance 1788 / 1988  Grenoble et le Dauphiné à la veille de la révolution

éditions Musée dauphinois.

– Tsiganes : La vie de bohème?

éditions Musée Dauphinois 1999

 

– Guide du conseil Français de la citoyenneté de résidence : citoyen(ne)s étrangers(e)s vous avez des droits. Cofracir, Odti et conseil consultatif des citoyens grenoblois.

 

 

Illustrations: Pierre Sabatelli

 

 

l Si tu t'imagines 1/2 en ligne sur ce même blog depuis le 30 Avril 2019 - Une ville souvent à l'avant-garde des avancées sociales et démocratiques, dans les actions, les lieux communs comme dans la pensée.

https://blogs.mediapart.fr/19/si-tu-timagines-grenoble-12 L'article

"Si tu t'imagines Grenoble" in extenso sur le blog de Mardi ça fait désordre.www.cafaitdesordre.com ….

- Perspective -

Le reportage sur Grenoble s'intègre dans une série où figurent déjà : Hénin-Baumont, La Courneuve, Les Monts du Forez, Marseille. Prochaine étape: un livre faisant la synthèse des différentes problématiques rencontrées dans les villes et régions visitées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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