François Bernheim
Abonné·e de Mediapart

112 Billets

4 Éditions

Billet de blog 9 mai 2016

« On n’est pas d’un pays, on est de son enfance»

L’ange du merveilleux a visité « je me souviens de vos rêves » le dernier récit écrit par René Frégni. Lecteur, lectrice de Médiapart, face au silence de la critique, saisis ta chance. Comme à chaque seconde de ta vie,le sort de la poésie est entre tes mains. Régale-toi, partage la beauté de tes émotions avec qui a un cœur, des yeux, des oreilles.

François Bernheim
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Le monde est sans doute à la limite de la suffocation, au delà d’une souffrance descriptible, mais le pire n’est jamais certain. Tant qu’il y aura des poètes, tant qu’il y aura un René Frégni, capable de panser nos plaies et blessures en nous invitant à marcher côte à côte, à découvrir l’aube de nos rêves dans les chemins cabossés de nos campagnes, nous pourrons nous dire que tout est encore possible. Ce n’est ni avec un stylo ou un ordinateur que les poètes  écrivent. Leur plume est trempée dans la chair de la vie. René Frégni a cette capacité rare de mobiliser le silence, d’être à l’écoute de l’instant présent comme si chaque petit homme ou chaque petite femme avait  au coin de sa rue, la possibilité d’illuminer le monde. Il faut beaucoup marcher, beaucoup s’arrêter, regarder, boire, manger, écouter pour capter la simplicité du monde. «Il faut beaucoup de patience, beaucoup de silence pour avoir le privilège d’entrer dans la tendresse d’un jardin » Il faut avoir des mains pour bâtir mais aussi pour caresser de belles poitrines, il faut aussi savoir que nous ne sommes pas séparés les uns des autres par notre enveloppe charnelle mais plutôt par notre manque de désir, notre manque d’ouverture à la complexité des êtres. De très sales mecs en prison peuvent aussi être des anges. Le boucher, le cafetier, le postier d’un village peuvent devenir de grands lecteurs  à la seule condition de sentir acceptés, aimés.

« On n’est pas d’un pays, on est de son enfance » écrit René Frégni. Les poètes  savent exprimer en peu de mots ce que de longs et souvent inutiles débats n’arrivent pas à formuler.  Ceux qui instillent la haine dans les veines du peuple, s'étonnent de voir avec quelle virulence ce dernier la répand . « Je me souviens de vos rêves » est le dernier en date des livres écrits par René Frégni. L’amicale des chats de gouttière, comme tous les enfants des rues et un nombre impressionnant de femmes sublimes l’ont dévoré avec passion.

 L’auteur écrit-il des poèmes en prose, des contes ou des récits mythologiques ? A vrai dire, la réponse est sans importance, sauf qu’ici la nature, les humains, les objets sont en symbiose. La séparation n’existe pas. Le poète a le pouvoir exorbitant d’unifier la vie, de la porter au plus haut en regardant les choses les plus simples qui sont souvent en bas. A chaque ligne il invente un autre monde qui est le nôtre, ou qui devrait être celui de chaque personne humaine aimée et respectée pour ce qu’elle est et non ce qu’elle représente socialement.  A propos des attentats, René écrit simplement : « Les racines du mal… il y a un banquet, ce sont toujours les mêmes qui sont autour de la table, sous des lustres d’or. Alors de temps en temps, ceux qui regardent renversent tout »

L’enjeu est sans doute de pouvoir vivre la plus vivante des vies en explorant les possibilités infinies de l’univers sans oublier de partager, de caresser son chat et de raconter des histoires à qui veut bien les écouter ou les lire. La vie est une sorte de  commerce, où le hasard accomplit des merveilles en faveur de ceux qui ouvrent les portes, les  oreilles au tumulte comme à la tendresse de la vie. René Frégni est juste un vivant magnifique.«  Dans un seul mot il y a des nuées de planètes, de constellations. Il y a de l’émotion ».

                                                                                                                                                                      François Bernheim

René Frégni

 Je me souviens de tous vos rêves

 éditions Gallimard

 Extrait

 «  Il a aidé des hommes à dire avec de vrais mots à des femmes qu’ils les trouvaient très belles. Il a aidé ces femmes à regarder ces hommes avec d’autres yeux. Il a aidé des millions de gens à entendre craquer la neige sous leurs pas et la forêt à respirer alors qu’ils ne sortent presque plus de chez eux. Aidé tout simplement à être encore plus heureux quand ils étaient amoureux, encore plus amoureux quand ils étaient heureux.

Voilà à quoi sert un livre ! Joël en a vendu des millions. On construit bien des villes thermales, lui a bâti une cité de mots. Les médecins devraient envoyer les gens dans des librairies au lieu de prescrire du Tranxene et du Lexomil. »

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Algériens sans papiers : la France ne peut plus les expulser mais continue de les enfermer
Dans un courriel confidentiel, le ministère de l’intérieur reconnaît l’impossibilité, à la suite des tensions diplomatiques entre Paris et Alger, d’éloigner les Algériennes et les Algériens sans papiers. Et pourtant : leur enfermement en centres de rétention se poursuit. Une situation « absurde » dénoncent associations et avocats.  
par Yasmine Sellami et Rémi Yang
Journal — Extrême droite
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.
par Sébastien Bourdon, Ariane Lavrilleux et Marine Turchi
Journal
La réplique implacable de Laurent Joly aux « falsifications » sur Vichy
En amont du procès en appel ce jeudi du candidat d’extrême droite pour contestation de crime contre l’humanité, l’historien Laurent Joly a publié un livre dévastateur. Il pointe ses mensonges sur le régime de Vichy, et analyse les raisons politiques de cette banalisation des crimes de l’époque.
par Fabien Escalona
Journal
Le parti républicain poursuit son offensive contre le système électoral
Un an après l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021, ses adversaires cherchent à faire pencher les prochaines élections en leur faveur en modifiant, avec une ingéniosité machiavélique, les rouages des scrutins. En ligne de mire, le vote de mi-mandat de novembre, grâce auquel une grande partie du Congrès sera renouvelée.
par Alexis Buisson

La sélection du Club

Billet de blog
Molière et François Morel m’ont fait pleurer
En novembre 2012, François Morel et ses camarades de scène jouaient Le Bourgeois gentilhomme de Molière au théâtre Odyssud de Blagnac, près de Toulouse. Et j’ai pleuré – à chaudes larmes même.
par Alexandra Sippel
Billet de blog
On a mis Molière dans un atlas !
Un auteur de théâtre dans un atlas ? Certes, Molière est génial. Parce qu'il n'a laissé quasiment aucune correspondance, un trio éditorial imagine comment Jean-Baptiste Poquelin a enfanté "Molière" dans un atlas aussi génial que son objet. (Par Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Quoi de neuf ? Molière, insurpassable ! (1/2)
400e anniversaire de la naissance de Molière. La vie sociale est un jeu et il faut prendre le parti d’en rire. « Châtier les mœurs par le rire ». La comédie d’intrigue repose forcément sur le conflit entre la norme et l’aberration, la mesure et la démesure (pas de comique sans exagération), il reste problématique de lire une idéologie précise dans le rire du dramaturge le plus joué dans le monde.
par Ph. Pichon
Billet de blog
Molière porte des oripeaux « arabes »
Le 15 janvier 2022, Molière aurait eu 400 ans. Ce grand auteur a conquis le monde, a été traduit et adapté partout. Molière n'est désormais plus français, dans les pays arabes, les auteurs de théâtre en ont fait leur "frère", il est joué partout. Une lecture
par Ahmed Chenikii