Valdingue

« Charlie Hebdo » nous fait rire, souvent. Philippe Val, son directeur, jamais. C'est un genre de journalisme-taliban (on disait autrefois «police de la pensée») que nous fuyons et c'est justement pour cela que Mediapart a été créé. Pour échapper aux prêches en chaire, aux excommunications d'opportunité et à cette posture de l' « éditorialiste » assénant à la populace ce qui est bien et ce qui est mal, cette même populace n'étant pas autorisée à répondre. De quoi s'agit-il ? De son éditorial sur France Inter, ce vendredi 5 septembre.

« Charlie Hebdo » nous fait rire, souvent. Philippe Val, son directeur, jamais. C'est un genre de journalisme-taliban (on disait autrefois «police de la pensée») que nous fuyons et c'est justement pour cela que Mediapart a été créé. Pour échapper aux prêches en chaire, aux excommunications d'opportunité et à cette posture de l' « éditorialiste » assénant à la populace ce qui est bien et ce qui est mal, cette même populace n'étant pas autorisée à répondre. De quoi s'agit-il ? De son éditorial sur France Inter, ce vendredi 5 septembre.

 

 

Vous pouvez l'écouter en cliquant ici.

 

 

Le directeur de Charlie se saisit d'un billet du Club publié le 21 août par un de nos abonnés, Vincent Verschoore, sur son blog. Billet titré « SIDA: 20 ans de doutes sur le VIH », et dans lequel cet abonné s'abandonne aux vieilles théories complotistes, expliquant au nom de la lutte contre « le politiquement correct » que le virus du sida n'existe pas. A pleurer.

 

De ce billet, Philippe Val fait une croisade. Il n'a bien sûr jamais distingué notre « Journal » (la production journalistique de notre rédaction) de notre « Club » (une plate-forme d'édition accessible à nos abonnés). Il n'a bien sûr pas remarqué, et encore moins lu les 79 commentaires qui (ce vendredi à 12 heures) accompagnent ce billet. Nous y reviendrons plus loin.

 

Donc Philippe Val part à l'assaut. D'Edwy Plenel, de Mediapart et d'Internet en général. Cet Internet qu'il déteste. C'est une haine recuite chez lui. Dès janvier 2001, dans un éditorial de « Charlie Hebdo », Philippe Val s'en expliquait sous le titre « Internet, la kommandantur libérale ». Internet, c'est quoi ? « A part ceux qui ne l'utilisent que pour bander, gagner en bourse et échanger du courrier électronique, qui est prêt à dépenser de l'argent à fonds perdus pour avoir son petit site personnel ? Des tarés, des maniaques, des fanatiques, des mégalomanes, des paranoïaques, des nazis, des délateurs, qui trouvent là un moyen de diffuser mondialement leurs délires, leurs haines, ou leurs obsessions. Internet, c'est la Kommandantur du monde ultra-libéral », assurait-il.

 

Ayant ainsi réglé leur compte aux internautes, avec toujours cette propension à voir des nazis partout, Philippe Val en vient à l'information sur Internet : pour nous expliquer qu'elle ne saurait être que gratuite, donc aux mains de la publicité : « Sur Internet, le journal est forcément gratuit, et financé à 100% par la publicité. » Ce qu'il redit ce matin sur France Inter : « Qu'est-ce qui fait la fortune des sites d'infos sur Internet ?: le nombre de clics », et la recette publicitaire qui en est attendue. Voilà que Val, qui fait profession d'esprit éclairé parce que mal pensant, reprend la vulgate commune sur la gratuité...

 

Depuis notre lancement, nous avons expliqué pourquoi Mediapart se revendiquait comme un site en partie payant : pour construire un vrai lectorat, pour garantir l'indépendance de ce site, pour réaffirmer chaque jour que la richesse d'un journal est faite de ses lecteurs. D'autres modèles économiques existent et existeront sur Internet que ce « gratuit » dont on nous rebat les oreilles pour disqualifier l'ensemble du Web.

 

Oublions les Karchër de Philippe Val pour en venir au fond. A ce fameux billet. Les commentaires, nos commentaires sont explicites. Vincent Truffy, de notre rédaction, est intervenu à plusieurs reprises pour démonter les « arguments » ainsi présentés : « On commence par avancer un scepticisme simple contre le consensus jugé délétère, puis, progressivement, on plie toutes les données, et même les absences de données (s'il n'y en a pas, c'est qu'on nous les cache...), à sa démonstration. »

 

Vincent Truffy met clairement les choses au point : « Tout, dans cette attitude, révulse la rédaction de Mediapart, et probablement la plus grande partie de cette communauté. Nous n'avons pas l'habitude de censurer les propos des membres - bien que votre billet s'oppose à la charte qui proscrit «le révisionnisme» -, mais fermement, nous les condamnons. »

 

La condamnation de Mediapart est donc sans ambiguïté aucune. Elle s'est accompagnée de commentaires argumentés de plusieurs contributeurs, en particulier celui de Christophe Martet, animateur du collectif Yagg, pour mieux mettre au jour l'inanité du propos de notre abonné.

 

La question est simple : fallait-il supprimer ce billet ? Nous en avons évidemment débattu, des positions différentes se sont exprimées. Notre charte de modération nous y autorisait. Très vite, notre communauté, par ces commentaires, a tranché le débat. En démontant point par point les thèses exposées par ce billet, il devenait évident qu'une sorte de « pédagogie active » pouvait permettre d'éclairer l'ineptie du propos. Ce sont ces commentaires et la démonstration ainsi faite qui nous ont incités à laisser en ligne cet ensemble.

 

Nous n'avons certainement pas l'intention de discuter avec les négationnistes : le négationnisme n'est pas un débat mais un délit. Nous n'avons pas plus l'intention de nous engager dans des échanges avec les révisionnistes. C'est pour cela, par exemple, que nous avons refusé la création d'une édition participative sur le 11 Septembre à certains membres qui demandaient « à revisiter » ce moment.

 

Mais nous avons aussi fait un choix : celui d'une modération a posteriori pour garantir à nos abonnés l'indépendance et la liberté de leur espace personnel. C'est évidemment un exercice difficile. C'est un exercice qui ne nous met pas à l'abri d'erreurs, qui ne nous protège pas à coup sûr de trolls. Mais nous faisons le choix de la responsabilité de notre collectivité.

 

Cet épisode est, de ce point de vue, un exemple : et la rédaction de Mediapart et bon nombre d'abonnés sont venus rappeler à la raison ce blogueur. Plutôt que de laisser son texte seul circuler sur le web (même après son éventuelle suppression sur notre site), nous savons que ces commentaires l'accompagnent désormais.

 

Nous faisons enfin le choix de l'intelligence et de la maturité du lecteur. Au lendemain du 11 Septembre, tous les journaux se sont penchés sur la folle thèse complotiste développée par Thierry Meyssan pour mieux la démonter. Charlie Hebdo et Philippe Val comme les autres.

 

Philippe Val décide aujourd'hui de « passer au Kärcher » Mediapart. C'est son droit. C'est notre devoir de lui répondre quand il divague et valdingue sur les chemins de l'amalgame, de l'à-peu-près, du non-dit et d'obscurs règlements de compte. Est-ce l'excommunication suivie de limogeage du dessinateur Siné ? Sont-ce les remous créés à « Charlie » par cette affaire ? S'agit-il de nos informations et de la position prise par Mediapart sur cette affaire ? Sans doute. Val a donc trouvé un nouvel ennemi : nous, mais aussi Internet et internautes. Il est des combats plus utiles.

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