Guéant contre Mediapart: nous ferons citer Sarkozy

Le procès en diffamation intenté contre Mediapart par le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, se tiendra les 18, 20 et 21 octobre 2011. Pour souligner le caractère sans précédent de cette offensive de l'Elysée, nous ferons citer une trentaine de témoins, dont le chef de l'Etat.

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Le procès en diffamation intenté contre Mediapart par le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, se tiendra les 18, 20 et 21 octobre 2011. Pour souligner le caractère sans précédent de cette offensive de l'Elysée, nous ferons citer une trentaine de témoins, dont le chef de l'Etat.

La chambre de la presse du tribunal correctionnel de Paris a fixé, jeudi, les dates du procès visant à examiner la plainte en diffamation déposée par Claude Guéant contre Mediapart et son directeur de la publication, Edwy Plenel. La XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris examinera l'affaire durant trois après-midi, les 18, 20 et 21 octobre. La plainte en diffamation du secrétaire général de l'Elysée vise un article d'Edwy Plenel mis en ligne le 3 novembre et titré «Espionnage d'Etat des journalistes: Monsieur le Président, cela vous concerne».

Dans cet article, nous faisions état de la mise en place d'un système de surveillance et d'espionnage tous azimuts de Mediapart, de ses journalistes et ses actionnaires. Selon des informations obtenues par plusieurs sources au cœur de l'Etat, cette opération a été coordonnée par l'Elysée: «Surtout, on nous affirme que cette inquisition d'Etat est impulsée et coordonnée par le secrétaire général de l'Elysée lui-même, Claude Guéant. “Ils sont déchaînés”, a confié un ministre important du gouvernement à l'un de ses proches qui nous l'a rapporté», écrivait Edwy Plenel.

Deux semaines plus tard, Claude Guéant déposait plainte pour diffamation. Il demande un euro de dommages et intérêts et publication du jugement. Par la procédure de citation directe, le secrétaire général de l'Elysée évitait l'ouverture d'une information judiciaire et la nomination d'un juge.

«M. Guéant viendra», a assuré jeudi son avocat Me Jean-Yves Dupeux. Il sera ainsi acté que l'Elysée poursuit un titre de presse, ce qui est presque sans précédent sous la Ve République. Jamais depuis Georges Pompidou, la Présidence de la République n'a pris le risque de poursuivre directement un organe d'information.

«L'hyperprésidence sarkozyste entend, plus que jamais, intimider, fragiliser et isoler le journalisme qui la dérange. Tel est le sens politique de cette plainte judiciaire annoncée par l'Elysée : faire taire les questions dérangeantes, impressionner les médias complaisants, mettre à l'index les journalistes impertinents», écrivait le 12 novembre Edwy Plenel (article à lire ici).

Pour ce procès exceptionnel, Mediapart n'entend pas seulement faire établir la véracité de ses informations mais souligner les dérives d'une présidence aux abois. Me Emmanuel Tordjman, qui est avec Jean-Pierre Mignard notre conseil, a annoncé jeudi l'intention de Mediapart de faire citer une trentaine de témoins, parmi lesquels de nombreux confrères, des personnalités et des responsables politiques, ainsi que le chef de l'Etat. Nicolas Sarkozy, protégé par l'immunité attachée à la fonction présidentielle, ne peut être contraint à témoigner en justice. C'est aussi cette immunité, qui mène à l'impunité et à l'irresponsabilité, qu'il s'agira de dénoncer quand il s'agit de nos libertés fondamentales.

Par ailleurs, le patron du contre-espionnage français, Bernard Squarcini, a déposé plainte contre Le Canard enchaîné qui avait raconté comment il avait piloté des opérations illégales de surveillance des journalistes.

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