François Bonnet
Journaliste
Journaliste à Mediapart

122 Billets

7 Éditions

Billet de blog 8 juin 2009

Défaite de l’antisarkozysme? C’est vite dit !

A l'heure des analyses du scrutin européen, voilà donc la leçon tirée par des commentateurs: le vote du 7 juin signifierait l'échec de l'antisarkozysme. La Sarkobashing a été puni, nous assurent-ils ! Le succès d'Europe Ecologie le démontrerait : parce qu'elles ont mené une campagne européenne, en se gardant de focaliser sur la politique du chef de l'Etat, les listes écologistes ont réussi là où Bayrou, le PS et la gauche radicale ont échoué. C'est un raisonnement simplet.

François Bonnet
Journaliste
Journaliste à Mediapart

A l'heure des analyses du scrutin européen, voilà donc la leçon tirée par des commentateurs: le vote du 7 juin signifierait l'échec de l'antisarkozysme. La Sarkobashing a été puni, nous assurent-ils ! Le succès d'Europe Ecologie le démontrerait : parce qu'elles ont mené une campagne européenne, en se gardant de focaliser sur la politique du chef de l'Etat, les listes écologistes ont réussi là où Bayrou, le PS et la gauche radicale ont échoué. C'est un raisonnement simplet.

Le constat est pourtant largement partagé. «M. Sarkozy sort renforcé par l'échec de l'antisarkozysme», estime Arnaud Leparmentier dans Le Monde. «L'effet boomerang de l'antisarkozysme», ajoute même sa collègue du Monde Françoise Fressoz. Laurent Joffrin, de Libération, et Sylvie Pierre-Brossolette, du Point, sont tous deux d'accord. Vote sanction ? «Ça n'a pas du tout été le cas, c'est, au fond, la liste la plus constructive qui l'a emporté», dit le premier. «C'est le rejet d'une politique à l'ancienne qui bêtement s'oppose», assure la seconde.

Tout comme nos commentateurs, Brice Hortefeux a fait passer le même message, calé à l'Elysée dimanche en fin d'après-midi: «C'est une sanction du vote sanction», a-t-il répété sur les télévisions.

Et si tout cela était faux ? Est-ce vraiment l'antisarkozysme qui a été puni ce 7 juin ? Le croire, c'est s'interdire de comprendre la complexité de ce scrutin et ce qu'il signifie, tant pour le PS que pour Europe Ecologie. Cette analyse se révèle tout aussi approximative dans le cas de François Bayrou qui, il est vrai, a construit sa campagne autour d'une posture revendiquée de «premier opposant».

Car deux autres arguments expliquent sans doute mieux la lourde défaite du président du MoDem. Sa posture personnelle d'abord, coulée dans un ultra présidentialisme qui l'a conduit jusqu'à ignorer le travail effectué par son propre parti, ses têtes de liste et ses militants. Bayrou n'est là qu'une nouvelle victime de notre Ve République présidentielle. Il s'est trompé d'élection.

Seconde erreur, stratégique celle-là : Bayrou a cru possible de plumer la volaille socialiste en allant même jusqu'à camper à la gauche de Martine Aubry. Or l'électorat de gauche n'est pas encore totalement amnésique : François Bayrou vient de la droite et ses positions européennes, proches des libéraux et conservateurs européens, ne pouvaient convaincre, surtout si une offre politique alternative – les écologistes – plus à gauche était proposée à cet électorat socialiste en déshérence. François Bayrou n'a donc pas gagné à gauche, tout en perdant une partie du classique électorat de l'ex-UDF.

Le PS, quant à lui, n'est pas plus sanctionné pour son supposé antisarkozysme primaire. Outre le fait que ce thème a été vite abandonné en cours de campagne, la bérézina socialiste s'explique par une accumulation de facteurs qui n'ont pas grand-chose à voir avec Sarkozy mais tout à faire avec l'interminable crise interne du parti. Quand Vincent Peillon, et d'autres dirigeants avec lui, parle de nouveau «21 avril 2002» pour cerner la mesure du désastre, il résume bien les causes de la défaite : un parti qui, depuis maintenant sept ans, n'a pas su se réinventer et reconquérir son électorat.

Enfin, et ce n'est en rien minorer le succès d'Europe Ecologie et la cohérence de la campagne conduite par ses têtes de liste, le succès des écologistes s'explique d'abord par la puissance du vote-sanction qui a frappé le PS.

Les résultats locaux sont de ce point de vue instructifs : le 7 juin se révèle être un troisième tour de l'élection de la première secrétaire du PS. On se souvient de la violence de la contestation qui avait suivi l'élection de Martine Aubry. Ce dimanche européen a été une réplique géante du congrès de Reims, avec une scission de l'électorat socialiste. Une partie a voté Europe Ecologie pour punir l'«autre partie du parti».

Et il n'y a pas seulement les partisans de Ségolène Royal qui ont «décalé» leur vote vers Europe Ecologie. La débandade de la liste conduite par Harlem Désir à Paris, l'échec de celle emmenée par Vincent Peillon dans le Sud-Est, le PS doublé par les écolos à Nantes, montrent qu'Europe Ecologie bénéficie fortement d'un vaste règlement de comptes entre socialistes. Nicolas Sarkozy n'a strictement rien à voir dans cette dynamique.

Deux autres éléments fragilisent la thèse de «la sanction du vote sanction». Le premier est le score du Front de gauche (5,99%) qui, s'il est en deçà des espérances de Jean-Luc Mélenchon, n'est pas indifférent. Or le Front de gauche a mené une double campagne : contre Sarkozy et pour une nouvelle unité des forces de gauche.

Le second élément est le poids de l'abstention : les 60% d'électeurs qui ont déserté les urnes sont, selon les premières analyses de terrain, ceux des milieux populaires et des classes moyennes. Ont-ils refusé de voter «contre Sarkozy» ou ont-ils seulement refusé l'offre politique proposée par le PS ? Difficile de faire parler les absents. Mais cet élément et les autres facteurs énumérés précédemment réduisent la thèse de la «défaite de l'antisarkozysme» à une approximation.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Zemmour : les « Zouaves Paris » derrière les violences
Le groupuscule « Zouaves Paris » a revendiqué lundi, dans une vidéo, les violences commises à l’égard de militants antiracistes lors du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte. Non seulement le candidat n’a pas condamné les violences, mais des responsables de la sécurité ont remercié leurs auteurs.
par Sébastien Bourdon, Karl Laske et Marine Turchi
Journal — Médias
Un infernal piège médiatique
Émaillé de violences, le premier meeting de campagne d’Éric Zemmour lui a permis de se poser en cible de la « meute » médiatique. Le candidat de l’ultradroite utilise la victimisation et des méthodes d’agit-prop qui ont déjà égaré les médias états-uniens lorsque Donald Trump a émergé. Il est urgent que les médias français prennent la mesure du piège immense auquel ils sont confrontés.  
par Mathieu Magnaudeix
Journal — Social
Les syndicalistes dans le viseur
Dans plusieurs directions régionales de l’entreprise, les représentants du personnel perçus comme trop remuants affirment subir des pressions et écoper de multiples sanctions. La justice est saisie.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal
Fonderies : un secteur en plein marasme
L’usine SAM, dans l’Aveyron, dont la cessation d’activité vient d’être prononcée, rejoint une longue liste de fonderies, sous-traitantes de l’automobile, fermées ou en sursis. Pour les acteurs de la filière, la crise économique et l’essor des moteurs électriques ont bon dos. Ils pointent la responsabilité des constructeurs.
par Cécile Hautefeuille

La sélection du Club

Billet de blog
Aimé Césaire : les origines coloniales du fascisme
Quel est le lien entre colonisation et fascisme ? Comme toujours... c'est le capitalisme ! Mais pour bien comprendre leur relation, il faut qu'on discute avec Aimé Césaire.
par Jean-Marc B
Billet de blog
« Pas de plateforme pour le fascisme » et « liberté d’expression »
Alors que commence la campagne présidentielle et que des militants antifascistes se donnent pour projet de perturber ou d’empêcher l’expression publique de l’extrême droite et notamment de la campagne d’Éric Zemmour se multiplient les voix qui tendent à comparer ces pratiques au fascisme et accusent les militants autonomes de « censure », d' « intolérance » voire d’ « antidémocratie »...
par Geoffroy de Lagasnerie
Billet de blog
Le fascisme est faible quand le mouvement de classe est fort
Paris s’apprête à manifester contre le candidat fasciste Éric Zemmour, dimanche 5 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la Jeune Garde Paris. Réflexions sur le rôle moteur, essentiel, que doit jouer le mouvement syndical dans la construction d’un front unitaire antifasciste.
par Guillaume Goutte
Billet d’édition
Dimanche 5 décembre : un déchirement
Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.
par Joseph Siraudeau