François Bonnet
Journaliste
Journaliste à Mediapart

122 Billets

7 Éditions

Billet de blog 10 sept. 2010

Back on stage ! La surprise Royal

Lorsque le vieil Alain Duhamel, qui est à la politique ce que Philippe Bouvard est à l'humour, s'énerve en direct et multiplie les rictus méprisants, c'est qu'il se passe quelque chose. Eh oui, Ségolène Royal venait de parler...

François Bonnet
Journaliste
Journaliste à Mediapart
© 

Lorsque le vieil Alain Duhamel, qui est à la politique ce que Philippe Bouvard est à l'humour, s'énerve en direct et multiplie les rictus méprisants, c'est qu'il se passe quelque chose. Eh oui, Ségolène Royal venait de parler...

On somnolait, jeudi soir, pour ne pas trop culpabiliser face à Arlette Chabot et François Fillon. Oui, vautrés dans le canapé, nous étions un peuple de fainéants, dépensiers, inconscients, demandant toujours plus à un Etat hypertrophié, creusant la dette et faisant de ces fameux «prélèvements obligatoires» des sommets himalayens. François Fillon s'employait donc à nous réduire par une arithmétique à l'attention des mongolitos d'école primaire : 60+2=62 donc 65+2=67. Et tout irait mieux.

Et la parole fut accordée à Ségolène Royal. La République illustre, celle des frontons de cette même école primaire, déboula sur le plateau d'«A vous de juger». La Libération, le Conseil national de la résistance, la Sécurité sociale, la lutte «dos au mur» face au «Kâââââpital», face aux «patrons», aux banques et aux fonds de pension «tapis dans l'ombre», le dernier conseil des ministres de François Mitterrand, Sarkozy en porte-bidon du Medef... C'est la gauche des grandes heures et quelques-uns de ses mythes fondateurs que Ségolène Royal brandit du haut de sa barricade télévisuelle.

Les ricanants ricaneront. On remarquera aisément que Ségolène Royal, soudain transformée en porte-parole du parti socialiste, opéra un hold-up habile sur le programme du PS, fit un peu trop parler les morts (François Mitterrand), se prononça pour une réforme adoptée «par référendum» – ce que le PS n'a pas vraiment retenu – et s'engagea «solennellement», les yeux au fond de la caméra, à l'abrogation de la réforme Fillon-Sarkozy et au rétablissement de la retraite à 60 et 65 ans si les socialistes parvenaient au pouvoir en 2012. Abrogation qui divise les responsables socialistes, François Hollande se gardant de s'engager sur ce chemin, sans même parler de Dominique Strauss-Kahn.

Ségolène Royal est de retour. Elle a retrouvé cette parole et ce positionnement qui déstabilisent les appareils et laissent cois ou furieux les observateurs. « On peut aussi demander aux Français de décider s'il faut ou non supprimer la pluie au printemps», enragea Alain Duhamel. Balayer les comparaisons internationales ; jongler avec une batterie de chiffres contraires à ceux du premier ministre ; transformer le journaliste-revenant Jean Boissonnat (autre surprise de ce débat...) en agent propagandiste de Fillon et du Medef. Il fallait un certain souffle... Et cette brise ébouriffa un peu une morne soirée s'achevant par un pathétique Eric Woerth, condamné à un bref duplex depuis l'Assemblée sur le coup de 23 heures pour assurer que puisque «l'on vit plus longtemps et tant mieux ! –, il faut accepter de travailler un peu plus longtemps».

Avec ses mots à elle, Ségolène Royal a taillé en pièces les injustices à facettes multiples d'une réforme qu'il faudra – de l'aveu même de François Fillon – remettre sur le métier... dans huit ans. Son ambition est claire : parler, par-dessus les dites «élites» et les appareils, aux classes populaires, «aux ouvriers et aux employés», cibles de la «guerre sociale» déclarée par ce pouvoir. Ces mots sont-ils entendus ? Ce n'est pas sûr. Mais si cela s'avérait le cas, la volonté présidentielle intacte de Ségolène Royal trouvera une fois encore quelques débouchés dans un parti socialiste qui ne sait plus sur quel ton parler au pays.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Social
Chez Lidl, la souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause. Premier volet d’une enquête en deux parties. 
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Social
« Les intérimaires construisent le Grand Paris et on leur marche dessus »
Des intérimaires qui bâtissent les tunnels du Grand Paris pour le compte de l’entreprise de béton Bonna Sabla mènent une grève inédite. Ils réclament une égalité de traitement avec les salariés embauchés alors qu’un énième plan de sauvegarde de l'emploi a été annoncé pour la fin de l’année. 
par Khedidja Zerouali
Journal — Europe
En Andalousie, la colère intacte des « travailleurs du métal »
Après neuf jours d’une grève générale qui a embrasé la baie de Cadix, le retour au calme semble fragile. Nombre d’ouvriers des chantiers navals ou de l’automobile n’en peuvent plus de la flambée des prix comme de la précarité du secteur. Ils se sentent abandonnés par le gouvernement – de gauche – à Madrid.
par Ludovic Lamant
Journal — Migrations
En Biélorussie, certains repartent, d’autres rêvent toujours d’Europe
Le régime d’Alexandre Loukachenko, à nouveau sanctionné par l’UE et les États-Unis jeudi, semble mettre fin à sa perverse instrumentalisation d’êtres humains. Parmi les nombreux exilés encore en errance en Biélorussie, certains se préparent à rentrer la mort dans l’âme, d’autres ne veulent pas faire machine arrière.
par Julian Colling

La sélection du Club

Billet de blog
Ah, « Le passé » !
Dans « Le passé », Julien Gosselin circule pour la première fois dans l’œuvre d’un écrivain d’un autre temps, le russe Léonid Andréïev. Il s’y sent bien, les comédiens fidèles de sa compagnie aussi, le théâtre tire grand profit des 4h30 de ce voyage dans ses malles aérées d’aujourd’hui.Aaaaah!
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Get Back !!!
Huit heures de documentaire sur les Beatles enregistrant « Let it Be », leur douzième et dernier album avant séparation, peuvent sembler excessives, même montées par Peter Jackson, mais il est absolument passionnant de voir le travail à l'œuvre, un « work in progress » exceptionnel où la personnalité de chacun des quatre musiciens apparaît au fil des jours...
par Jean-Jacques Birgé
Billet de blog
J'aurais dû m'appeler Aïcha VS Corinne, chronique de l'assimilation en milieu hostile
« J’aurai dû m’appeler Aïcha » est le titre de la conférence gesticulée de Nadège De Vaulx. Elle y porte un regard sur les questions d’identité, de racisme à travers son expérience de vie ! Je propose d'en présenter les grands traits, et à l’appui d’éléments de contexte de pointer les réalités et les travers du fameux « modèle républicain d’intégration ».
par mustapha boudjemai
Billet de blog
« Une autre vie est possible », d’Olga Duhamel-Noyer. Poings levés & idéaux perdus
« La grandeur des idées versus les démons du quotidien, la panique, l'impuissance d’une femme devant un bras masculin, ivre de lui-même, qui prend son élan »
par Frederic L'Helgoualch