Back on stage ! La surprise Royal

Lorsque le vieil Alain Duhamel, qui est à la politique ce que Philippe Bouvard est à l'humour, s'énerve en direct et multiplie les rictus méprisants, c'est qu'il se passe quelque chose. Eh oui, Ségolène Royal venait de parler...

Lorsque le vieil Alain Duhamel, qui est à la politique ce que Philippe Bouvard est à l'humour, s'énerve en direct et multiplie les rictus méprisants, c'est qu'il se passe quelque chose. Eh oui, Ségolène Royal venait de parler...

 

On somnolait, jeudi soir, pour ne pas trop culpabiliser face à Arlette Chabot et François Fillon. Oui, vautrés dans le canapé, nous étions un peuple de fainéants, dépensiers, inconscients, demandant toujours plus à un Etat hypertrophié, creusant la dette et faisant de ces fameux «prélèvements obligatoires» des sommets himalayens. François Fillon s'employait donc à nous réduire par une arithmétique à l'attention des mongolitos d'école primaire : 60+2=62 donc 65+2=67. Et tout irait mieux.

Et la parole fut accordée à Ségolène Royal. La République illustre, celle des frontons de cette même école primaire, déboula sur le plateau d'«A vous de juger». La Libération, le Conseil national de la résistance, la Sécurité sociale, la lutte «dos au mur» face au «Kâââââpital», face aux «patrons», aux banques et aux fonds de pension «tapis dans l'ombre», le dernier conseil des ministres de François Mitterrand, Sarkozy en porte-bidon du Medef... C'est la gauche des grandes heures et quelques-uns de ses mythes fondateurs que Ségolène Royal brandit du haut de sa barricade télévisuelle.

Les ricanants ricaneront. On remarquera aisément que Ségolène Royal, soudain transformée en porte-parole du parti socialiste, opéra un hold-up habile sur le programme du PS, fit un peu trop parler les morts (François Mitterrand), se prononça pour une réforme adoptée «par référendum» – ce que le PS n'a pas vraiment retenu – et s'engagea «solennellement», les yeux au fond de la caméra, à l'abrogation de la réforme Fillon-Sarkozy et au rétablissement de la retraite à 60 et 65 ans si les socialistes parvenaient au pouvoir en 2012. Abrogation qui divise les responsables socialistes, François Hollande se gardant de s'engager sur ce chemin, sans même parler de Dominique Strauss-Kahn.

Ségolène Royal est de retour. Elle a retrouvé cette parole et ce positionnement qui déstabilisent les appareils et laissent cois ou furieux les observateurs. « On peut aussi demander aux Français de décider s'il faut ou non supprimer la pluie au printemps», enragea Alain Duhamel. Balayer les comparaisons internationales ; jongler avec une batterie de chiffres contraires à ceux du premier ministre ; transformer le journaliste-revenant Jean Boissonnat (autre surprise de ce débat...) en agent propagandiste de Fillon et du Medef. Il fallait un certain souffle... Et cette brise ébouriffa un peu une morne soirée s'achevant par un pathétique Eric Woerth, condamné à un bref duplex depuis l'Assemblée sur le coup de 23 heures pour assurer que puisque «l'on vit plus longtemps et tant mieux ! –, il faut accepter de travailler un peu plus longtemps».

Avec ses mots à elle, Ségolène Royal a taillé en pièces les injustices à facettes multiples d'une réforme qu'il faudra – de l'aveu même de François Fillon – remettre sur le métier... dans huit ans. Son ambition est claire : parler, par-dessus les dites «élites» et les appareils, aux classes populaires, «aux ouvriers et aux employés», cibles de la «guerre sociale» déclarée par ce pouvoir. Ces mots sont-ils entendus ? Ce n'est pas sûr. Mais si cela s'avérait le cas, la volonté présidentielle intacte de Ségolène Royal trouvera une fois encore quelques débouchés dans un parti socialiste qui ne sait plus sur quel ton parler au pays.

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