François Bonnet
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Billet de blog 16 mai 2009

François Bonnet
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Merci Jean-Luc!

« On va vous laisser aboyer… » Merci, Jean-Luc Hees, de cette adresse faite vendredi matin sur France Inter à Edwy Plenel et, à travers lui, à Mediapart. Car la période est plutôt aux jappements. Les auditeurs de France Inter l'ont compris qui se sont rués hier sur Mediapart. Plus de 300 abonnements pour la seule journée de vendredi: c'est un chiffre record. Il nous dit aussi le besoin d'une autre information. Et c’est pour cela que nous publions Combat pour une presse libre, le manifeste de Mediapart.

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« On va vous laisser aboyer… » Merci, Jean-Luc Hees, de cette adresse faite vendredi matin sur France Inter à Edwy Plenel et, à travers lui, à Mediapart. Car la période est plutôt aux jappements. Les auditeurs de France Inter l'ont compris qui se sont rués hier sur Mediapart. Plus de 300 abonnements pour la seule journée de vendredi: c'est un chiffre record. Il nous dit aussi le besoin d'une autre information. Et c’est pour cela que nous publions Combat pour une presse libre, le manifeste de Mediapart.

Retrouvez vos réactions à cet article et le fil de commentaires de vendredi et samedi matin en cliquant ici. Merci.

Et donc cette conclusion du nouveau patron de Radio France. «On va vous laisser aboyer...» Jean-Luc Hees a ainsi clos un échange avec Edwy Plenel, invité ce vendredi du 7/9 de France Inter pour y présenter Combat pour une presse libre, le manifeste de Mediapart, le livre que nous publions aux éditions Galaade. Edwy Plenel venait de rappeler cette définition trop oubliée du journalisme par la cour européenne des droits de l'homme : le journalisme comme « chien de garde de la démocratie ». Watchdog. Mot peu élégant certes, mais, comme le rappelait le responsable de Mediapart : « Il vaut mieux aboyer fort, déranger le quartier, que d'être indifférent. »

Ecoutez l'échange avec Jean-Luc Hees à partir de 14'30 et jusqu'à la fin de la vidéo.

Jean-Luc Hees l'avait dit peu avant. C'est de manière «impromptue et peut-être discourtoise» que le nouveau patron de la radio publique, désigné par Nicolas Sarkozy le mois dernier, s'est invité pour avoir le dernier mot. « J'étais en voiture et écoutais...», a-t-il précisé. Avant de prendre la parole, il était depuis une bonne dizaine de minutes dans le studio.

Que le patron de Radio France s'installe par surprise dans la matinale de France Inter a choqué plusieurs journalistes de la station. La Société des journalistes de Radio France s'inquiète: «La forme de cette intervention a provoqué une vive émotion. Le PDG de Radio France a-t-il micro ouvert ? Va-t-il intervenir sur l'antenne à chaque fois qu'il sera question des conditions de sa nomination ? En sortant du studio, Jean-Luc Hees a dit que cette première « intrusion » serait la dernière. Les journalistes de Radio France attendent qu'il respecte cette parole.»

Le syndicat SNJ de la maison s'est étonné de cette «intrusion troublante» : «Cette prise directe de l'antenne est de même nature que la nomination directe. Elle ne s'encombre pas de nuances. Elle bouscule les distances et les règles.» «Chacun à sa place!, a réagi la CGT de Radio France. On n'a jamais vu une telle situation à Radio France, ni même dans le privé, un PDG qui déboule dans un journal pour prendre la parole!» Notre confrère Marianne2 remarque que « lors de son audition, Jean-Luc Hees avait promis qu'il ne referait plus d'antenne, demandant deux exceptions "peut-être pour une interview de Springsteen ou d'Obama'' ».

Sans s'immiscer dans ce débat, nous préférons noter à Mediapart les engagements publiquement pris par Jean-Luc Hees : «Votre présence ici est la preuve que ce soupçon [de dépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif], en ce qui concerne la nomination des présidents de l'audiovisuel public, est infondé. J'en suis le garant.» Il n'est nullement dans notre intention de contester les qualités professionnelles de Jean-Luc Hees ou de douter de son souhait d'être le « garant » de l'indépendance de Radio France.

Mais les qualités du personnage ne peuvent masquer la régression démocratique et citoyenne que constituent les conditions de sa nomination. Nous l'avons longuement expliqué. D'autres, beaucoup d'autres, de Michèle Cotta, ancienne présidente de la Haute autorité de l'audiovisuel, à Claude Sérillon en passant par l'historien Pierre Rosanvallon, l'ont dit également, et plus fortement que nous.

Quand beaucoup de journalistes ont dit « Non » à cette version moderne d'une ORTF-Alain Peyrefitte-années 1960, Jean-Luc Hees a choisi de dire « Oui ». Ce n'est pas l'insulter que de le constater. C'est simplement identifier certaines lignes de fracture qui séparent pas seulement la profession mais l'ensemble de l'opinion.

«Combat pour une presse libre. Le manifeste de Mediapart». Editions Galaade. 8 euros. En vente dans toutes les librairies à partir du 14 mai.

Jean-Luc Hees a lui-même dévoilé, dans un article du Monde, les conditions de sa nomination. Fin février, rendez-vous à l'Elysée avec Nicolas Sarkozy. Et cette question, comme on propose un café, une biscotte ou un chocolat : « Voulez-vous être le prochain président de Radio-France ? » « Oui ». Selon Le Monde, le choisi du président explique aussitôt à ses proches avoir « gagné au Loto sans avoir coché les grilles ». De ce « gain », il ne daignera pas vraiment s'expliquer devant le Conseil supérieur de l'audiovisuel, encore moins devant la commission des affaires culturelles du Sénat et celle de l'Assemblée nationale qui entérineront le choix présidentiel.

Jean-Luc Hees a ainsi pu s'installer à Radio France sans dévoiler de projet d'entreprise, sans développer de projet éditorial, sans présenter d'équipe. L'arrivée de Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, n'a été ainsi évoquée à aucun moment lors de ces auditions parlementaires (pas plus devant le CSA), quand elle était de notoriété publique.

On ne peut imaginer de pires conditions pour celui qui prend ainsi la tête de la radio publique par le seul bon vouloir de l'Elysée. Cela explique peut-être cette nervosité qui l'a incité à venir s'expliquer dans le studio du 7/9 et à renvoyer au rôle d'« aboyeur » tous ceux, et Mediapart en premier, qui disent sereinement leur désaccord avec de telles méthodes.

Jean-Luc Hees aurait pu choisir une autre traduction possible de watchdog : celle d'« avertisseur public ». La formule fut utilisée à la fin du dix-huitième siècle en Angleterre puis par Victor Hugo quand il bataillait contre Napoléon III, le monarque qui s'exaspérait des curiosités de journalistes. Avertisseur public : c'est aussi ce qu'ambitionne d'être Mediapart, dans la limite de ses moyens. Pour rappeler qu'à la crise économique qui est en train de mettre à bas la presse papier, s'ajoute une crise du journalisme : conformisme redondant des contenus, manque d'enquêtes, pressions multipliées des pouvoirs, ingérences répétées de l'Elysée.

Thomas Cantaloube l'a souligné cette semaine encore, mettant en écho les paroles de Barack Obama sur la presse et celles de Nicolas Sarkozy. Le président américain cite Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis : « Je préférerais vivre dans un pays qui ait des journaux et pas de gouvernement plutôt que dans un pays qui ait un gouvernement mais pas de journaux. » Le président français n'instaure qu'un rapport de dépendance, promesses de subventions à l'appui.

Obama-Sarkozy et la liberté d'informer: l'édito vidéo de Thomas Cantaloube.

Face à une presse exsangue et à des rédactions traumatisées par des plans sociaux à répétition, le président a aussi déployé sa stratégie d'ouverture. Besson, Kouchner, Allègre, Lang, Hirsch, Karmitz ne sont pas les seuls trophées des chasses présidentielles. Voilà Philippe Val, le directeur de Charlie Hebdo, le journal dont la fierté est de cracher sur les pouvoirs. Et tout comme la figure de Guy Môquet avait été l'objet d'un rapt élyséen, voilà une autre icône, celle d'un « certain journalisme de gauche », Jean Daniel en l'occurrence, convié à déjeuner le 6 mai au château pour célébrer le deuxième anniversaire de l'élection présidentielle.

Jean Daniel prend plaisir à le raconter ici, dans son blog. « Un déjeuner à l'Elysée ». Et un formidable exercice de communication réussi par la présidence. « C'est un président très présent mais nullement survolté, aux traits pleins, rassérénés et apaisés, toujours prompt à la riposte mais laissant volontiers parler, économe de ses gestes et à l'aise dans un nouveau rôle présidentiel, qui nous parle en ce jour anniversaire de ses deux années à l'Elysée », nous rassure Jean Daniel. Déjeuner n'est pas questionner, un repas courtois n'est pas garantie de bon journalisme.
C'est un symptôme. Un symptôme parmi tant d'autres de la faiblesse de notre information en France.

Retrouvez vos réactions à cet article et le fil de commentaires de vendredi et samedi matin en cliquant ici. Merci.

A lire également:

  • Le texte d'Emmanuelle Collas, directrice des éditions Galaade et éditrice de notre «manifeste»: cliquez ici.
  • Notre édition participative «Etats généraux de la presse, le off», avec tous nos documents de référence: cliquez ici.
  • Combat pour une presse libre. Le manifeste de Mediapart. Par Edwy Plenel. Editions Galaade. 8 euros. En vente dans toutes les librairies à partir du 14 mai.

     

     

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  • La presse et l’enjeu démocratique, par Pierre Rosanvallon: Cliquez ici pour lire le texte

  • Et lire ici le billet de notre abonné Serval: L'Hees Béton.

     

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