Marie-Françoise Bechtel ou la raison d'Etat

Marie-Françoise Bechtel, récente députée chevènementiste, n’aime rien tant que l’Etat. L’Etat dans toute sa puissance, dans toutes ses raisons –les plus sombres comprises- et dans tous ses abus, au risque assumé de nos libertés. Depuis le début des travaux de la commission dite Cahuzac, Mme Bechtel joue donc le rôle du policier à casquette et sifflet, celui qui crie «Circulez, y’a rien à voir». Nouvelle démonstration ce mardi à l’Assemblée.

Marie-Françoise Bechtel, récente députée chevènementiste, n’aime rien tant que l’Etat. L’Etat dans toute sa puissance, dans toutes ses raisons –les plus sombres comprises- et dans tous ses abus, au risque assumé de nos libertés. Depuis le début des travaux de la commission dite Cahuzac, Mme Bechtel joue donc le rôle du policier à casquette et sifflet, celui qui crie «Circulez, y’a rien à voir». Nouvelle démonstration ce mardi à l’Assemblée.

Alors que la commission s’apprêtait à auditionner la garde des Sceaux, Christiane Taubira, la députée de l’Aisne élue pour la première fois il y a un an, s’en est pris vivement au président Charles de Courson (UDI). Son crime ? Oser participer avec d’autres parlementaires (la liste complète est à la fin de ce billet) mais aussi avec Antoine Peillon, auteur d’un livre de référence sur l’évasion fiscale, mais surtout avec Mediapart, à une conférence de presse commune mercredi à l’Assemblée et dont le thème est « En défense des lanceurs d’alerte » (notre article est à lire ici).

Ancienne directrice de l’ENA, ancienne du conseil d’Etat, gardienne sourcilleuse des intérêts du Tout-Puissant-Etat, voilà que Marie-Françoise Bechtel se dit «scandalisée», allant jusqu’à se demander (figure rhétorique classique de l’énarchie pour accuser) «s’il n’y a pas (là) quelque chose de totalement opposé déontologiquement au fonctionnement de notre commission». Vidéo ci-dessous:

Marie-Françoise Bechtel indignée par une conférence de presse avec Mediapart © Mediapart

 

Relayée par le rapporteur socialiste Alain Claeys, qui avait annoncé dans des termes plus amènes qu’il ne participerait pas à cette conférence de presse, voilà que la députée en profite même pour changer l’objet de la commission d’enquête Cahuzac ! Son intitulé est «commission d’enquête relative aux éventuels dysfonctionnements dans l'action du Gouvernement et des services de l'État, entre le 4 décembre 2012 et le 2 avril 2013, dans la gestion d'une affaire qui a conduit à la démission d'un membre du gouvernement». Il s’agit donc bien de Cahuzac. Et bien non, assène Mme Bechtel : «Mediapart est un des objets des investigations de cette commission». Elle le répète plus tard, et plus clairement sur la chaîne LCP : «Mediapart est l’objet de notre enquête».

Voilà cette énarque, vice-présidente du Mouvement républicain et citoyen, passée par de nombreux cabinets ministériels et en particulier celui de Jean-Pierre Chevènement au ministère de l’intérieur en 1999, détourner l’objet même de la commission d’enquête. Car c’est une obsession de certains membres de cette commission, ainsi que de son rapporteur : non pas examiner les loupés de l’Etat et du gouvernement dans cette affaire Cahuzac, mais chercher les sources de Mediapart. «Nous avons à savoir et à nous prononcer sur le moment où Mediapart a sorti cette information», ajoute-t-elle.

Ancienne directrice de cabinet du garde des Sceaux Michel Vauzelle, Marie-François Bechtel se soucie donc comme d’une guigne de ce principe fondamental de la protection des sources, base de la liberté de la presse. Non, Mediapart, qu’elle ne parvient d’ailleurs pas à qualifier de journal –tout comme Alain Claeys-, aurait donc un agenda secret (politique bien sûr !) ou serait manipulé. Sous Sarkozy, nous étions qualifiés d’«officine». Le vocabulaire de la députée est de la même veine.

Et pour appuyer son attaque, elle y rajoute quelques mensonges. «Je dois dire mon indignation de voir deux députés convoqués par Mediapart». Mediapart n’a convoqué personne et n’est pas même à l’origine de cette conférence de presse dont l’idée est née d’une conversation entre Antoine Peillon et le député socialiste Yann Galut. Nous nous y sommes joints, tout comme Charles de Courson, le sénateur communiste Eric Bocquet, le député EELV François de Rugy. Depuis, une quinzaine d’autres parlementaires ont fait connaître leur soutien et leur probable présence, mercredi.

Charles de Courson a résumé l’objet de cette conférence de presse : «Le problème est la défense des lanceurs d’alerte, pas Cahuzac. Hervé Falciani, à l’origine du scandale HSBC, a été emprisonné. Pierre Condamin-Gerbier est emprisonné : ne faut-il pas prendre des mesures de protection des gens que nous auditionnons ? Cela pose un sérieux problème quant aux relations entre la France et la Confédération helvétique».

De tout cela, Mme Bechtel se moque : «Cette affaire d’emprisonnement dans la confédération helvétique est tout à fait extérieure à notre débat ». La commission d’enquête dont elle est la membre a longuement auditionné Pierre Condamin-Gerbier le 3 juillet. Le surlendemain, il était interpellé à Genève, inculpé et incarcéré. La députée n’y voit rien à redire, n'en a rien à faire. Il est vrai qu’elle n’aime pas plus les lanceurs d’alerte que la presse. Depuis le début des travaux de la commission, ses interventions n’ont qu’un objectif : défendre le gouvernement socialiste mais défendre surtout l’Etat. Son Etat. Contre les citoyens.

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Cette conférence de presse commune se tiendra mercredi 17 juillet, à 11 heures, à l'Assemblée nationale : elle associera Yann Galut (PS), Charles de Courson (UDI), Éric Bocquet (PC), François de Rugy (coprésident du groupe EELV à l'Assemblée), Antoine Peillon, journaliste et auteur de Ces 600 milliards qui manquent à la France, et la rédaction de Mediapart. Son thème : « En défense des lanceurs d'alerte, après l'arrestation par les autorités suisses du financier Pierre Condamin-Gerbier ».

Seront également présents, pour soutenir l'initiative : Nathalie Goulet, sénatrice UDI, André Gattolin, sénateur écologiste ; Eric Alauzet, député écologiste, Nicolas Dupont-Aignan, député Debout la République, les députés socialistes Pascal Cherki, Barbara Romagnan, Michel Pouzol, Cécile Untermaier et Pouria Amirshahi ; Yves Goasdoué, député apparenté PS ; Pascal Durand, secrétaire national d’EELV-Les Verts.

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