La France veut expulser un Tchétchène vers la Russie

Manuel Valls ira-t-il jusqu'au bout? Le ministère de l'intérieur est sur le point d'expulser un ressortissant tchétchène vers la Russie. Ce serait une décision tout à fait exceptionnelle, alors que les assassinats et disparitions se poursuivent en Tchétchénie et qu'une répression systématique par la police et la justice russe vise les anciens militants caucasiens.

Manuel Valls ira-t-il jusqu'au bout? Le ministère de l'intérieur est sur le point d'expulser un ressortissant tchétchène vers la Russie. Ce serait une décision tout à fait exceptionnelle, alors que les assassinats et disparitions se poursuivent en Tchétchénie et qu'une répression systématique par la police et la justice russe vise les anciens militants caucasiens.

Le comité Tchétchénie s'alarme et voit dans cette possible expulsion «un acte indigne».

L'opération était initialement programmée ce mardi après-midi. Conduit à l'aéroport de Blagnac, le ressortissant tchétchène a refusé d'embarquer et la police a, finalement, décidé de le reconduire en centre de rétention. Son sort dans les jours qui viennent demeure des plus incertains, la police pouvant à tout moment décider de tenter à nouveau de l'expulser.

Dans une lettre publique, le comité Tchétchénie détaille la situation de ce ressortissant tchétchène:

«Le comité Tchétchénie de Paris est extrêmement inquiet de la situation de Monsieur T. né en 1974 en République Socialiste Soviétique Autonome de Tchétchéno-Ingouchie. En effet, Monsieur T. se trouve en centre de rétention administrative depuis début août 2012, son renvoi vers la Fédération de Russie qui l’a reconnu comme étant l’un de ses citoyens, vient d’être confirmé pour le mardi 18 septembre à 16h30.

Désespéré par cette décision, Monsieur T., a entamé une grève de la faim et lance un appel au secours.

Il ne peut rentrer dans son pays où il a déjà subi des persécutions et où sa vie pourrait être menacée. Cela, il l’a expliqué dans sa demande d’asile politique. Quand le premier conflit russo-tchétchène éclate et que les troupes russes attaquent le territoire tchétchène Monsieur T. a vingt ans. Il s’engage dans un groupe de combattants local pour défendre sa terre natale.

Pendant l’entre deux guerres, entre l’année 1996 et l’année 1999, Monsieur T.,  travaille dans le bâtiment et participe à la reconstruction de son village.

Au début du deuxième conflit, en 1999, patriote, il apporte son soutien à la résistance puis cesse le combat. Il part pour Groznyï. Il entre à l’université où il suit les cours de la faculté pédagogique. Il étudie à l’université de 2002 à 2007. Ce qu’il souhaite, c’est s’instruire, apprendre, vivre honnêtement, tranquillement… Mais il est fréquemment arrêté, battu, relâché contre des pots de vin jusqu’à ce les autorités ne le laissent plus vivre en paix. Il est contraint de fuir.

Faute d’avoir su ou pu s’exprimer clairement, Monsieur T. n’a pas convaincu les autorités françaises de la réalité de ses craintes et des risques qu’il encourt dans son pays d’origine : la Fédération de Russie. C’est la raison pour laquelle il a été débouté de sa demande de reconnaissance du statut de réfugié.

Et, effectivement, Monsieur T. semble avoir été très choqué par ce qu’il a vécu, au point d’avoir des difficultés à se faire comprendre et la grande précarité de sa situation depuis son arrivée sur le territoire français en 2008, placement en rétention, absence d’hébergement, errance, ne lui a pas permis de trouver les ressources nécessaires pour défendre sa cause.

Quand il arrive en France au cours du mois d’octobre 2008, Monsieur T. traumatisé par des années de guerre et les violences qu’il a subies, se retrouve, à la rue, puis dans un squat. En procédure Dublin, il est interpellé et placé en rétention. Quand il est libéré, il va mal. Il ne comprend rien à la procédure dont il fait l’objet. Il n’a ni toit, ni argent. Il ne parle pas notre langue et ne peut, bien sûr, rentrer chez lui. Une longue errance commence.

Les bénévoles de notre association font sa connaissance à cette époque, en novembre 2008. Il nous dit qu’il étouffe, qu’il n’en peut plus, qu’il veut la paix, qu’il veut respirer, qu’il veut voir la mer…

Il quitte la région parisienne pour La Rochelle. Il dépose enfin sa demande d’asile en décembre 2009 soit plus d’un an après son arrivée en France. Il est convoqué à l’O.F.P.R.A. au cours de l’été 2010. Son entretien dure trois heures trente. Six mois plus tard, sa demande est rejetée. Il n’a pas été clair.

Il est sans ressource, hébergé au 115, il ne peut prendre un avocat. Certes il bénéficie de l’aide juridictionnelle mais ne rencontre jamais l’avocat désigné à ce titre, seulement quelques minutes avant l’audience. Sa demande est définitivement rejetée en juillet 2011. Le 115 cesse sa prise en charge. A nouveau, il se retrouve à la rue. Il fait l’objet d’une O.Q.T.F. (contestée par la Cimade mais perdue en audience).

Monsieur T. tente malgré tout, de régulariser sa situation. Il cherche du travail, trouve un employeur et se présente à la préfecture avec sa promesse d’embauche. Il souhaite obtenir une autorisation de rester et de travailler. On lui dit que l’on va examiner sa demande. Il reprend espoir pourtant, il est interpellé le 08 août 2012 et placé en rétention.

Monsieur T., originaire de Tchétchénie, persiste à dire qu’il est en danger dans son pays et compte tenu de son parcours, il est permis de croire qu’il ait raison d’autant plus que la Tchétchénie demeure une zone de non droit où la violence et la terreur font partie du quotidien comme en témoignent des universitaires, des chercheurs, spécialistes de cette région qui se consacrent depuis de nombreuses années à l’étude de la situation lors notamment de séjours sur le terrain.

Renvoyer Monsieur T. vers la Fédération de Russie revient à prendre le risque que sa vie ou sa liberté soient menacées, qu’il soit exposé à la torture, à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. Un tel acte est indigne des engagements pris par Monsieur HOLLANDE lors de sa campagne électorale en faveur des Droits l'Homme, et serait contraire aux engagements pris par l’Etat Français qui a ratifié la Convention européenne des Droits de l’Homme et la Convention de l’ONU contre la Torture.

Association Comité Tchétchénie»

Par ailleurs, on peut lire dans Mediapart, deux articles sur la situation de réfugiés tchétchénes en France et sur de précédentes menaces d'expulsion:

A Gray, enfants et enseignants sont désemparés après l’expulsion d’une famille tchétchène

L'impossible retour des réfugiés tchétchènes

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