Serbie: l'expulsion de Philippe Bertinchamps, correspondant de Mediapart, est annulée

A la suite de la publication, lundi matin 19 février, d'un appel de RSF et de plusieurs journaux européens, dont Mediapart, le journaliste Philippe Bertinchamps a dans la journée pu obtenir un visa de travail en Serbie. Installé à Belgrade depuis 2007, correspondant de Mediapart, il était menacé d'expulsion par le ministère serbe de l’intérieur. RSF se félicite du succès de cette mobilisation.

Plusieurs médias francophones et l'association Reporters sans frontières ont rendu public, lundi matin 19 février, un appel de soutien au journaliste Philippe Bertinchamps. Ce dernier, installé à Belgrade depuis 2007 et correspondant de plusieurs journaux dont Mediapart, était menacé d'expulsion du pays. Sa demande de séjour temporaire au titre du regroupement familial était rejetée par le ministère serbe de l’intérieur: il représenterait un « obstacle à l’ordre public et à la sécurité nationale ». Depuis des semaines, aucune des démarches entreprises auprès des autorités serbes n'avait permis d'aboutir.

Après la publication de cet appel commun de six journaux européens, Philippe Bertinchamps a obtenu un visa de travail et un titre de séjour d'un an en quelques heures seulement. Nous nous félicitons de cette décision.

Reporters sans frontières a publié le communiqué suivant: «Suite à une importante campagne de mobilisation de Reporters sans frontières (RSF), relayée par les médias serbes, mais aussi français, belges et européens,  le journaliste Philippe Bertinchamps a finalement obtenu, ce lundi 19 février après-midi, le renouvellement de son permis de séjour pour un an en Serbie. Le ministère de l’Intérieur serbe a finalement accédé à la demande du journaliste en lui accordant un visa temporaire d’un an au titre du regroupement familial.

«Cette victoire ne doit néanmoins pas faire oublier la réalité du quotidien des journalistes serbes indépendants, qui exercent leur métier au prix de bien des sacrifices et dont la situation continue de se détériorer.
La conférence de presse prévue mardi 20 février à 14h au Medija Centar de Belgrade sera donc maintenue.»

Ci-dessous, l'appel publié lundi matin 19 février et, ici, le précédent billet de blog

«Philippe Bertinchamps , correspondant en Serbie de plusieurs médias internationaux, dont Le Courrier des Balkans, Mediapart, Libération, RFI, la RTBF, Le Soir et La Tribune de Genève, est actuellement menacé d’expulsion par le ministère serbe de l’Intérieur (MUP) sous prétexte qu’il représenterait un « obstacle à l’ordre public et à la sécurité nationale ». Nulle part ni à aucun moment, cette décision n’est motivée ni justifiée. Philippe Bertinchamps a au préalable été convoqué à deux reprises par les services de sécurité serbes (BIA) pour des « entretiens informatifs approfondis », la première fois en avril 2017, au lendemain de l’élection présidentielle serbe qu’il avait couverte.

Au regard de la situation plus que préoccupante de la liberté des médias en Serbie, où les journalistes indépendants sont victimes d’attaques physiques et verbales et même de campagnes de lynchage par les médias pro-gouvernementaux, nous estimons qu’il est urgent de saisir l’opinion publique serbe, européenne et internationale.

Depuis dix ans, Philippe Bertinchamps couvre la Serbie et la plupart des pays des Balkans occidentaux. Il a toujours fait preuve de la plus grande impartialité dans son traitement de l’actualité. Il n’a jamais eu de problèmes avec la police et avait, jusqu’en 2017, toujours obtenu son permis de séjour dans le respect des règles.

Établi depuis 2007 à Belgrade, marié à une citoyenne serbe, elle-même photographe de presse, et père d'une petite fille de 5 ans, Philippe Bertinchamps, ressortissant belge, a vu sa demande de séjour temporaire au titre du regroupement familial rejetée par le MUP, ce 8 janvier 2018 et pour la deuxième fois consécutive depuis avril 2017, sans qu’aucune explication ne lui soit fournie. En novembre 2017, le tribunal administratif de Serbie avait pourtant tranché en sa faveur, jugeant que les autorités devaient motiver les raisons de leur refus.

Ces deux décisions du ministère serbe de l'intérieur violent les règles de la procédure, mais aussi l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme sur le respect de la vie privée et familiale. Le sort de Philippe Bertinchamps et de sa famille est donc aujourd’hui entièrement suspendu au bon vouloir des autorités serbes.

Constatant le peu de cas que les autorités serbes font des décisions de la justice, et afin de dénoncer ces abus policiers indignes d’un Etat candidat à l’intégration européenne, mais aussi pour défendre son métier de journaliste, Philippe Bertinchamps a décidé de porter plainte une nouvelle fois auprès du tribunal administratif, mais également choisi de saisir les plus hautes autorités européennes et internationales de sa situation.

Une conférence de presse sera organisée le 20 février au Medija Centar de Belgrade à 14H00».

Le Courrier des Balkans
Mediapart
Libération
Reporters sans Frontières
La Tribune de Genève
RTBF- Informations
Radio france Internationale

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