Mammut ! Celui qu’il ne faut surtout pas dégraisser

Oubliez Gérard Depardieu et Yolande Moreau. Ils sont figurants
Oubliez Gérard Depardieu et Yolande Moreau. Ils sont figurants aux côtés d'une star qui fait rêver depuis quarante-cinq ans. Une monstruosité motocycliste au doux nom de Münch Mammut. Records inégalés: la plus lourde, la plus puissante, la plus n'importe quoi. Trop beau!

 

L'événement cinéma, si l'on peut dire, de ce mercredi s'appelle «Mammut». Passons sur Gérard Depardieu, Yolande Moreau et un scénario de comédie sociale. Sans avoir vu le film, difficile d'avoir un avis. En revanche, on peut déjà remercier ses deux réalisateurs, Benoît Delépine et Gustave Kerven, d'avoir invité cette immense star qui, depuis 1966, occupe une partie des rêves de tout motard un peu affûté. Voici le monstre :

 

C'est à l'origine un truc improbable qui compte deux roues. Cela va vite devenir un mythe, un vrai, qui va redonner un peu de lustre à la moto allemande. Une industrie surtout connue pour les BMW, moto robuste mais stupide qui séduit d'abord les policiers, et pour les MZ (la marque vedette de l'ex-Allemagne de l'Est) qui, au moins, détient un record: celui de la brêle la plus moche de la planète. D'où son charme d'ailleurs, regardez ici et écoutez le superbe bruit de crécelle du moteur (à noter le charme de la publicité est-allemande avec une musique top pop!):

Mais revenons à notre monstre après ce détour en MZ. La marque Münch réussit à introduire un peu de «Kolossale» (c'est le nom d'un de ses modèles) finesse dans le brut de fonderie. En 1966, le mécano-ingénieur Friedel Münch décide de faire rentrer un moteur de voiture dans un cadre de moto. Un 4 cylindres NSU de 1.000 cm3 refroidi par air. Les motards ricanent: tout ce qui vient de l'automobile est jugé indigne.

Ils vont moins rire, ceux qui à l'époque font semblant d'aller vite sur des BSA qui se déboulonnent. Car Münch a ce qu'il veut: un couple de fous furieux et des cavalcades de chevaux à bas régime. La puissance du moteur est telle que le mécano a de menus problèmes: les boîtes de vitesse explosent; les embrayages fondent; la roue arrière à rayons est désintégrée ! D'où d'invraisemblables inventions techniques sur la boîte, sur l'embrayage et surtout sur un ensemble bras oscillant-pont arrière-roue arrière réalisé en Elektron, un alliage ultra-léger utilisé alors dans l'aviation, et en magnésium coulé.

Le prix est en proportion de l'énormité de la «Chose», extravagant. Mais la Münch roule, de plus en plus vite (de 0 à 100 km/h en 4 secondes), et l'ingénieur dément va rentrer dans le cadre des moteurs de plus en plus puissants agrémentés de quelques turbocompresseurs! Du coup, selon les modèles, la puissance passe de 55 chevaux à 260 chevaux. 350 kilos lancés à 210 kilomètres/heure (voire plus), cela fait un peu arme de destruction massive.

Le premier problème est d'arriver à trouver des noms pour ces bizarreries à roulettes. Il y a Münch bien sûr, puis Mammut, enfin Titan, le tout agrémenté d'initiales, de chiffres ou de qualificatifs (le fameux «Kolossal»). Le second est de trouver un peu d'argent pour financer une production aussi délirante au moment où les médiocres motos japonaises avalent le marché de la moto. Un richissime Américain, détenteur de la magnifique marque Indian, supportera un temps les frasques de l'Allemand. Puis les bides s'enchaînent. Au total, 478 Mammut seulement auraient été construites.

La rareté alimente le mythe. Les Münch ne sont pas seulement dans les musées. On en croisait encore il y a quelques années dans les rallyes des Eléphants, ce rassemblement cauchemar qui a lieu chaque année en plein hiver au cœur de la Bavière, où un froid polaire encourage à toutes les boissons et interdit d'arrêter les moteurs (sinon l'huile gèle). Exemple en 2004:

Donc d'où vient la Mammut de Delépine-Depardieu ? D'un mécano dingo qui a pris la relève. Il s'appelle Mike Kron, est allemand et a décidé de construire des Replica. Le voici:

Mike Kron. Mike Kron.

Et voici son site: cliquez ici

Depardieu a-t-il seulement pris la mesure qu'il tournait avec cette moto star. Benoît Delépine assure que oui pour ajouter: «Vous savez Depardieu, tant qu'il y a des femmes, des motos, de la charcuterie et du lard, il est heureux!» Erreur. La Münch n'est pas un grossier Gargantua de la motocyclette. C'est une sorte d'exercice quasi-métaphysique qui tente de répondre à une question simple: comment défier en tout les lois de l'esthétique et de la mécanique?

L'hebdomadaire «La Vie de la Moto» vient de publier un très bon dossier « Spécial phénomène Mammut» (n°607). Leur site web : cliquez ici.

 

 

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