Le roi flou

Fallait-il donc mobiliser la République, réquisitionner Versailles, convoquer anciens présidents et premiers ministres (ils ont d'ailleurs boudé), susciter par des confidences la mobilisation générale des médias... pour, au final, nous asséner un assommant discours reprenant de vieux slogans ? De ce discours, il ne reste déjà rien. Sauf ce constat : il y a le feu dans les finances de l'Etat.

Fallait-il donc mobiliser la République, réquisitionner Versailles, convoquer anciens présidents et premiers ministres (ils ont d'ailleurs boudé), susciter par des confidences la mobilisation générale des médias... pour, au final, nous asséner un assommant discours reprenant de vieux slogans ? De ce discours, il ne reste déjà rien. Sauf ce constat : il y a le feu dans les finances de l'Etat.

 

Mais cet incendie, identifié de longue date bien qu'alimenté avec constance par la politique économique de ce pouvoir, méritait-il telle mise en scène ? L'annonce d'un grand emprunt, le bras de fer classique avec Bruxelles sur la limitation des déficits publics valaient-ils que l'hyperprésident use pour la première fois de cette disposition de la constitution qui l'autorise à convoquer le Congrès, sans pour autant débattre avec les parlementaires ?

 

Au vu du discours du président, cette journée ne peut que provoquer le malaise. La faiblesse du propos présidentiel, l'absence de décisions, la reprise en boucle de thèmes éculés ou de phrases déjà maintes fois prononcées, bref, ce pâle discours, d'ailleurs mal maîtrisé puisque le président n'a pu que rarement sortir de la lecture d'un texte où l'on percevait quelques-unes des sentences de son conseiller Henri Guaino, aura mis à bas l'ambition présidentielle.

 

Car depuis dix jours, l'Elysée avait placé, par ses confidences, la barre très haut. Révolution institutionnelle, Versailles devait donner le signal d'une révolution programmatique et lancer sur orbite la seconde moitié du quinquennat avec un horizon : 2012 et son élection présidentielle. «Ce n'était évidemment pas un discours de politique générale», a aussitôt précisé l'UMP Jean-François Copé. Il est vrai que la victime collatérale de cette journée est François Fillon, ou plutôt la fonction de premier ministre.

 

Il ne restera donc de cette journée qu'un apparat mis au service de Nicolas Sarkozy et des siens. Comme les élus de la République, comme les ministres serrés sur les gradins, son épouse, Carla Bruni, son secrétaire général, Claude Guéant, son conseiller de toujours, Pierre Charron, auront assisté dans l'hémicycle au discours présidentiel. On se demande bien pourquoi, tout comme on se demande pourquoi le président accepta cette mise en scène de la toute-puissance solitaire en remontant seul le couloir menant à l'hémicycle, entre deux rangs de gardes républicains.

 

De ce point de vue, tout fut fait pour signifier l'abaissement du Parlement. Mediapart l'avait souligné dès l'an dernier, lors du débat parlementaire sur la révision constitutionnelle. Nous l'avons redit ce week-end, en faisant part de notre préférence : face à l'égarement dans les symboles de l'absolutisme, il était un lieu, la salle du Jeu de paume, à la symbolique autrement plus citoyenne et démocratique.

 

Le simple voyage de Versailles suffisait-il à Nicolas Sarkozy ? Sans doute, puisqu'il lui aura au moins permis de semer un peu plus la division au sein d'une opposition assommée. Et qu'il a été l'occasion de signifier à sa majorité, encline à la révolte il y a quelques semaines, qu'il n'était qu'un seul chef, lui.

 

Car pour le reste, la seconde moitié du quinquennat s'annonce identique... à la première. Avec, sans doute (mais le flou du propos empêche d'être affirmatif), un plan d'austérité en plus. Comme en 2007 et comme en 2008, le Smic ne sera pas revalorisé en juillet et son augmentation indicielle correspond à 11 centimes de l'heure... Comme en 2007 et comme en 2008, l'objectif de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est maintenu.

 

Comme en 2007 et comme en 2008, «il faudra aller plus loin» en matière de maîtrise de dépenses de santé, il «faudra porter le fer dans nos dépenses de fonctionnement». Comme ces deux années passées, la réforme des collectivités locales devra permettre à l'Etat de réduire ses dépenses. Enfin, comme en 2007, comme en 2008, finalement comme toujours depuis 2002 (lorsqu'il fut ministre de l'intérieur), l'immigration, l'insécurité, la criminalité, les banlieues seront agitées selon les opportunités du moment...

 

Nicolas Sarkozy fait donc du Nicolas Sarkozy. Avec ses annonces jamais suivies d'effet : celle, par exemple, d'un meilleur partage de la richesse entre travail et capital, qui fut brutalement annoncée en... février (la fameuse règle des «trois tiers») et oubliée depuis. Avec sa litanie de slogans au volontarisme creux : «Quelle est la liberté de celui qui a peur de sortir de chez lui...» ; «Le gaspillage des intelligences, c'est le pire des gaspillages» ; «Nous serons au rendez-vous des réformes» ; «Les délocalisations sont devenues insupportables» ; «Nous n'avons le droit de gaspiller un seul euro !»...

 

Le président a des priorités. Les mêmes. La grande concertation annoncée pour les trois mois à venir, sans en avoir précisé le cadre, les acteurs, la méthode, devrait lui permettre de commettre... de nouveaux discours. Mais le flou et la confusion continueront à dominer l'action publique.

 

Lire l'intégralité du discours de Nicolas Sarkozy en cliquant ici.

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