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Billet de blog 24 juil. 2013

Mediapart censuré: un fort mouvement de solidarité

Depuis lundi, jour où nous avons supprimé 72 articles, fichiers audio et vidéo, en application de la censure ordonnée par la cour d'appel de Versailles, de nombreux titres de presse ont repris ce dossier censuré, ont publié les enregistrements et commenté un jugement qui inquiète journalistes et associations de défense des libertés. Sans compter les plus de 50.000 personnes qui ont signé l'appel «Nous avons le droit de savoir». Revue de presse.

François Bonnet
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Depuis lundi, jour où nous avons supprimé 72 articles, fichiers audio et vidéo, en application de la censure ordonnée par la cour d'appel de Versailles, de nombreux titres de presse ont repris ce dossier censuré, ont publié les enregistrements et commenté un jugement qui inquiète journalistes et associations de défense des libertés. Sans compter les plus de 50.000 personnes qui ont signé l'appel «Nous avons le droit de savoir». Revue de presse.

La censure de Mediapart, contraint par Patrice de Maistre et la cour d'appel de Versailles de retirer tous ses articles citant des extraits des enregistrements Bettencourt, a décidément du mal à passer. Le 11 juillet, avant même que l'arrêt ne nous soit signifié par M. de Maistre et devienne par cet acte applicable, plus de trente-cinq titres de presse s'étaient retrouvés pour lancer un appel commun: «Nous avons le droit de savoir» (lire ici notre dossier).

Depuis, une dizaine de titres supplémentaires ont rejoint cet appel. Surtout, depuis lundi 22 juillet et la censure massive de Mediapart -puisque nous avons retiré 72 articles-, de nombreux titres et médias ont fait le choix de republier sur leur site le dossier censuré et de diffuser des extraits de ces enregistrements.

L'arrêt nous interdit d'inciter «directement ou indirectement» à la diffusion de tout extrait d'enregistrement. Nous ne pouvons donc remercier ces sites de leur solidarité et, plus encore, en encourager d'autres à reprendre ce dossier... Nous sommes même interdits de publier ces données informatives que sont les liens hypertextes et qui permettraient à nos lecteurs d'accéder à ces contenus extérieurs à Mediapart: voilà jusqu'où va se loger la censure versaillaise!

Mais l'information nous semble suffisamment importante pour devoir être signalée à nos lecteurs, même tronquée (donc pardon pour l'absence de liens dans ce billet).

La RTBF, radio-télévision publique belge, a donc consacré le volet spécial de son émission matinale de ce mercredi à ce sujet, publiant plusieurs extraits sonores des enregistrements, rappelant les multiples prolongements judiciaires de l'affaire et nous donnant la parole. «Comme d'autres médias et Reporters sans frontière, la RTBF relaie les contenus retirés du site d'information suite à la décision de la justice française», est-il expliqué.

La veille, c'était le grand quotidien belge Le Soir qui avait également publié enregistrements et articles censurés. Dans son éditorial, le quotidien s'en expliquait en ces termes: «La vie privée est cruciale, Le Soir veille à la respecter scrupuleusement. Mais notre devoir d'informer prime, dès lors que les informations détenues sont exactes et intéressent le citoyen et l'intéret général. La décision de justice qui censure Mediapart est grave et dangereuse pour la presse

:
1) elle empêche le travail de révélation du journaliste, en donnant la priorité à l'intimité de personnes, même si leurs actes sont en contradiction avec l'intérêt public. Il faut savoir que les révélations de Mediapart ont conduit Mme Bettencourt à rembourser lourdement le fisc français

;
2) elle empêche le citoyen de connaître un dossier, disparu d'un coup de clic, alors que la justice s'en est servie pour condamner certaines pratiques.
Voilà pourquoi Le Soir soutient résolument Mediapart».

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Mardi 23 juillet également, Le Courrier, quotidien suisse, faisait également le pas en publiant documents et articles. Il s'en explique dans son éditorial titré «De voir d'informer»:
«Cet ukase de la Cour de justice de Versailles – que nous dénoncions ici même récemment – constitue un grave acte de censure. Accepter que la défense de la vie privée devienne le paravent des relations troubles entre politique et argent signerait la mort du journalisme d’enquête. De nombreux médias, dont nous sommes, se sont donc spontanément associés à l’appel lancé il y a dix jours par Mediapart en faveur du droit de savoir.
Désormais que la censure est entrée en force, Le Courrier a choisi d’aller plus loin. Depuis hier après-midi, l’internaute peut trouver sur notre site l’intégralité des documents de l’affaire Bettencourt en possession de notre confrère. Bravade? Certainement pas. Il s’agit pour nous, comme pour Reporters sans frontières et les autres titres qui ont fait de même, de s’assurer que ce contenu d’intérêt général demeure dans la sphère publique. Agir autrement serait trahir le devoir d’informer qui est le nôtre»
.

En Espagne, c'est le site d'information InfoLibre qui a relayé l'intégralité du dossier.

En France, de nombreux sites ont fait de même.

Rue89, dès lundi soir, a mis en ligne deux extraits sonores des enregistrements ainsi que la liste des 72 articles censurés. «Dès le jugement prononcé par la cour d’appel de Versailles, Rue89 s’est proposé de donner asile au dossier Bettencourt. Mediapart ne nous a rien demandé : ils n’auraient de toute façon pas le droit de le faire», écrit le site.

Arrêt sur images a fait de même, complétant son dossier par la mise en ligne -et en accès libre- d'un débat fait quelques jours plus tôt, réunissant la présidente du syndicat de la magistrature, un représentant de la Quadrature du net et un de la rédaction de Mediapart.

Reporters sans frontières a publié sur le site Wefightcensorship l'intégralité du dossier. «Les conséquences judiciaires et administratives de l'affaire Bettencourt montrent que les révélations de Mediapart et du Point relèvent bien de l’intérêt général. Le public a le droit d’être informé, selon l’article 10 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales et la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme sur l’équilibre entre vie privée et droit à l’information. La cour d’appel de Versailles a préféré appliquer une sanction à notre sens disproportionnée qui découragera les journalistes d’investigation de faire leur travail», justifie son secrétaire général, Christophe Deloire. RSF note: «Hébergeant jusqu’ici une majorité de contenus provenant de pays qui bafouent la liberté de l’information, comme le Turkmenistan, la Chine ou le Bélarus, Wefightcensorship (“Nous combattons la censure”) accueille aujourd’hui son premier contenu français».

La Ligue des droits de l'homme, signataire de l'appel, a également mis en ligne plusieurs fichiers audio des enregistrements. «Veut-on revenir aux temps obscurs de la censure ? D’allure baroque, la question doit pourtant être posée après l’arrêt de la cour d’appel de Versailles. On se souvient que ce sont ces révélations qui ont été à la source d’une enquête journalistique éclairante sur les rapports entre le monde de l’argent et de la politique. Au moment où la ministre de la Justice dépose un projet de loi qui affirme que ''les journalistes doivent pouvoir exercer leur mission sans entraves'', cette décision est rien moins qu’inquiétante ; au lendemain du refus de la France d’accorder l’asile à Edward Snowden, elle rappelle à quel point la liberté d’informer et d’être informé, en toute liberté, reste fragile».

L'hebdomadaire Politis fait également de même, notant qu'il s'agit «d'une censure sans précédent, visant des pièces centrales d’une affaire d’État tentaculaire qui a notamment conduit à la mise en examen de Nicolas Sarkozy le 21 mars pour abus de faiblesse sur la femme la plus riche de France».

Le site Yagg, qui a lui aussi publié le dossier, s'en explique en ces termes : «C'est toute la presse que la cour d'appel de Versailles a condamnée. La première victime de cette décision est le peuple, qui se trouve privé de son droit – voire de son devoir – de savoir. Que cette censure émane d'une cour de justice et non du gouvernement ne retire rien au fait qu'elle est une atteinte à ce droit fondamental qu'est la liberté de la presse.»

Pour RageMag, qui publie les audios des enregistrements, il s'agit de faire échouer «cette tentative de rendre totalement inaccessible au grand public des documents d’intérêt général, qui trahissent la réalité des relations entre politiques et oligarchie».

L'hebdomadaire Les Inrockuptibles publie l'intégralité du dossier. Voilà ce que son directeur Frédéric Bonnaud écrit: «Ouf. Les trois juges de la cour d’appel de Versailles, dans leur infinie sagesse, viennent de préserver le concept même de “vie privée”, base de la démocratie, de la protection de l’individu et des libertés fondamentales. Nous voilà rassurés. Que cela revienne à laisser une vieille dame richissime, sourde et diminuée se faire plumer par son entourage n’a aucune importance. Seul le principe compte. Que les journalistes du Point et de Mediapart aient soigneusement expurgé les enregistrements du majordome de Mme Bettencourt de tout élément relevant de la vie privée, justement, ne publiant que ce qui concerne des sujets d’intérêt général, tels que le financement politique ou l’évasion fiscale, n’a pas non plus retenu l’attention des juges.»

Outre ces titres, de nombreux autres sites et blogs (comme par exemple le blog Extimité) se sont emparés des contenus censurés pour les relayer. C'est l'effet collatéral de cette décision judiciaire: la censure n'aura jamais tant fait connaître les enregistrements effectués par le majodorme de Liliane Bettencourt.

Vous pouvez encore signer l'appel «Nous avons le droit de savoir»: c'est ici.

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