François Bougon
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Billet de blog 9 oct. 2019

«South Park» et la NBA personae non gratae en Chine

En une semaine, deux produits du soft power américain – côté sportif la NBA (le basket), côté divertissements le dessin animé « South Park » – ont été victimes de représailles ou de censure en Chine pour avoir déplu à Pékin. Si la NBA a présenté des excuses, les créateurs du dessin animé « trash » ont tenu bon, usant de l’ironie.

François Bougon
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Les hauts dirigeants du parti communiste chinois n’apprécient plus les « dunks » du basket américain ni l’humour second degré des dessins animés de « South Park ». Ces deux produits du soft power américain sont désormais personae non gratae en Chine pour leur avoir déplu. Dans le premier cas, Hong Kong en est la cause ; dans le deuxième, c’est le fait d’avoir tourné en dérision le système de censure en place dans la grande puissance asiatique. L’humour noir n’est pas du goût de la Chine rouge.

La NBA (National Basketball Association) avait pourtant développé depuis le début des années 2000 des relations étroites avec la Chine. La plus importante et célèbre ligue professionnelle de basket-ball y voyait une terre de mission, à la fois pour détecter des joueurs mais aussi pour générer des profits en signant des contrats de distribution avec les chaînes locales.

La vedette chinoise Yao Ming, du haut de ses deux mètres vingt-neuf centimètres, star du championnat américain au début des années 2000 pendant presque dix ans dans l’équipe des Rockets de Houston, a été une pièce importante de cette stratégie. Mais c'est de cette formation qu’est partie la polémique : samedi dernier, durant une visite à Tokyo, le directeur général des Houston Rockets Daryl Morey a exprimé son soutien aux manifestants de Hong Kong dans un tweet, ce qui provoqué la colère de la Chine.

S’en est suivie une série d’excuses qui sont désormais souvent d’usage lorsque les autorités de Pékin haussent le ton et s’en prennent à des pays ou des entreprises qui sont liés à la Chine par des intérêts économiques. Les valeurs ont alors peu de poids. Seuls priment les dollars ou les yuans. La fédération chinoise de basket a annoncé suspendre toute relation avec son homologue américaine, les télévisions chinoises toute diffusion des matches de la NBA.

Drapées dans leur nationalisme, les autorités chinoises ont obtenu ce qu’elles voulaient : intimider ceux qui osent critiquer leurs politiques. Dans un premier temps, la NBA a publié un communiqué en chinois où elle regrettait les « propos inappropriés » de M. Morey. Avant de faire machine arrière après avoir été vivement critiquée par les démocrates et les républicains.

L’épisode de « South Park » qui a entraîné la disparition subite de la série en Chine traite justement, sur le mode ironique, de la manière dont les responsables des entreprises américaines se précipitent en Chine pour gagner de l’argent, quitte à exercer une autocensure pour plaire aux dirigeants communistes – on y voit un Mickey se justifier auprès du numéro un chinois arborant un tee-shirt « I love Xi Jinping ».

L’un des personnages du dessin animé s’y rend pour vendre sa production de marijuana : « J’ai fait pas mal de recherches et je me suis aperçu qu’il y avait beaucoup de monde en Chine. Si on arrive à avoir 2 % de ce marché, nous pouvons faire des millions et des millions de dollars », explique-t-il à sa famille avant de prendre l’avion, où prennent place également des représentants de Google, des personnages de Star Wars, Blanche Neige et un haut dirigeant de… la NBA.

Celui qui pensait conquérir la Chine avec sa marijuana se retrouvera en prison en compagnie de Winnie l’ourson, qu’il finira par tuer à la demande des Chinois ! La Chine censure en effet Winnie l’ourson, certains internautes chinois l’ayant choisi pour caricaturer Xi Jinping. Un crime de lèse-majesté envers celui qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, a mené une répression féroce à l’encontre des voix critiques.

South Park 南方公园 中国禁播 衰仔乐园 声援香港版 中英字幕 Short Film with Chinese English Sub © 说中国 看美国

Même si l’épisode a été diffusée le 2 octobre, avant la polémique mettant en cause la NBA, les deux créateurs de « South Park », Trey Parker et Matt Stone, ont présenté des excuses à leur manière : « Comme la NBA, nous accueillons les censeurs chinois dans nos maisons et nos coeurs. Nous aussi nous aimons l’argent plus que la liberté et la démocratie. Xi ne ressemble pas du tout à Winnie l’ourson. Regardez notre 300épisode ce mercredi [9 octobre] à 22h00 ! Vive le grand parti communiste chinois ! Que la récolte de sorgho de l’automne soit généreuse ! Est-ce que ça va comme ça la Chine ? »

Comme le souligne le journaliste Evan Osnos dans le New Yorker, cette volonté de faire taire les critiques ne peut être que contre-productives :  « Les efforts de la Chine pour micro-gérer la conversation mondiale enhardissent ses détracteurs et amenuisent le soutien de ses amis. Lorsque Yao Ming a intégré la NBA, son ascension et son succès présentaient un portrait idéal du soft power chinois. Plus les responsables chinois tentent de refaire ce portrait, plus il va se détériorer. »

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