A Hong Kong, la musique n'adoucit pas les mœurs

Pro et anti-Pékin se sont affrontés jeudi 12 septembre à coups de chansons et de slogans dans un des plus grands centres commerciaux de Hong Kong. Depuis quelques jours, les manifestants qui dénoncent l'emprise de la Chine sur l'ancienne colonie britannique reprennent un nouvel hymne : « Redonner sa gloire à Hong Kong ».

Jeudi 12 septembre, pro et anti-Pékin se sont affrontés pacifiquement mais en donnant de la voix dans l'un des plus grands centres commerciaux de Hong Kong. L'un des plus connus aussi, car il est situé le long de Victoria Harbour et des quais qui accueillent les navires de croisière. La scène a été abondamment filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Les partisans de la République populaire de la Chine avaient lancé un appel à rassemblement pour dénoncer la veille l'agression d'un des leurs qui, selon eux, avaient eu le malheur de chanter l'hymne national chinois, « La marche des volontaires ». Mais, comme l'a précisé le South China Morning Post, le quotidien anglophone, il a été agressé surtout parce qu'il filmait des manifestants avec son téléphone portable, une habitude prise par ceux qui soutiennent Pékin afin d'intimider leurs adversaires.

Si d'un côté on a brandi des drapeaux de la République populaire de Chine, rouge avec les étoiles jaunes, de l'autre cela a été l'occasion d'entonner le nouvel hymne de la contestation, « Redonner sa gloire à Hong Kong », dernier exemple de la chanson engagée version hongkongaise. Jusqu'à présent, on entendait plutôt un air tiré de la comédie musicale « Les Misérables » (« Entends-tu le peuple chanter ? »). Mais depuis quelques jours c'est cette création qui s'impose. Un musicien local âgé d'une vingtaine d'années l'a composé de manière collaborative à la suite d'un appel sur l'application LIHKG pour doter le mouvement d'un nouvel hymne. Cela lui a pris deux mois, a expliqué celui qui préfère rester anonyme. Il a opté aussi pour une musique qui s'apparente à une marche militaire. « Dès le début, "Redonner sa gloire à Hong Kong" n'allait pas être un air pop, car le compositeur a privilégié quelque chose d'un style plus classique », souligne le site China Heritage du sinologue Geremie R. Barmé. Les précédents airs populaires parmi les manifestants venaient du mouvement de 2014. Une vidéo de « Redonner sa gloire à Hong Kong » et postée sur YouTube a même été tournée, où apparaissent un orchestre et des chanteurs, tous avec les attributs des jeunes manifestants, casques et cagoules : « Fils et soeurs de Hong Kong. Marchons ensemble pour ce qui est juste ! C'est la révolution de notre temps ! »

 

《願榮光歸香港》管弦樂團及合唱團版 MV © Black Blorchestra

Mardi 10 septembre, juste avant un match de qualification pour la Coupe du Monde de football opposant Hong Kong à l'Iran, l'hymne national a été huée par une partie des spectateurs qui ont chanté ensuite « Gloire à Hong Kong ». Puis la chanson a été reprise par des manifestants qui se sont rassemblés dans des centres commerciaux.

Le sinologue australien Geremie R. Barmé en donne une analyse passionnante sur le site de China Heritage. Il souligne notamment des influences remontant au mouvement du 4 mai 1919, berceau du Parti communiste chinois, mais aussi à celui de juin 1989 à Pékin. Cette guerre des hymnes revêt une tournure particulière dans le territoire autonome. En effet, le conseil législatif doit examiner en octobre une loi prévoyant des sanctions envers ceux qui offenseraient l'hymne national chinois.

 

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