Rafle du Vel d'hiv : Vichy or not Vichy ?

Quand les discours présidentiels ralentissent la prise en compte des travaux historiques de qualité.

Si Pétain, Laval, Bousquet et consorts portent une lourde responsabilité dans l'arrestation, suivie de mort à quelques exceptions près, de 13 000 personnes dans l'agglomération parisienne les 16 et 17 juillet 1942, il ne faut pas en déduire que c'était là l'effet de l'antisémitisme qui aurait animé ces personnes ni que, même s'ils pouvaient et devaient supposer la finalité meurtrière du processus, ils l'approuvaient et l'auraient au besoin inventé.

Or c'est ce que laissent entendre, de façon sans cesse aggravée, les discours commémoratifs du gouvernement français, depuis 1995 (cf. mes billets précédents épinglant Hollande et Macron).

Hier et aujourd'hui, je constate les dégâts sur les réseaux sociaux à l'occasion du 77ème anniversaire. Le pompon revient pour l'instant à un intervenant sur le mur d'Emmanuel Laurentin, La Fabrique de l'histoire. Pour faire accroire que Vichy partage l'initiative de la rafle de juillet 1942, il invoque la loi adoptée deux ans plus tôt sur les bords de l'Allier, permettant au gouvernement de réviser les naturalisations survenues depuis 1927   :

"ce serait donc Hitler qui a ordonné au gouvernement français de retirer la nationalité française à des centaines de milliers de Français (des juifs pour la plupart) pour en faire des étrangers ???
La Shoah n’a pu avoir une telle ampleur que parce que les nazis avaient des complices (de vrais convertis et non de simples instruments) dans toutes l’Europe, plus ou moins zélés selon les pays.
"

 

Réponse :

L'impulsion venait-elle de Vichy ? Les raflés, en région parisienne, étaient-ils français, étrangers ou apatrides ? Le pseudo-gouvernement français a-t-il fait du zèle ? Et ses fonctionnaires ?

Des réponses existent, de plus en plus affinées par la recherche, notamment dans un livre récent, et bien couvert médiatiquement, de Laurent Joly. Or, depuis vingt-quatre heures, des réponses aberrantes pullulent sur les réseaux.

Si on est vraiment antinazi, ce n'est pas seulement un droit mais un devoir de se renseigner avant de descendre dans l'arène.

Faute de quoi on n'est qu'un idiot utile du néonazisme et de l'antisémitisme.
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Il semble que, pour votre part, vous ayez même eu la flemme de cliquer sur wikipedia, à l'article "loi du 22 juillet 1940" :

"Au total, sur 195 000 naturalisations, 15 154 personnes (soit 7,7 %) ont été déchues de leur nationalité au titre de la disposition principale de la loi, devenant apatrides, dont environ 6 000 Juifs selon l'historien Robert Paxton."

Nous sommes loin de vos centaines de milliers... qui eux-mêmes présupposent que la Troisième République aurait, entre 1927 et 1940, naturalisé les immigrés à tour de bras !
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Quant à votre question (hé oui, je réponds toujours, même si le ton de la question laisse à désirer) sur la part hitlérienne dans la loi du 22 juillet 1940, elle n'est point sotte, mais un peu délicate vu les lacunes de la documentation et l'insincérité des mémoires des dirigeants de Vichy.

Ce qui est certain, c'est que bien des secteurs de la société française "se ruent à la servitude", comme disait de Gaulle, surtout en ce tout début d'occupation, alors que la résistance churchillienne apparaît au monde entier comme un éphémère baroud. Un exemple ENTRE MILLE POSSIBLES, le parti communiste se précipitant chez Abetz pour obtenir la reparution légale de l'Huma en disant pour l'amadouer que lui aussi est hostile au "Juif Mandel".

Donc, à tout le moins, on essaye de deviner et de devancer ce qui ferait plaisir à Hitler.

Mais il y a plus. Abetz reçoit Laval, des 20 et 21 juillet, et ce qui se dit est conté en détail par Brinon dans un rapport à Pétain, que je publie pour la première fois dans mon dernier livre. L'antisémitisme tient dans les conversations une place majeure. Et comme par hasard, dès le lendemain, on dénaturalise...

 

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