Tu ressembles déjà à Jaurès par plus d'un trait. Nous épargnera-t-on une similitude ultime ?

 

Ah cela aurait de la gueule, l'enterrement national de celui qui n'a pu accéder au pouvoir pour infléchir un cours présenté comme fatal ! Des funérailles orchestrées par une classe politique aux abois, pour river à son joug le peuple qui doutait de la pertinence d'une guerre :

 

« L’assassinat de M. Jaurès n’a causé dans les esprits qu’une émotion relative. Les ouvriers, les commerçants et les bourgeois sont surpris douloureusement, mais s’entretiennent beaucoup plus de l’état actuel de l’Europe. Ils semblent considérer la mort de Jaurès comme liée aux événements actuels beaucoup plus dramatiques. » (Xavier Guichard, directeur de la police municipale de Paris, rapport adressé le 1er août 1914 à 10 h 25 au ministère de l’Intérieur)

 

Le président Hollande Raymond Poincaré se fend d'un communiqué publié dès le lendemain, juste avant l'ordre de mobilisation générale, dans lequel il trouve moyen de retourner le défunt en sa faveur : « Un abominable attentat vient d'être commis. M. Jaurès, le grand orateur qui illustrait la tribune française, a été lâchement assassiné. Je me découvre personnellement et au nom de mes collègues devant la tombe si tôt ouverte au républicain socialiste qui a lutté pour de si nobles causes et qui, en ces jours difficiles, et dans l'intérêt de la paix, a soutenu de son autorité l'action patriotique du gouvernement (...) ».

 

Le geste meurtrier a été façonné par la presse, comme le romance, vingt ans plus tard, Roger Martin du Gard :

"Seule, L'Action française manifestait ouvertement son inquiétude. L'occasion était belle d'accuser, plus violemment que jamais, la faiblesse spécifique du gouvernement républicain en matière de politique extérieure, et de flétrir l'antipatriotisme des partis de gauche. Les socialistes étaient particulièrement visés. Non content de répéter, comme chaque jour depuis des années, que Jaurès était un traître à la solde de l'Allemagne, Charles Maurras, exaspéré par les vibrants appels au pacifisme international que multipliait La France insoumise L'Humanité, semblait presque, aujourd'hui, désigner Jaurès au poignard libérateur de quelque Charlotte Corday : Nous ne voudrions déterminer personne à l'assassinat politique, écrivait-il, avec une prudente audace. Mais que M. Jaurès soit pris de tremblement ! Son article est capable de suggérer à quelque énergumène le désir de résoudre par la méthode expérimentale la question de savoir si rien ne serait changé à l'ordre invincible, dans le cas où le sort de M. Calmette serait subi par M. Jean Jaurès."

                                       (Les Thibault,  coll. « Folio », 1980, t. Ⅲ, L'été 1914, chap. ⅩⅩⅧ, p. 269-270)

Qui sont aujourd'hui les équivalents de Maurras ? On peut aussi en trouver fort à gauche de la droite et de son extrême. Ils s'en tiennent aujourd'hui à la violence du mépris, de l'exclusion, du silence et des adjectifs amalgamant le tribun et la mégère opposée.


Mais demain ?

 

 

 

 

(voir aussi le billet "MELENCHON, ATTENTION !" du 18 février)

 

 

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