Valls et l'islamophobie : tout faux !!

Dans un entretien publié sur le site du Nouvel Observateur , il déclare, après cette perle « les actes racistes et xénophobes (..) nos compatriotes musulmans »1 :« Sa genèse montre qu’il a été forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 1970 pour jeter l’opprobre sur les femmes qui se refusaient à porter le voile.

Dans un entretien publié sur le site du Nouvel Observateur , il déclare, après cette perle « les actes racistes et xénophobes (..) nos compatriotes musulmans »1 :

« Sa genèse montre qu’il a été forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 1970 pour jeter l’opprobre sur les femmes qui se refusaient à porter le voile.

C’est au mot près l’argumentaire de l’essayiste Caroline Fourest, combattu par nombre de collectifs ou d’associations. Pour eux, pendant de l’antisémitisme, "[l']islamophobie" devrait être inscrite dans le discours public et dans la loi.

Je crois que Caroline Fourest et avec elle d’autres intellectuels ont raison. Evidemment, le terme étant entré dans le langage courant, certains parlent "[d’]islamophobie" de bonne foi pour évoquer le racisme contre les arabo-musulmans. En revanche, d’autres, défenseurs d’un islam fondamentaliste –en particulier les salafistes – l’utilisent avec un objectif bien clair : empêcher toute critique de la religion et s’opposer aux principes de la République. »

Le problème, c'est les « autres intellectuels » ont répété ce qu'elle avait raconté sans vérifier2. Or Caroline Fourest n'est pas lexicographe, elle ne comprend ni l'arabe ni le persan (farsi), sa connaissance de l'islam, des civilisations arabe et persane est lacunaire3.

Or, le passage d'un mot d'une langue (le persan par exemple) à plusieurs autres (le français, l'anglais) peut facilement être « tracé ». Caroline Fourest ne donne aucune référence à l'appui de ses dires. De plus, il est a priori surprenant que pour désigner les adversaires de leur conception de l'islam, les dignitaires religieux iraniens aient forgé un mot à partir d'une racine grecque !!

En français, on crée assez facilement un néologisme avec le suffixe -phobie pour désigner une haine et plus rarement une peur. Si demain, les Suisses sont victimes d'attaques haineuses, suissophobie ou hélvétophobie s'imposeront facilement. Pas en arabe ou en persan !!

Enfin, la révolution iranienne a eu lieu en 1979, le terme est employé en 1995 (avec des guillemets) par le philosophe Marcel Gauchet (sûrement pas un salafiste) dans une tribune du « Monde », seize ans après. Le néo-conservateur étatsunien Daniel Pipes estime que le mot est apparu dans la langue anglaise en 1996.

L'hypothèse la plus probable est donc celle de la résurgence de ce mot dans la langue française vers 1995. J'écris résurgence car, n'en déplaise à Caroline Fourest et tous les perroquets, le mot y est apparu pour la première fois en 1910. Et ce ne sont pas des « salafistes » qui l'ont créé, mais des ethnologues et administrateurs coloniaux. Et j'enfonce le clou : pas dans le sens d'un critique des religions, mais dans celui d'une hostilité aux musulmans et aux sociétés musulmanes : « L'islamophobie. - Il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l'islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne.

Pour d'aucuns, le musulman est l'ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l'Européen, l'islamisme4 est la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu'on peut attendre de mieux des musulmans. »

Deuxième clou : les spécialistes, les vrais, ceux qui connaissent l'arabe et le persan, signalent de nombreux mots possibles pour exprimer l'hostilité à l'islam en arabe ou en persan5, mais rien qui ressemble de près ou de loin à « islamophobie ».

Pour en savoir plus sur ceux qui ont inventé le mot « islamophobie », on peut consulter le lien précédent ou celui-ci.

Et c'est donc tout logiquement que les Nations Unies, le Conseil de l'Europe, des personnalités de tous horizons ont repris ce vieux mot français pour désigner l'hostilité envers les musulmans.

1 La xénophobie, c'est la haine des étrangers, or des compatriotes ne sont pas des étrangers. A force de ne pas vouloir appeler les choses par leur nom, on finit par se contredire..

2 J'écarte l'hypothèse d'un mensonge délibéré et malveillant, par prudence rédactionnelle.

3 Comme celle du catholicisme, elle se plante là où même Jocelyn Bézecourt ne fait pas de confusion.

4 Une fois pris en compte le fait que les mots islamisme et islamiste ont en 1910 le sens de religion musulmane et musulman, cette définition de l'islamophobie n'a rien perdu de son actualité.

5 Auxquels il faut ajouter « taghoutis » (diables).

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