Caroline Torquemada Fourest

En conclusion, une journée qui aurait pu être d’hommage aux victimes, à toutes les victimes du terrorisme, d’éloge de la liberté d’expression n’a été qu’une cérémonie d’exorcisme et de chasses au sorcières.

Caroline Fourest a osé dire :

"Pour moi, les gens les plus dangereux ne sont pas les terroristes, mais ceux qui ont raconté partout que la France méritait ce qui lui arrivait, parce qu'elle était 'islamophobe', tout comme Charlie Hebdo". "Depuis le 11 janvier, on se sent moins seul et plus entendu", explique Caroline Fourest. "Mais d'un autre côté, il est bien plus dur de continuer à endurer les calomnies, la mauvaise foi et les procès d'intention en 'islamophobie' des réseaux anti-Charlie après ces massacres. D'autant que nous ne sommes pas à égalité. Il y a d'un côté ceux qui risquent la mort en parlant sur l'intégrisme, et de l'autre ceux qui ne risquent rien à cracher sur les laïques".

C’était à cette occasion :

Cette journée "Toujours Charlie" était organisée aux Folies Bergère par le Printemps républicain, le Comité Laïcité République et la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). Ces trois organisations défendent une conception offensive de la laïcité, contre les "communautarismes" religieux et ethniques. Ce positionnement leur vaut de nombreux opposants, notamment à gauche, où certains dénoncent un combat "islamophobe". L'ancien Premier ministre, Manuel Valls, et la maire de Paris, Anne Hidalgo, étaient également présents.

Il s’agit d’une exploitation indigne des évènements, avec plusieurs mensonges :

1. Les « laïques » ne sont pas les seules, ni même les principales victimes du terrorisme djihadiste, loin de là.

Si on se limite à la seule France1 (liste non exhaustive, mais j’ai veillé à n’oublier aucune personne tuée pour ses opinions « laïques2 ») :

Mohammed Merah, en mars 2012, assassine trois militaires3 puis un professeur et trois enfants d’une école confessionnelle juive.

La Défense, mai 2013 : attaque contre un militaire.

7 janvier 2015 : attentat contre la rédaction de Charlie-Hebdo, qui font 11 morts dont 8 membres de la rédaction. Un policier est ensuite assassiné. Les 8 et 9 suivants, une policière municipale et quatre clients d’un magasin casher sont tués.

3 février 2015 : attaque de trois militaires en faction devant un centre communautaire juif.

10 avril 2015 : attaque contre un militaire à l’aéroport d’Orly.

26 juin 2015 : un homme décapité en Isère

21 août 2015 : 5 blessés dans le train Thalys

13 novembre 2015 : attentats dits « du Bataclan ». 130 morts, des badauds, des spectateurs4.

Janvier 2016 : deux attentats individuels visent un militaire et un enseignant juif.

14 juillet 2016 : 85 spectateurs venus admirer le feu d’artifice de Nice sont tuées.

26 juillet 2016 : attaque contre une église catholique. Le prêtre est égorgé.

9 août 2017 : une attaque blesse 6 militaires

13 et 15 septembre 2017 : des passants sont blessés.

1er septembre 2017 : deux femmes sont tuées à Marseille.

C’est regrettable d’en arriver à trier les morts, mais c’est malheureusement indispensable dès lors qu’il y a instrumentalisation de la mémoire des victimes.

Résumons : la plupart des victimes l’ont été « au hasard », soit parce que les tueurs cherchaient à commettre des meurtres de masse, soit parce qu’il s’agissait de cibles faciles, à la portée d’un assassin sans grands moyens.

Les « victimes ciblées » sont les journalistes de Charlie-Hebdo, des juifs, des catholiques5, des militaires, des policiers. Pas les seuls « laïques ».

Il y a effectivement danger, mais pas pour seulement ces derniers.

Cela constaté, on peut et on doit débattre des moyens d’y faire face :

- renforcer les mesures de sécurité

- développer le renseignement en amont (extérieur et intérieur) et mieux coordonner les services de sécurité

- éviter de « créer des djihadistes » en ayant une politique intérieure et extérieure plus intelligente.

Et probablement d’autres mesures.

Mais pour Caroline Fourest, cela n’a aucune importance : le vrai danger, ce sont ceux qui ne partagent pas ses opinions !

La priorité, ce n’est pas de protéger les Français, les Britanniques, etc.. du risque terroriste, mais de faire taire ses adversaires politiques !

2. Et comme elle ne recule devant aucun mensonge, elle explique qu’ils racontent « partout » que « la France méritait ce qui lui arrivait, parce qu'elle était 'islamophobe ».

L’emploi du « partout » est pratique, car cela dispense de dire où et quand précisément. Ou bien elle invente complètement, ou bien, elle tord la réalité pour désigner tous ceux, qui au-delà de l’indignation face à ces crimes et de la compassion pour les victimes et leurs proches, ont dit qu’il était indispensable de « comprendre » ce qui s’était passé.

Son ami Valls avait également, face à cette démarche, dit que « comprendre, c’était commencer à excuser6 ».

N’en déplaise à Caroline Fourest, Manuel Valls, leurs amis du « Printemps républicain » et tous les autres, « comprendre » signifie peut-être parfois « être compréhensif », mais il signifie aussi et surtout analyser, trouver les causes, prévoir les conséquences : comprendre la théorie de la relativité, la tectonique des plaques, etc..

3. Elle parle de « calomnies », de « mauvaise foi », de « procès d’intention », j’aimerais savoir qui a osé commettre ces crimes monstrueux. Quelques exemples seraient les bienvenus.

4. J’aimerais savoir qui risque la mort plus que les militaires, les policiers, les simples citoyens. Beaucoup de chercheurs, d’universitaires, de journalistes, « parlent sur les intégrismes » et souvent en connaissant le sujet mieux que Caroline Fourest. Sont-ils également menacés ?

5. Et qui crache sans « rien risquer » sur ces « laïques » auto-proclamés ?

Aujourd’hui, certains des « cracheurs » sont victimes de campagne de presse, ce harcèlement sur Twitter ou ailleurs : Rokhaya Diallo par exemple.

En conclusion, une journée qui aurait pu être d’hommage aux victimes, à toutes les victimes du terrorisme, d’éloge de la liberté d’expression n’a été qu’une cérémonie d’exorcisme et de chasses au sorcières.

Les responsables de Daech, d’Al-Qaïda, les financiers saoudiens du terrorisme, etc. peuvent dormir tranquille : on les oublie, les ennemis, ce sont Edwy Plenel, Alain Gresh, Jean Baubérot, etc..

1 En Irak, Égypte, au Pakistan, les victimes sont souvent musulmanes (chiites).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27attaques_terroristes_islamistes

2 Je mets des guillemets, parce que leur idéologie est une instrumentalisation de la laïcité, pas la laïcité.

3 Qualifiés de « musulmans d’apparence » par Nicolas Sarkozy.

4 Les tueurs visaient aussi les spectateurs d’un match de football au Stade de France. Cet attentat a heureusement échoué.

5 Juifs et catholiques sont visés dans des lieux communautaires. Ce sont donc a priori des pratiquants.

6 Ce qui me fait penser à cette maxime attribuée à Staline : « Penser c’est commencer à douter, douter c’est commencer à trahir »

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