Les ONG françaises et l'OMPI (Organisation des moudjahidines du peuple d'Iran)

Régulièrement, des ONG françaises (France-Libertés, le MRAP), des élus, se mobilisent pour dénoncer les violences dont sont victimes, de la part du gouverneemnt irakien, les militants de l'OMPI vivant dans le camp Ashraf. Elles oublient parfois de dénoncer les violences bien plus graves (des dizaines de milliers de morts) qui endeuillent ce pays.

Régulièrement, des ONG françaises (France-Libertés, le MRAP), des élus, se mobilisent pour dénoncer les violences dont sont victimes, de la part du gouverneemnt irakien, les militants de l'OMPI vivant dans le camp Ashraf. Elles oublient parfois de dénoncer les violences bien plus graves (des dizaines de milliers de morts) qui endeuillent ce pays.

L'Organisation des moudjahidines du peuple d'Iran a été créée sous la dictature du Shah et a été férocement réprimée. A cette époque, elle développait une idéologie islamo-gauchiste (pour de vrai, pas un slogan islamophobe), mélange de références religieuses et de slogans révolutionnaires.

Après la révolution iranienne de 1979, elle s'opposera très vite au régime de Khomeini et se lancera dans l'action violente.

Son dirigeant, Massoud Radjavi se réfugie en France en 1981. En 1986, il s'installe en Irak (alors en guerre contre l'Iran) et l'OMPI se lance dans des opérations militaires contre l'Iran depuis le territoire irakien. Ses adversaires l'accusent d'avoir aussi servi de supplétif à Saddam Hussein dans des opérations intérieures, notamment la répression contre les Kurdes.

Avec d'autres organisations politiques iraniennes, l'OMPI a créé le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), mais certains de ses partenaires n'y siégeraient plus.

En 2003, l'OMPI disposait en Irak d'une base dénommée par elle le « camp Ashraf », du nom d'une militante, avec des équipements militaires importants (chars, armes lourdes, etc..).

L'armée américaine désarma le camp et plaça les résidents sous la protection de la 4ème convention de Genève (protection des civils en temps de guerre).

Le gouvernement irakien actuel, proche du régime de Téhéran, a repris le contrôle de l'environnement du camp après le retrait américain. Il multiplie les manœuvres d'intimidation. Il y a régulièrement des affrontements entre l'armée et/ou la police irakienne et les résidents du camp. Le bilan est souvent contesté (3 morts selon les Irakiens, 30 selon l'OMPI pour les derniers).

Le débat :

1, Ses adversaires accusent l'OMPI de dérive sectaire, de développer le culte de la personnalité du couple dirigeant : Massoud Radjavi et son épouse Mariam. Le camp Ashraf serait également une prison et ses résidents n'auraient pas la possibilité de le quitter. Ces accusations sont démenties par la direction de l'OMPI, qui a une technique de lobbying éprouvée, notamment auprès de personnalités et d'ONG françaises.

Personnellement, la visite de leurs sites Internet

http://www.ncr-iran.org/fr/index.php

http://www.maryam-rajavi.com/fr/

me laisse une impression de malaise : le culte de la personnalité de la dirigeante est flagrant. Le qualificatif de « présidente élue de la résistance iranienne » est une arnaque. Élue par qui ? Massoud Radjavi est comme Ben Laden, personne ne l'a vu depuis plusieurs années. Vivant ? Mort ? Tué par qui ? Bref, une organisation sulfureuse.

2, Quelle est sa représentativité ? Personne ne le sait, l'OMPI et le gouvernement de Téhéran ayant tous deux intérêt à la surévaluer. Les raisons de l'OMPI de s'attribuer les manifestations d'opposition au régime iranien sont évidentes. Le gouvernement de Téhéran quant à lui assimile les mouvements d'opposition à l'OMPI, considérée comme traître depuis son alliance avec Saddam Hussein.

3, Le camp Ashraf : Tout gouvernement, y compris le plus démocratique et le plus respectueux des droits de l'homme, qui « récupère » en héritage sur son territoire un camp avec des anciens miliciens, même désarmés, est en droit d'exercer sa souveraineté. Il doit respecter l'intégrité des personnes, conformément à la convention de Genève, ne pas les livrer à des puissances hostiles. Mais il a le droit de les transférer à un ou plusieurs autres endroits. Il peut souhaiter leur faire quitter le territoire national. Reste la question du choix des moyens, mais il faudrait auparavant connaître les raisons avancées par l'OMPI pour refuser toute modification de la situation des résidents du camp.

 

Ce que devrait être la position des ONG françaises qui ne jurent que par l'OMPI:

 

Il y a d'autres personnalités et d'autres forces d'opposition au régime de Téhéran. Elles ne doivent pas limiter leurs contacts à la seule OMPI.

Elles doivent développer des analyses propres, et ne pas se contenter des « prêts à communiquer » de l'OMPI, sans recul, quasiment en temps réel et sans confrontation avec d'autres sources d'information.

Il faut réfléchir avant d'écrire : « à exiger des autorités des Gouvernements d’Irak et des Etats-Unis d’Amérique qu’ils assument pleinement leur responsabilité de protéger. » Pour deux raisons : la phrase est mal foutue, et plus grave, elle pourrait être interprétée comme la demande d'un retour opérationnel de l'armée US.

Il se passe depuis plusieurs années des choses épouvantables en Irak. Il faut en parler aussi et ne pas se focaliser sur les affrontements entre forces irakiennes et OMPI.

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