Le racisme anti-blanc à l'épreuve des faits

Racisme anti-blanc : la réalité des faits.Commençons par le plus simple : les actes racistes contre des « blancs » en France.Pourquoi se limiter à la France ?Pour deux raisons :méconnaissance de ce qui peut se passer en Grande-Bretagne, en Allemagne, etcla situation peut être radicalement différente au Zimbabwe ou dans le Japon avant 1945 (racisme d'État).Si les actes racistes contre des « blancs » étaient aussi nombreux que l'extrême-droite le raconte, des associations spécialisées dans la lutte contre ce supposé racisme et ses variantes hexagonales (anti-français, anti-chrétien) auraient multiplié les plaintes, suivies par les associations antiracistes qui s'affirment universalistes et qui ont reconnu l'existence de ce racisme : LICRA, MRAP. Et ce d'autant plus qu'elles veulent privilégier l'antiracisme de proximité.Examinons donc quelques affaires particulières, dans l'ordre chronologique.

Racisme anti-blanc : la réalité des faits.

Commençons par le plus simple : les actes racistes contre des « blancs » en France.

Pourquoi se limiter à la France ?

Pour deux raisons :

méconnaissance de ce qui peut se passer en Grande-Bretagne, en Allemagne, etc

la situation peut être radicalement différente au Zimbabwe ou dans le Japon avant 1945 (racisme d'État).

Si les actes racistes contre des « blancs » étaient aussi nombreux que l'extrême-droite le raconte, des associations spécialisées dans la lutte contre ce supposé racisme et ses variantes hexagonales (anti-français, anti-chrétien) auraient multiplié les plaintes, suivies par les associations antiracistes qui s'affirment universalistes et qui ont reconnu l'existence de ce racisme : LICRA, MRAP. Et ce d'autant plus qu'elles veulent privilégier l'antiracisme de proximité.

Examinons donc quelques affaires particulières, dans l'ordre chronologique.Les « ratonnades anti-blanc » de 2005.

C'est le terme employé par quelques stars des médias et de la politique. D'autres observateurs ont jugé qu'il s'agissait d'une haine sociale débouchant sur la délinquance, et que l'invocation de racisme permettait d'éluder les vraies questions.

Dans un article du « Point » du 31 mars 2005, Bernard-Henry Lévy répondait :

Mes amis ont-ils perdu la tête ? Prendre la défense de Sébastien quand c'est Sébastien, et non plus Kader et David, que l'on agresse, très bien. Dire et répéter qu'un casseur reste un casseur quelle que soit la couleur de sa peau et quel que soit, surtout, le « malaise social » qu'il invoque, bravo. Mais de là à parler de « racisme », de là à réamorcer cette bombe sémantique qu'est la notion de « racisme anti-Blanc », de là à jouer avec des mots graves, lourds de sens et de sang, chargés de la douleur des siècles, il y a un pas dont je ne comprends pas qu'ils aient pu si allègrement le franchir. Une ratonnade est une ratonnade. Ce sont des hommes et des femmes concrets, concrètement torturés, assassinés, lynchés. C'est tout un appareillage policier, politique, philosophique, scientifique, qui s'appelle, en effet, le racisme et qui débouche sur des meurtres réels qui furent, parfois, des meurtres de masse. Confondre ceci et cela, mélanger la tradition du lynchage et une manif qui tourne mal, penser sous le même mot le tabassage odieux de « Sébastien » et les centaines de morts en pleine guerre d'Algérie, du 17 octobre 1961, amalgamer enfin francophobie et judéophobie en venant, comme Finkielkraut, nous raconter que la première « se répand » comme la seconde et ne « s'en distingue pas », tout cela est ahurissant et relève, dans le meilleur des cas, de la confusion intellectuelle. Attention, oui, amis. Renoncer à bien nommer les choses, c'est, vous le savez aussi bien que moi, ajouter au mal en ce monde. Galvauder les noms de la souffrance, c'est profaner la mémoire des victimes d'hier et se rendre impuissant à secourir celles d'aujourd'hui.

Lire également.

Houria Bouteldja et les « souchiens » (2 juin 2007)

Dans une émission télévisée, elle emploie de terme « souchien »

« On met toujours la focale sur les quartiers populaires (…) en déficit de connaissances, de conscience politique, il faut les éduquer, etc. et on occulte complètement le reste de la société et ses privilèges (…) et moi, j'ai envie de dire : c'est le reste de la société qu'il faut éduquer, (…) c'est le reste de la société occidentale, enfin de ce qu'on appelle, nous, les souchiens — parce qu'il faut bien leur donner un nom —, les Blancs, à qui il faut inculquer l'histoire de l'esclavage, de la colonisation… […] la question de l'identité nationale, elle doit être partagée par tout le monde et c'est là qu'il y a un déficit de connaissances. »

La polémique naît du fait que certains affirment avoir « entendu le trait d'union », c'est-à-dire « sous-chiens ».

Finalement, Houria Bouteldja a été relaxée en première instance (25 janvier 2012) et en appel (19 novembre 2012).

Il faut noter que le terme « souchien » avait été employé six semaines auparavant par Jean-Louis Borloo, sans que personne « n'entende le trait d'union ». Des militants d'extrême-droite ont repris par la suite le terme pour s'en glorifier.

L'affaire de Perpignan (avril 2010)

Une violente altercation aurait opposé un couple « blanc » à des « non-blancs », qui auraient proféré des injures racistes contre les « blancs » et les Français.

Le MRAP 66 a d'abord eu l'intention de défendre les victimes présumées, mais...

- les agresseurs présumés nièrent les faits, et en l'absence de témoins, c'était « parole contre parole », avec application de la présomption d'innocence.

- le discours des victimes présumées allait au-delà de la simple narration, était un discours très structuré, celui des militants politiques d'extrême-droite qu'ils étaient.

L'analyse du contexte politique a été faite sur ce site, donc je cite la conclusion :

En fait, en ce début 2010, la pression a grandi contre les associations antiracistes concernant la reconnaissance de l’existence du fameux racisme anti-blanc : même la LICRA , pourtant la plus modérée de ces associations officielles, qui a déjà approuvé la notion de racisme anti blanc par le passé a été violemment mise en cause dans les colonnes du Figaro,  pour ne pas s’être alignée sur ceux qui voient dans chaque agression, dans chaque fait divers une manifestation de la prétendue oppression de la majorité par les minorités : le journaliste en question s’appelle Ivan Rioufol, et c’est lui qui fait notamment la promotion de la prétendue affaire Marie Neige Sardin, citée plus haut dans notre article.

L’histoire des martyrs de Perpignan est effectivement édifiante : elle marque le moment où toute une partie de la gauche et de l’extrême gauche a conclu d'office à la validité d'un concept clef de la stratégie fasciste.

L'extrême-droite catholique s'était réjouie de ce ralliement du MRAP à ses thèses sous le titre « Le MRAP rejoint l'AGRIF »

Il faut aussi signaler cette réaction d'un commentateur sur le blog du MRAP 66.

Des propos et actes racistes doivent être sanctionnés sans hiérarchisation des victimes. Un racisme anti-blanc est aussi grave que les autres formes de racisme.

Si les faits relatés par Myriam, sont confirmés lors de l’enquête policière, alors les agresseurs devront être sanctionnés pour propos et actes racistes.

Mais que Myriam ne nous prenne pas pour des imbéciles, elle n’est pas seulement une locataire victime d’une agression, elle est aussi une personne dont le discours très structuré traduit une proximité idéologique avec l’extrême-droite

Dans la vidéo indiquée ci-dessous, après un exposé des faits, elle dérive très vite dans un discours très politique emprunté à l’extrême-droite et mettant en cause les magistrats, les juges, le syndicat de la magistrature coupables de laxisme (vieille ritournelle de l’extrême-droite)

Elle insiste sur le soutien qu’elle reçoit de l’AGRIF, officine d’extrême-droite et tout particulièrement de son leader Bernard Antony extrémisme chrétien intégriste lié à la fraternité pie X. Elle s’exprime aussi avec complaisance sur la radio d’extrême-droite "radio-courtoisie".

Parallèlement à ces liens affirmés elle se lance dans les accusations contre la LICRA (bête noire des intégristes chrétiens) ,du CRAN , de Dominique Sopo etc… etc.

Myriam a sans doute été victime de propos racistes, mais elle est aussi une personne dont les références et les discours ne laissent planer aucun doute sur la sensibilité politique ni n’aident à la paix civile. Ajoutons que les nombreux soutiens qu’elle reçoit de la part des réseaux internet de la haine raciste ne tiennent sans doute pas du hasard.

Je n'ai pas trouvé de trace d'une quelconque suite judiciaire à cette affaire, s'il y en a eu une. Le « sans doute » du texte ci-dessus serait donc de trop.

L'agression dans le RER (septembre 2010)

La LICRA avait annoncé qu'elle prendrait la défense1 de victimes de « racisme anti-blanc ». L'affaire est la suivante : deux personnes en agressent violemment une troisième, pour des motifs indéterminés. Un seul des deux agresseurs a été présenté au tribunal, l'autre n'a pas été identifié. Selon le prévenu, lui-même « blanc », c'est l'autre qui aurait proféré les insultes. Le jugement de première instance avait condamné le prévenu pour agression, sans reconnaître le caractère raciste de l'agression. Le Cour d'appel en a décidé autrement.

Les jets de cailloux dans une église de Carcassonne (mai 2012)

Il ne s'agirait plus de « racisme anti-blanc », mais de « racisme anti-chrétien ». Les faits sont les suivants : de jeunes imbéciles ont lancé des cailloux sur les fidèles lors d'un office.

Les responsables religieux et la police ont écarté la thèse de l'affrontement communautaire :

"Nous dénonçons un acte stupide d'adolescents, agaçant, mais peu grave" a déclaré à l'AFP la responsable de la communication du diocèse de l'Aude Sarah Jaffé qui se refuse à employer le terme de "caillassage" utilisé dans la presse locale.

"Nous souhaitons éviter toute récupération ou amalgame" lié à l'origine ethnique apparente des jeunes trublions, a-t-elle ajouté en soulignant les "très bonnes relations (de l'église) avec la communauté musulmane".

« Commentaires du directeur départemental de la sécurité publique : "Des sauvageons qui font des bêtises, des gamineries...»

Bien entendu, l'extrême-droite s'est ruée sur l'incident, alors que rien ne permet de conclure à une motivation raciste2.

Ce qui est plus surprenant, c'est que le MRAP ait repris le même thème en comparant ce jet de cailloux à des inscriptions racistes sur une mosquée à Strasbourg. Alors que les agressions contre des lieux de culte ou communautaires musulmans ou juifs sont presque3 toujours clairement motivés par le racisme (inscriptions explicites, croix gammées, dépôt d'objets considérés comme impurs par les fidèles), rien dans cette affaire ne permettait de conclure à une motivation raciste.

L'affaire du « népalais » (juillet 2012).

L'auteur, condamné, souffrant de troubles psychiques, était de plus sous l'emprise de l’alcool. Il aurait pu tout aussi bien traiter sa victime de "sale noire" ou "sale arabe" si elle avait été noire ou arabe.

Il s'agit d'un fait divers, d'une querelle de voisinage, où les injures racistes viennent en plus. Rien à voir avec du "racisme anti-blanc".

Conclusion provisoire.

Y a-t-il en France des discriminations institutionnelles contre les « blancs » ? Non.

Y a-t-il un appareil idéologique, ou plusieurs, dénonçant les blancs comme la source de tous les maux, comme on a dénoncé hier les juifs et aujourd'hui les musulmans ? Non.

Y a-t-il une collection de faits divers où des « blancs » sont victimes parce que « blancs » ? Les faits jugés sont trop peu nombreux et les motivations trop imprécises pour qu'au-delà des actes racistes, on puisse conclure à l'existence d'un racisme anti-blanc.

1 A ma connaissances, le MRAP ne l'a pas fait et n'envisagerait pas de la faire.

2 Ceux qui connaissent un peu les faits-divers d'antan pourraient citer de nombreux exemples d'actes similaires commis par des catholiques de souche dans des églises ; goût de la transgression, alcool, etc..

3 Je dis presque car il y a des exceptions : des vols dans les cimetières pour revendre des métaux ou des objets d'art à des collectionneurs, et aussi ce saccage des tombes musulmanes dans un cimetière militaire, parce que les stèles étaient plus faciles à renverser que les croix (sic).

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