Racisme anti-blancs : vrais débats et fausses accusations

Bref rappel historique :Lors de son congrès de 2012 (AG avec élection d'une nouvelle direction), la motion d'orientation a validé la notion de « racisme anti-blanc ».L'introduction de ce thème importé de la propagande d'extrême-droite a déclenché des réactions tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du mouvement.Les contestataires internes, minoritaires, ont publié en décembre 2013 un texte refusant cette notion, qui est en ligne sur le blog Repères antiracistes.Lors de l'AG 2014, une résolution présentée par le comité local de Mont-de-Marsan a été adoptée à une très large majorité.Elle se veut une réponse au texte des minoritaires, mais est en réalité une déformation polémique de leurs thèses, pour mieux les discréditer.Je vais en faire l'analyse en suivant le déroulé de la résolution de Mont-de-Marsan, adoptée par l'AG nationale du MRAP, bien qu'elle alterne, sans plan défini, fausses citations du texte de décembre 2013 et arguments pour justifier les thèses majoritaires.

Bref rappel historique :

Lors de son congrès de 2012 (AG avec élection d'une nouvelle direction), la motion d'orientation a validé la notion de « racisme anti-blanc ».

L'introduction de ce thème importé de la propagande d'extrême-droite a déclenché des réactions tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du mouvement.

Les contestataires internes, minoritaires, ont publié en décembre 2013 un texte refusant cette notion, qui est en ligne sur le blog Repères antiracistes.

Lors de l'AG 2014, une résolution présentée par le comité local de Mont-de-Marsan a été adoptée à une très large majorité.

Elle se veut une réponse au texte des minoritaires, mais est en réalité une déformation polémique de leurs thèses, pour mieux les discréditer.

Je vais en faire l'analyse en suivant le déroulé de la résolution de Mont-de-Marsan, adoptée par l'AG nationale du MRAP, bien qu'elle alterne, sans plan défini, fausses citations du texte de décembre 2013 et arguments pour justifier les thèses majoritaires.

Les extraits de la résolution adoptée sont en italique ceux du texte de décembre 2013 sont en italique souligné.

Les minoritaires auraient écrit :

« - 2) le racisme est une création du monde occidental et blanc avec le colonialisme et l'esclavagisme »

Ils ont écrit ceci :

La reprise de cette rhétorique de « racisme anti-Blancs » coloniale, « néocoloniale » et « post-coloniale », ne vise-t-elle pas, de manière implicite, principalement, les comportements réactionnels des filles et fils des jeunes « beurs » qui ont marché il y a 30 ans pour l'égalité, jeunes des banlieues urbaines mis dans une situation de disqualification sociale ?

Ce qui est très différent :

Ils auraient écrit :

« - 3) le racisme qui n'émane pas des « dominants » (sous-entendu les blancs) n'est pas du racisme mais relève de  "comportements réactionnels". »

Ils ont écrit en réalité :

Jusqu'à preuve du contraire, à part le fait de s'appuyer sur des faits divers qu'il ne s'agit pas de nier, mais qui ne relèvent pas du racisme, et de s'arrimer à un discours bien audible par le commun des mortels, compte tenu du matraquage médiatique amplifiant fantasmes et ressentis de peur de l'autre, de l'étranger, du « basané »…, cette orientation ne repose sur aucune référence sérieuse qu'elle soit historique, sociologique, philosophique ou politique.

Il s'agit de l'approche inverse : partir des faits, pour voir comment les qualifier. Et non pas partir d'un concept théorique pour le transformer en un autre.

Suivent ensuite des essais pour démontrer la fausseté de la thèse liant racisme et rapports de domination.

Les auteurs de la résolution adoptée tentent un raisonnement par l'absurde :

partir de cas de racisme incontestables

démontrer (sic) qu'ils ne sont pas liés à des rapports de domination

et en conclure que les minoritaires nient l'existence du racisme.

Exemple n° 1 :

« Selon la logique dominant-dominé, l'antisémitisme n'existerait  plus dans la société française.

En effet les juifs ne peuvent plus être victimes de racisme  puisqu'ils ne sont ni dominants ni dominés, et qu'ils ne subissent pas le système discriminatoire dans l'emploi,  le logement, les loisirs. »

Réponse:

"s'inscrit dans un rapport de domination" signifie qu'il vise à conforter un rapport de domination (celui existant ou un autre qu'on veut lui substituer). L'antisémitisme français et européen moderne a pris la suite, sans le remplacer totalement, de l'anti-judaïsme chrétien au XIXème siècle. C'est l'époque où les juifs, ayant obtenu l'égalité civile, prennent place dans la société civile : entreprises, professions intellectuelles, armée.

Beaucoup défendent des valeurs progressistes et sont donc victimes d'un antisémitisme orchestré par ceux qui défendent le système de domination existant (et leur place).

Cette défense passe aussi par la désignation de "boucs émissaires", afin de détourner la colère populaire.

On est donc en plein dans des questions de domination.

Certes, il n'y a plus de discriminations antisémites, mais il reste des actes et des théories antisémites essentiellement  à l'initiative de l'extrême-droite, qui veut imposer son "système de domination".

Exemple n° 2

« Les malheureuses victimes juives de Merah ne seraient alors plus les victimes d'une barbarie raciste, mais celles d'un fait divers certes tragique, mais non raciste, car leur assassin était un « dominé » de la société. »

Réponse :

Faut-il rappeler que le djihadiste Merah a commencé par tuer des militaires français, qui n'étaient pas juifs, que sa logique meurtrière et sectaire va au-delà de l'antisémitisme ? Pourquoi ne parler que des victimes juives ? Pourquoi ne pas parler de l'incurie (au minimum) de la DCRI ?

Exemple n° 3

« Ainsi en  2012, la descente  d'une partie des habitants de la cité des créneaux à Marseille  sur un camp Rom voisin , n'est plus une manifestation raciste anti-rom, mais un simple « fait divers… qui ne relève pas du racisme ! » car les riverains étaient des dominés d'un quartier populaire. » 

Réponse :

Ce n'est hélas pas la première fois que des situations d'oppression et de discrimination subies débouchent sur des affrontements "victimes contre victimes".

On peut élargir ce phénomène : pogrom anti-italiens d'Aigues-Mortes, pogroms antisémites en Russie, affrontements entre communautés immigrées dans divers pays.

On pourrait aussi parler des affrontements réguliers entre "gitans" et "arabes" à Perpignan, du clientélisme des pouvoirs locaux "blancs".

Mais il faut les replacer dans le contexte général :

discriminations subies par les uns et les autres de la part d'une société et d'un pouvoir qui leur sont extérieurs. Et on retomberait sur les "rapports de domination".

Nouveaux arguments et nouvelles falsifications:

Ils auraient également défendu la thèse que :

« Et l'homme blanc créa le racisme !. »

Calquant leurs analyses sur les groupuscules comme celui  des indigènes de la république,  nos camarades font l'analyse que le racisme est le fruit d'un monde occidental et blanc  ui aurait créé  pêle-mêle le colonialisme, l'esclavage et donc le racisme.

Alors qu'ils ont simplement écrit que les théories du "racisme anti-blanc" servaient à disqualifier des revendications légitimes.

« L'histoire de l'humanité fourmille pourtant d'exemples de mises en esclavage, de soumissions de peuples, d'accaparement des richesses de peuples soumis, de pogroms, ceci sous toutes les latitudes  et dans toutes les civilisations. »

Auquel on peut répondre que :

La référence aux "soumissions de peuples" et "accaparement de richesse" ne signifie-t-elle pas "enjeux de domination" ?

Plus récemment le massacre des musulmans de Bosnie par le régime Serbe, les violences anti-chinoises en Indonésie, le  génocide du Rwanda, mais aussi l'apartheid subi par les palestiniens, les indiens mapuches  ou le peuple kurde,  procèdent d'un dénominateur commun : le racisme.

Certes, mais ces violences trouvent leur origine dans :

- la volonté de recréer une Grande Serbie orthodoxe. Milosevic et ses partisans se servent de cette idéologie comme argument dans leur conquête du pouvoir sur les ruines de la Yougoslavie.

- l'opposition entre immigrés chinois et autochtones indonésiens pour le contrôle de la terre et de l'économie (comme dans beaucoup de pays de l'Asie-Pacifique)

- la volonté d'éliminer le groupe présumé dominant (l'aristocratie des éleveurs tutsis, opposée aux agriculteurs hutus), ce clivage ayant été accentué par les jeux pervers du colonisateur,

- la volonté sioniste d'occuper toute la Palestine, comme les Yankees voulaient tout le Far-West pour eux et leur bétail

- la question mapuche, comme celle de tous les indigènes d'Amérique du Sud, est comparable à celle des indigènes d'Amérique du Nord : contrôle de la terre, des ressources naturelles,

- s'agissant des Kurdes, difficile de parler d'apartheid. Il y a répression surtout en Turquie, au nom d'une idéologie héritée des Jeunes Turcs et du kémalisme : la Turquie doit être ethniquement homogène pour être puissante (d'où le génocide arménien).

Donc à chaque fois, il y a des enjeux de pouvoir, de richesse, de domination.

On n'est pas raciste pour le plaisir d'être raciste, mais pour justifier une domination, ou pour se consoler d'être dominé en trouvant plus dominé que soi à mépriser et haïr.

A nouveau, l'exposé partial et tendancieux des thèses minoritaires :

Rien n'est mieux partagé que la barbarie raciste, ce n'est pas une spécificité occidentale.

Faire du racisme une spécificité blanche et occidentale relève de la théorie du choc des civilisations et d'une vision binaire du monde. Un axe du mal occidental et raciste se substituant à l'axe du mal musulman théorisé par les néo-conservateurs américains.

Ces thèses ne sont jamais énoncées par les minoritaires.

Les minoritaires videraient ensuite de sa substance la loi de 1972 contre le racisme :

Un racisme avec circonstances atténuantes !

De fait, c'est la loi de 1972, elle-même qui est alors remise en cause, puisqu'elle ne devrait plus sanctionner que les supposés dominants coupables de racisme et exclure de son champ d'intervention les supposés dominés commettant les mêmes actes banalisés en comportements réactionnels.Le filtrage dominant-dominé conduit en effet nos camarades à déqualifier un acte raciste commis par un « dominé », en le qualifiant pudiquement de « comportement réactionnel ». (texte collectif du 5 décembre 2013)

La problématique est inverse :

Face à un acte déterminé (cf. billet précédent), s'agit-il d'une acte raciste au sens de la loi de 1972, que personne ne remet en cause ?

Dans un deuxième temps, si cet acte est reconnu comme raciste (car motivé par l'appartenance de la victime etc..) s'inscrit-il dans un racisme systémique et organisé ?

Par exemple, dire des Auvergnats "quand il y en a un ça va, c'est quand il y en a plusieurs qu'il y a des problèmes" serait raciste, mais cela autorise-t-il à parler de l'émergence d'un racisme anti-auvergnat ?

C'est le texte de la résolution adoptée qui inverse la méthode en cherchant à savoir d'abord si l'auteur présumé est un dominant ou un dominé!

Et enfin la « reductio ad PIRum »

Citation : « La reprise de cette rhétorique de « racisme anti-Blancs » coloniale, « néocoloniale » et « post-coloniale »,  ne vise-t-elle pas, de manière implicite, principalement, les comportements réactionnels des filles et fils des jeunes « beurs » .

 C'est là un copier-coller de la thèse défendue par le groupuscule « parti des indigènes de la république » qui racialise tous les enjeux de société et déclare «  Un Noir ou un Arabe qui dit « sale Blanc » exprime au pire un sentiment d’intolérance ou de haine en réaction aux humiliations qu’il subit, un Blanc qui dit « sale Noir » ou sale Arabe » exprime forcément un sentiment raciste

A laquelle il est facile de répondre :

Ce n'est pas un « copier-coller », il suffit de lire les deux textes. Et la définition du copier-coller. Un mot en commun ne fait pas un « copier-coller »

Dans ce cas, on pourrait tout aussi bien dire que la thèse du "racisme anti-blanc" défendue par le MRAP est un « copier-coller » de celle du FN, mais je n'aurai pas cette audace.

Le PIR est ce qu'il est, et ce qu'il raconte n'est pas forcément judicieux. Mais la direction du MRAP s'est polarisé sur le PIR et ses alliés supposés (mouvements dits communautaires), en négligeant totalement le vrai danger : la mouvance Soral.

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