Céline, l'abjection, le fric et la censure

La veuve de Céline autorise la réédition des œuvres antisémites de son époux. Avant, elle refusait. Pourquoi ?

Les éditions Gallimard vont rééditer les abjectes œuvres antisémites de Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline : "Bagatelles pour un massacre, L'école des cadavres, les Beaux draps".

Serge Klarsfeld s'oppose à cette réédition, pour des raisons que je partage.

Pour moi, le talent, supposé ou réel, de l'écrivain n'est pas une circonstance atténuante, mais au contraire une circonstance aggravante. En effet, si les Céline, Rebatet, Brasillach, etc.. s'étaient exprimés comme s'exprimait la marionnette de Frank Ribéry aux "Guignols", l'antisémitisme aurait certainement eu moins d'adeptes, car il serait passé pour une idéologie de débiles.

Même s'il y a une préface replaçant l’œuvre dans son contexte et s'en démarquant, il y aura des gens pour l'acheter, non pas pour admirer le style du "Grand-écrivain-après-qui-plus personne-ne-peut-écrire-comme-Anatole-France", non pas pour comprendre comment ce dévoiement a pu se produire, mais pour pouvoir dire "Tu as vu ce qu'il leur met, aux ..., quel homme !".

Pendant longtemps sa veuve s'était opposée à cette réédition. Avait-elle honte ? Voulait-elle rendre présentable la mémoire de son idole ?

En 1975, Philippe Ganier Raymond avait publié : "Une certaine France, l'antisémitisme 40-44". Il avait choisi de présenter de longs extraits de ce qui s'était écrit et dessiné de pire pendant cette période.

ganier-raymond

Il y avait cet avertissement au début de l'ouvrage :

L'auteur et l'éditeur sont parfaitement conscients d'avoir, à plusieurs reprises, outrepassé le droit de citation. Il leur est apparu en effet que certains textes, si terrifiants qu'ils fussent, et parce qu'ils étaient terrifiants, de devaient pas être tronqués.

Ils se tiennent, par conséquent, à la disposition des auteurs, ou de leurs ayants droit, pour leur régler les royalties auxquels ils pourraient prétendre.

Philippe Ganier Raymond et André Balland.

Cette précaution n'a pas suffit, puisque que Mme Destouches a obtenu d'un tribunal que les textes de son époux soient retirés de l'ouvrage.

Comme il était déjà imprimé, les exemplaires ont été vendus avec des pages arrachées par décision de justice.

J'en ai un, avec les pages 165 à 174 qui manquent, plus quelques pages de photos. Mais ce qui reste est encore effrayant.

Maintenant, quelques sont les raisons de Mme Destouches et de Gallimard pour rééditer toute cette horreur ? L’appât du gain ?

 

 

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