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 Comme vient encore de le rappeler le 22ème rapport du mal-logement de la Fondation Abbé Pierre, la plupart des indicateurs sont au rouge. Près de 15 millions de personnes sont aujourd’hui victimes de la crise du logement et soumises à des formes plus ou moins graves de mal-logement : 4 millions sont mal logées et 12 millions fragilisées dans leur rapport au logement (dont un million entrent dans ces deux grandes catégories).

Et l’agglomération toulousaine n’est pas épargnée, loin de là !

 

Alors que la ville de Lille vient de décider, après Paris, l'encadrement des loyers, M. BIASOTTO, adjoint à l’Habitat du Maire de Toulouse écarte l’idée de la mise en place de ce nouvel outil créé par la loi ALUR en 2014 dans un article de la Dépêche paru le 3 février dernier. Celui-ci s’appuie sur les chiffres de l’observatoire des loyers, créé suite à cette même loi, pour estimer que la tendance à l’augmentation serait « raisonnée » et que Toulouse resterait une « ville accessible ».

 Nous ne devons pas habiter dans la même ville car c’est plutôt une difficulté croissante à se loger pour un loyer abordable que beaucoup observent par eux-mêmes.Faut-il rappeler qu’entre 2002 et 2014, les loyers dans les grandes agglomérations ont augmenté de 55 %, soit deux fois plus vite que l’inflation.

 Sûrement faut-il commencer par regarder un peu plus finement les chiffres de l’observatoire toulousain, car on peut faire dire ce qu’on veut à des chiffres si on explique pas comment ils sont calculés et de quoi on parle.

  1. Une augmentation de 0,3 €/m²/mois représenterait une augmentation moyenne de 216 €/an pour un logement de 60 m², ce qui n’est pas négligeable pour des personnes dont les ressources sont contraintes.

  2. Comme cette moyenne est calculée en incluant les logements qui n’ont pas changé de locataires, cela se traduit par des augmentations beaucoup plus fortes pour les logements dont le locataire change.

  3. De plus, si les grands logements ont des loyers plus abordables au m², ils sont de moins en moins nombreux et ils sont remplacés par des petits logements pour lesquels les loyers sont proportionnellement beaucoup plus chers (en moyenne : 9 €/m² pour un T4, 14,3 €/m² pour un T1 soit 50 % de plus).

 En résumé, petit à petit, les loyers deviennent inaccessibles pour beaucoup et, les classes populaires et moyennes sont progressivement chassées des lieux les plus attractifs, notamment du centre-ville de Toulouse. Les travaux menés par la Fondation Abbé Pierre dans douze grandes agglomérations confirment que 60 % des ménages ne peuvent accéder, dans des conditions correctes, au parc locatif privé. La conséquence est un report vers la demande de logement social ou vers des fractions dégradées du parc privé, ou des taux d’effort déraisonnables.

 Comme le détaille le rapport 2017 de la Fondation Abbé Pierre, l’encadrement des loyers à Paris donne des premiers résultats modestes mais encourageants. Ainsi, selon l’Olap (Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne), 30 % des nouveaux emménagés à Paris en 2015 ont bénéficié d’une baisse de loyer, une proportion inédite. Et, contrairement aux prévisions alarmistes, très peu de contentieux sont apparus et il n’y a pas eu de fuite des investisseurs.

 « Nous sommes contre le principe d'encadrement des loyers pour ne pas casser l'attractivité de la métropole et ne pas envoyer de signes négatifs aux investisseurs. » indiquait M. BIASOTTO pour justifier le refus de l’encadrement des loyers.

Cette phrase d’un élu, ancien agent immobilier et récent soutien d’Emmanuel MACRON, témoigne des réels objectifs poursuivis : favoriser l’embourgeoisement de Toulouse et permettre aux professionnels de l’immobilier de continuer leurs business inflationniste en faveur de la bulle immobilière au détriment des habitants qu’ils soient locataires ou propriétaires.

Ces mêmes milieux qui n’ont cessé de faire du lobbying ces dernières années pour s’opposer au décret de la loi ALUR qui, contrairement aux cris d’orfraie de ces « importants », n’avait pour objectif que de freiner les abus les plus importants comme les augmentations de loyers à la relocation. D’ailleurs si l’encadrement des loyers était une catastrophe, pourquoi autant de villes l’appliquent elles avec une certaine réussite dans des cas aussi divers qu’en Allemagne, Suède, Pays-Bas ou Suisse ?

Tous les élus métropolitains, à commencer par la Vice-Présidente à l’Habitat Mme TRAVAL-MICHELET, partagent-il la position de M. BIASOTTO ?

 Le DAL Toulouse31 souhaite la mise en place de l’encadrement des loyers par Toulouse Métropole afin de lutter contre l’inflation des prix de l’immobilier qui asphyxie les locataires et pénalise aussi les propriétaires et ceux qui aspirent à l’être, sans être dans une démarche de spéculation.

 En premier lieu, nous demandons à ce que :

  • les données de l’observatoire soient partagées en opendata afin que tous les habitants de l’agglomération puissent savoir précisément quels sont les niveaux de loyers dans les différents quartiers,

  • qu'un débat public ait lieu lors des prochains Conseil métropolitain et municipaux  lors duquel il n’y a aucun point à l’ordre du jour sur la politique de l’habitat, Le DAL sera en tout cas présent pour interpeller les élus et écouter leurs débats.

DAL Toulouse31-No Vox International

 

Un toit c'est un droit!!

 

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