François Piquemal
Violette, rose, verte, jaune, rouge et noire, bref Toulouse. Donner des éclats d'écologie et de solidarité à la capitale de la chocolatine.
Abonné·e de Mediapart

68 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 juil. 2016

Sous les flots de la piscine, le droit à la ville pour tou-te-s!

Quiconque a eu l’opportunité de survoler Toulouse en avion a aperçu par le hublot un nombre important de rectangles bleus, parfois même des losanges et des cercles. Toutes ces formes géométriques azurées peuvent étonner, mais lorsqu’on connaît Toulouse l’été et son effet chaudron, on comprend l’avantage qu’il y a à avoir un point d’eau dans son jardin quand on a la chance d’en avoir un...

François Piquemal
Violette, rose, verte, jaune, rouge et noire, bref Toulouse. Donner des éclats d'écologie et de solidarité à la capitale de la chocolatine.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’été dernier fut d’ailleurs émaillé d’histoire de piscines. Ainsi les habitués de la presse locale ont pu voir régulièrement des articles sur les « squatteurs » de piscine, des «hordes de jeunes » dixit notre journal préféré connu pour ses titres chocs, s’introduisant dans les piscines des résidences privées pour profiter d’un point d’eau. Ces intrusions ont quelquefois été accompagnées d’invectives et d’insultes, beaucoup plus rarement de coups. Ce phénomène déboucha même sur l’arrestation d’un adolescent, Yacuba, accusé à tort d’avoir participé à une rixe en bord de piscine (confondu avec un autre en réalité, Yacuba était d’ailleurs chez lui ce jour là…), et qui avant d’être innocenté a quand même effectué deux mois de prison…

Au-delà du fait divers et des violences inadmissibles mais heureusement rares dont ont pu être l’objet des riverains, derrière les squats de piscine et leur eau chlorée se pose en fait la question du droit à la ville pour tou-te-s… Car face à ce phénomène des « squats » de piscine il faut tout de même conclure à un manque d’accessibilité et d’équipement public aquatique. Seule la députée de Haute-Garonne et deuxième adjointe au Maire de Toulouse, Laurence Arribagé, n’a pas su voir de corrélation entre la fermeture successive des piscines de quartiers et l’augmentation des « squats » des piscines privées. En effet Laurence Arribagé ne cumule pas que des mandats mais aussi quelques contradictions, elle qui avait annoncé un « plan Marshall » pour les piscines toulousaines, ça ressemble plutôt à la RDA avant la chute du mur…

En effet, nombre de piscines de quartier prennent l’eau ces derniers mois (ce jeu de mot est un hommage à La Dépêche) : la piscine Pradier, celle de Cugnaux, celle en cours d’Ancely (nous y reviendrons), celles qui doivent être rénovées mais où la Mairie ne veut pas s’engager : comme celle d’Alban-Minville à Bellefontaine, la piscine Jany des Argoulets (trop petite au vu de sa fréquentation), et bien sûr les quartiers ou aucun équipement n’existe : Montaudran, Cartoucherie... Cette mise en péril des piscines de quartier participe à la ségrégation spatiale et font de la piscine un bien individuel plus que collectif. Derrière cette question c’est bien une manière de poser le vivre ensemble qui se pose. Car oui nous avons tou-te-s en tête les piscines de quartier où les enfants crient, se poussent malgré les interdictions des maîtres nageurs que les ados narguent mais qu’ils sont bien contents de savoir là en cas de pépin ou de crampe en plein milieu du bassin… C’est aussi cette jeune mère de famille qui fait son aqua-gym, cette ancienne bonnet de bain sur la tête qui fait tranquillement ses longueurs, ce quarantenaire qui sort du travail et espère échapper sous l’eau aux soucis du boulot.

Bref, les piscines de quartiers c’est aussi notre vie ensemble et elles permettent d’être un lieu pour cimenter du lien au-delà des différences de chacun. Un lien de plus en plus distendu par les logiques de séparation socio-spatiale, par les interactions exacerbées dans les grandes métropoles. Cet enjeu, les habitant-e-s du quartier d’Ancely l’ont bien compris, eux qui se battent pour la sauvegarde de leur piscine de quartier. Ces irréductibles sont d’ailleurs plus proches des romains que des gaulois pour le coup, eux qui sont d’un quartier situé à quelques dizaines de mètres des Arènes romaines. Car si un historien de la piscine existe, il ne pourra éluder l’héritage de la civilisation romaine sur cette question avec les Thermes, et l’importance du lien dans nombre de cités antiques de ceux-ci. D'ailleurs la piscine romaine d'Ancely croupit toujours dans la cave d'un immeuble depuis sa découverte en 1966, et mériterait que l'on mette les moyens pour effectuer des fouilles archéologiques.

Dans cette lignée les piscines doivent être vues comme un véritable outil de service public et de vivre ensemble et non comme un bien privé auquel seuls ceux qui peuvent se payer une piscine auraient droit. Alors que Toulouse avec la piscine Nakache possède la plus grande piscine de France avec un bassin de 150 mètres et une plage pouvant accueillir 9 000 personnes, ce qui n’a pas empêché sa fermeture jusqu’au 27 juin dernier pour cause d’Euro 2016, Toulouse doit aussi se doter et réaménager ses piscines de quartier afin que tou-te-s ses habitant-e-s puissent en profiter, à fortiori ceux qui ne partent pas en vacances et qui bien souvent sont les mêmes qui ne peuvent se payer une piscine sur un espace qu'ils ne possèdent pas.

La piscine est donc une question de droit à la ville mais doit aussi nous interroger sur l’impact écologique d’une politique municipale délaissant les piscines de quartier. En effet, les constructeurs s’adaptent de plus en plus et les particuliers peuvent désormais trouver des modèles « XS ». Il n’est pas question de jeter ici la pierre aux personnes installant une piscine chez elles, beaucoup s’ils en avaient l’occasion le feraient, moi le premier. Cependant on ne peut continuer l’hypocrisie « développement durable » sans qu’il y ait une véritable politique collective de gestion des ressources et de l’eau utilisée dans les piscines en particulier. Il est certain que si tous les quartiers étaient dotés de piscines fonctionnelles, beaucoup de personnes préféreraient mettre leur argent dans d’autres postes de dépense qu’une piscine. Il y a donc une véritable question écologique qui est posée par la gestion municipale des piscines, peut être Jean Luc Moudenc, le maire de Toulouse, s’en est il rendu compte lui qui a contredit son adjointe récemment en annonçant aux habitant-e-s d’Ancely que la Mairie allait prendre en charge la rénovation de leur piscine pour moitié à condition que le conseil départemental s'engage lui aussi même s'il nie la validité d'une convention obligeant la Mairie à réparer la piscine.  Un nouveau bras de fer entre Mairie et Conseil Départemental pendant que les habitant-e-s attendent, car la piscine de l’avenir doit bien être dans les quartiers, accessible à tou-te-s et pas réservée aux ghettos de riches.  Sous les flots du bassin c’est en fait les questions sociales, écologiques, de sécurité et de vivre ensemble que l’on trouve si nous plongeons les yeux ouverts.

À la Une de Mediapart

Journal — États-Unis
Devant la Cour suprême, le désarroi des militantes pro-avortement américaines
Sept ans presque jour pour jour après la légalisation du mariage gay par la Cour suprême des États-Unis, celle-ci a décidé de revenir sur un autre droit : l’accès à l’avortement. Devant l’institution, à Washington, la tristesse des militants pro-IVG a côtoyé la joie des opposants.
par Alexis Buisson
Journal
IVG : le grand bond en arrière
L’arrêt « Roe v. Wade », qui a été abrogé par six voix pour et trois contre, avait fait, il y a 50 ans, de l’accès à l’IVG un droit constitutionnel. La décision de la Cour suprême n’est pas le fruit du hasard. Le mouvement anti-IVG tente depuis plusieurs décennies de verrouiller le système judiciaire.
par Patricia Neves
Journal — Parlement
Grossesse ou mandat : l’Assemblée ne laisse pas le choix aux femmes
Rien ou presque n’est prévu si une députée doit siéger enceinte à l’Assemblée nationale. Alors que la parité a fléchi au Palais-Bourbon, le voile pudique jeté sur l’arrivée d’un enfant pour une parlementaire interroge la place que l’on accorde aux femmes dans la vie politique.
par Mathilde Goanec
Journal
Personnes transgenres exclues de la PMA : le Conseil constitutionnel appelé à statuer
Si la loi de bioéthique a ouvert la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, elle a exclu les personnes transgenres. D’après nos informations, une association qui pointe une « atteinte à l’égalité » a obtenu que le Conseil constitutionnel examine le sujet mardi 28 juin.
par David Perrotin

La sélection du Club

Billet de blog
« Lutter contre la culture du viol » Lettre à la Première ministre
Je suis bouleversée suite aux actualités concernant votre ministre accusé de viols et de l'inaction le concernant. Je suis moi-même une des 97 000 victimes de viol de l’année 2021. Je suis aussi et surtout une des 99 % de victimes dont l’agresseur restera impuni. Seule la justice a les clés pour décider ou non de sa culpabilité… Pourtant, vous ne pouvez pas faire comme si de rien n’était.
par jesuisunedes99pourcent
Billet de blog
Le Gouvernement se fait pourtant déjà juge, madame la Première ministre
La première ministre, Mme Elisabeth Borne, n'est pas « juge », dit-elle, lors d’un échange avec une riveraine, ce mercredi 15 juin 2022, l'interrogeant sur les nouvelles accusations visant M. Damien Abad, ministre des solidarités.
par La Plume de Simone
Billet de blog
« Promising Young Woman », une autre façon de montrer les violences sexuelles
Sorti en France en 2020, le film « Promising Young Woman » de la réalisatrice Emerald Fennell nous offre une autre façon de montrer les violences sexuelles au cinéma, leurs conséquences et les réponses de notre société. Avec une approche par le female gaze, la réalisatrice démonte un par un les mythes de la culture du viol. Un travail nécessaire.
par La Fille Renne
Billet de blog
Lettre ouverte d’étudiantes d’AgroParisTech
Ces étudiantes engagées dans la protection contre les violences sexuelles et sexistes dans leur école, réagissent à “Violences sexuelles : une enquête interne recense 17 cas de viol à AgroParisTech” publié par Le Monde, ainsi qu’aux articles écrits sur le même sujet à propos de Polytechnique et de CentraleSupélec.
par Etudiantes d'AgroParisTech