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Violette, rose, verte, jaune, rouge et noire, bref Toulouse. Donner des éclats d'écologie et de solidarité à la capitale de la chocolatine.

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Billet de blog 17 novembre 2015

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« Ceux qui vivent sont ceux qui luttent ». Les attentats du 13 novembre nous révèlent peut être le double sens de cette phrase d'Hugo.

Il n'aura fallu que quelques heures pour que les récupérations se fassent jour. Comme on pouvait le craindre ces attentats nourrissent le terreau de la suspicion, des amalgames, de la peur de l'autre. Au delà de l'atrocité des attentats, de la mort des victimes, de la souffrance des proches, de tous ceux nombreux qui connaissent quelqu'un qui connaît quelqu'un qui au mieux était dans le secteur au pire n'est plus ici, Daesh a réussi comme en janvier dernier à avancer sa stratégie du choc. Essayer de monter les communautés les unes contre les autres, entretenir l'islamophobie en vue de radicaliser la communauté musulmane est sa volonté affichée, se faisant l'allié objectif de la poussée des idées xénophobes et racistes. Pourtant il y a un angle mort, un revers à la terrible réussite du plan, comme l'a bien dit le rappeur Youssoupha dans une émission de télévision. Pendant des mois nous avons débattu, de manière plus ou moins pertinente, qui est Charlie qui ne l'est pas, qui est un bon ou un mauvais musulman, ce débat est clos : tous ceux qui vivent sur le sol hexagonal sont des ennemis de Daesh. Ce constat nous ôte nos ornières tricolores pour nous rappeler que les premières victimes de Daesh sont des musulmans dans les pays où il sévit.

Dans notre malheur cette clarification est peut être une chance, celle de dépasser le débat sans fond et sans fin de l'identité nationale, Daesh en la ciblant nous a rappelé de quoi était surtout faite notre identité, non pas seulement d'une religion, non pas seulement d'une couleur, non pas seulement d'une origine, non pas seulement disons le d'une classe, mais bien d'un mode de vie, de modes de vies. Des composantes importantes de ces modes de vie ont été la cible des attaques : la culture (l'attaque d'un concert), la convivialité et le temps libre(les terrasses d'un café), le sport (un stade de foot), et c'est avec d'autres composantes de ces modes de vie que nous avons fait face : la solidarité, un système de secours sanitaire de qualité, la détermination.

Daesh est symptomatique au niveau mondial des pulsions mortifères propre à l'interrègne qu'évoquaient Gramsci et avant lui Tite Live, ce moment où l'ancien refuse à mourir et le nouveau ne parvient pas à naître. Ce moment que nous connaissons aussi sur à l'échelle nationale avec la nécrose que représente la montée des idées d'extrême droite, de son parti et de ceux qui par calcul politicien jouent avec son feu en s'y brûlant les doigts.

Nous les militants des forces progressistes de ce pays avons notre part de responsabilité, nous ne pouvons pas nous défiler, nous défausser seulement sur les pathologies mentales des assassins de Paris, sur une radicalisation religieuse, sur l'EI comme métastase du capitalisme. Ces français qui en ont tué d'autres ont choisi leur camp il ne peut être question de les excuser, leur camp est celui du désenchantement, de la mort ; mais nous qu'avons nous à proposer comme enchantement du monde face à leur peur?

Il est temps que nous regardions les choses en face, que nous ne fassions pas de cet enchantement une option théorique nous divisant dans des réunions et débats infinis et stériles, enchanter le monde est notre devoir et cela passe par un combat de terrain auquel des militant-e-s, pas assez nombreux, s'attellent déjà. Nous devons enchanter ceux qui ne se reconnaissent plus dans cet ancien qui n'en finit plus d'agoniser, mais aussi disons le nous devons ré-enchanter les personnes qui sont allées dans les bras de ceux qui ont fait de la xénophobie leur priorité quand le vrai combat est celui de la justice sociale, pas celle maquillée et en toc de la préférence nationale, mais celle qui arrache les chemises et parle de classes . Une autre chance qu'il nous faut voir dans notre peine du moment, est qu'une partie importante des personnes qui votent pour le FN ne le font pas par conviction profonde, pensant que l'émancipation viendra après l'élection de Mme Le Pen, mais car ils ont trouvé dans ce vote le meilleur raccourci, pensent ils, pour exprimer leur rejet du système. Aussi stupide que puisse nous sembler cette logique, il nous reste encore du temps avant que ce vote ne devienne celui de l'adhésion, n'en perdons pas plus, ne renonçons pas. Ayons l'audace de changer nos logiciels pour analyser la situation actuelle.

Les premières bombes ont été larguées sur Rakka, les frontières furent fermées, cela rassure peut être mais nous devons l'affirmer, c'est vivre dans le monde des Bisounours de croire que cela suffira à endiguer les pulsions de morts pouvant nous frapper. Le vrai combat est quotidien et doit aller à rebours de la peur, il est celui de la convivialité, du pain partagé, du préjugé dépassé, de ce pas vers l'autre. Il est celui de la vie, il nécessite davantage de courage qu'une porte fermée. Et si en fait nous nous étions tout ce temps trompés, ce n'est pas des grandes théories qu'il faut partir mais de petits gestes. Et si un mot simple mais fort à la fois nous montrait la voie, nous mettait enfin tous d'accord. Et si vivre-ensemble, être solidaire était le début d'un horizon nous amenant à la justice sociale et écologique dont nous parlons tant.

Dans ces temps troubles, de deuil et de recueillement, disons le à tous ceux qui font de l'étranger l'épouvantail de la peur : votre haine des autres ne nous ramènera pas les nôtres, Vivons et ensemble ! C'est certainement le meilleur hommage que nous pouvons rendre à celles et ceux tombé-e-s, et peut être finalement le véritable début de toute lutte.

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