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Billet de blog 27 déc. 2016

Bella Ciao!

« On ne prêche que par l’exemple », cette phrase que ma grand-mère paternelle m’avait balancé au sujet d’une corvée de vaisselle ou de rangement que j’esquivais lorsque j’étais enfant, cette phrase je ne sais pas trop pourquoi m’avait frappé comme un direct au foie.

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« On ne prêche que par l’exemple », cette phrase que ma grand-mère paternelle m’avait balancé au sujet d’une corvée de vaisselle ou de rangement que j’esquivais lorsque j’étais enfant, cette phrase je ne sais pas trop pourquoi m’avait frappé comme un direct au foie. Elle me revient souvent et si j’ai bien du mal à l’appliquer tout le temps, elle me donne la direction à suivre bien des fois. Dans mon parcours militant, il me fut donné l’occasion de rencontrer quelques personnes qui étaient l’incarnation de ces quelques mots. Parmi elles, il y avait Brigitte Dall’Ava.

 Brigitte était une des re-fondatrices du DAL Toulouse31 où je milite depuis six ans maintenant. Elle était là tous les lundis, automne, hiver, printemps, été, pendant six ans elle fut un des repères temporels les plus sûrs et stables dans une vie militante qui allait parfois, souvent, à 200 à l’heure.

 Brigitte c’était un peu celle qui m’a formé sur les questions administratives et juridiques, elle a contribué à m’élever dans les deux sens du terme. D’abord par cette manière d’accueillir les personnes sans paternalisme ni bons sentiments et faux espoirs, mais en étant le plus juste possible, distance nécessaire pour tenir la durée au vu des situations humaines de détresse que nous rencontrons toutes les semaines. Ensuite par sa rigueur lorsqu’elle effectuait les dossiers et préparait le cas échéant des procédures pour faire condamner l’État qui ne respectait pas la loi ou un bailleur malhonnête, une rigueur obligatoire pour obtenir des résultats. Enfin cette humilité permanente quand elle gagnait des dossiers mais ne paradait pas pour autant, cette humilité malgré le travail qu’elle accomplissait sans cesse dans l’ombre.

 Brigitte et moi nous avions malgré notre différence d’âge, et une culture politique différente, des points communs que l’on partageait dans des fragments de conversations entre deux dossiers DAHO et un d’insalubrité, on parlait du dernier film que l’on avait vu ou du dernier livre lu. Elle m’évoquait les ateliers de dessins ou de photos auxquels elle participait depuis qu’elle était à la retraite, des souvenirs de mobilisation aussi. Brigitte avait aussi cette pudeur des personnes qui ont de la gêne à exprimer leurs sentiments, beaucoup de choses se disaient entre les lignes. Dans nos luttes qui sont souvent dures tant le rapport de force l’est, on a finalement peu d’espace pour laisser place à l’affect, par pudeur, protection parfois par fierté mal placée. Les liens se tissent au fil du temps, dans des gestes ou des présences plus que dans des paroles. C’est de ce type de liens dont il était question, sans fioritures dans la forme mais très solide dans le fond.

 Ces derniers mois, malgré son courage je voyais qu’elle avait de plus en plus de peine à voir la situation se dégrader et les institutions même dites « socialistes » se défausser de leurs responsabilités. Je revois son regard désabusé dans une salle du Tribunal Administratif de Toulouse, quand un responsable de la Préfecture vint exprès plaider contre une de nos adhérentes qui avec ses deux filles ne demandaient qu’un abri. Il obtint qu’aucune solution ne soit trouvée, scène surréaliste où un représentant de l’État explique à une juge comment ne pas appliquer la loi et laisser trois personnes à a rue. Des couleuvres on en aura avalé, mais des coups on en aura aussi rendu ensemble.

 Quand elle avait quelque chose à dire, Brigitte n’y allait pas par quatre chemins, aussi n’ai je jamais douté à l’intonation de sa voix,lorsque la maladie l’a atteinte de manière foudroyante, que oui il n’y aurait rien à faire et que ce n’était plus qu’une question de quelques semaines. Des coups de fil, quelques nouvelles, nous savions elle et moi la fin inéluctable.

 Brigitte nous a laissé un jour de solstice d’hiver, et quoi qu’en dise la météo il va faire plus froid cet hiver que les précédents. Brigitte nous a laissé mais nous a tellement donné toutes ces années. On a tous nos panthéons de personnes que l’on admire ou qui nous ont inspiré et qui peu importe où elles sont marchent à nos côté, Brigitte assurément est dans la première rangée du mien.

 Le départ de Brigitte devrait être à la une de nos journaux, en prime time dans nos JT plutôt que tous les sourires émail diamants de tous ces politiciens passés au pouvoir cette dernière décennie et qui ont le cynisme d’en redemander encore. C’est aussi contre leurs politiques, froides, mécaniques, d’injustice sociale que Brigitte se battait au quotidien, avec ses mains, sa tête et son stylo. Brigitte est comme ces nombreux ancien-ne-s qu’un Macron ou un Fillon mettrait bien au travail plus longtemps, comme s’ils étaient improductifs à la retraite, qui par leurs activités associatives rendent de la dignité aux personnes que les politiques d’injustice sociale laissent sur le carreau. Bâtir un monde meilleur pour les générations futures bien sûr, mais aussi et toujours pour toutes celles et ceux qui comme Brigitte tenaient bon quand tant d’autres regardaient ailleurs.

 Dans quelques mois, nous célébrerons les dix ans de la re-fondation du DAL à Toulouse, il manquera des gens à nos côtés mais ils nous auront laissé des fondations, des murs et un toit solide où nous abriterons toutes celles et ceux qui luttent pour leurs droits.

« Tout passe et tout demeure, mais notre affaire est de passer, de passer en traçant des chemins, des chemins sur la mer. » Que se soit dans sa pratique culturelle, dans sa vie, dans son militantisme, Brigitte traçait des chemins, il nous reste à poursuivre ceux qu’elle a tracé. Merci encore, pour tout, et Bella Ciao !

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