N'Golo Kanté: HLM Class Hero

Quel rapport entre N'Golo Kanté, les HLM, Léo Messi, et la Loi Elan? Et bien c'est à lire ici!

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C’est la chanson entêtante de ce début de mondial pour celles et ceux qui suivent de près les Bleus. Elle est signée Thomas Touroude et parle de N’Golo Kanté sur l’air des « Champs Elysées » de Joe Dassin. Si vous ne connaissez pas N’Golo Kanté, sachez que c’est sûrement le meilleur joueur français de ces trois dernières années, milieu récupérateur aux trois poumons, qui court partout et se distingue autant par sa générosité et son humilité sur et en dehors du terrain.

Le sociologue Stéphane Beaud vient de lui consacrer un bel article dans Libération. On y apprend le parcours semé d’embûches avant qu’il atteigne le niveau professionnel, on y apprend aussi son enfance dans le quartier des Géraniums à Suresnes en Haut-de-Seine. Un quartier HLM, car oui N’Golo Kanté est un enfant des HLM, comme d’autres de ses coéquipiers de l’équipe de France, comme un français sur deux qui vit ou a vécu en logement social, ces logements construits initialement pour permettre aux plus modestes de pouvoir se loger, vivre. Initialement, car dévoyés depuis quelques décennies maintenant avec une privatisation rampante qui connaît actuellement un coup d’accélérateur avec la loi Elan, en cours d’examen parlementaire.

On craignait déjà légitimement les impacts des coupes budgétaires sur le « pognon de dingue » des allocations logement versées aux locataires HLM, et de l’argent soustrait via une augmentation de la TVA sur les HLM. Soit 1,5 milliards d’euros qui échappent au secteur HLM, deux-tiers de leurs fonds propres qui devaient servir aux rénovations et à la construction de nouveaux logements.

Voilà que la loi Elan va plus loin avec au programme la vente d’une partie du par HLM, 1 % par an soit 40 000 logements qui vont se retrouver sur le marché privé, cela alors que 2 millions de personnes sont actuellement en attente d’un logement social dans l’Hexagone et que 12 millions d’entre nous connaissent des difficultés locatives.

Ce type de braderie et de privatisation des logements sociaux a connu de tristes précédents en Angleterre et en Allemagne comme le rappelle bien l’article de Basta de Rachel Knaebel et Nolwenn Weiler. Ainsi en Allemagne depuis 1990 le stock de logements sociaux a baissé d’environ 60 %, à Berlin 482 000 logement appartenaient aux bailleurs communaux en 1990, il y en avait déjà 209 000 en moins en 2005. Une faillite digne de celle de la Manchsfatt lors de cette coupe du monde russe. En Angleterre, Margaret Thatcher n’a pas thachérisé que le travail mais aussi, et c’est moins connu, le logement avec le fameux « right to buy » en 1980, entraînant la privatisation de 1,8 millions logements sociaux publics en 30 ans. Dans les deux cas ces mesures ont eu des effets sur les locataires les plus précaires, l’augmentation des personnes à la rue est de ce point de vue significative dans les deux pays.

Hélas les vieux modèles de privatisation ne sont pas les seuls mesures rétrogrades prévues dans la loi foutraque Elan ( Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique) que Nicole Ferroni a renommé à propos « Loi Couic ». On y trouve ainsi un bail cadeau à Airbnb, baptisé « bail mobilité », la fusion des organismes HLM comme de vulgaires start-up, la possibilité de vendre les logements sociaux à n’importe qui, y compris à des fonds de pension, une plus grande difficulté pour les locataires ayant du mal à payer leur loyer à pouvoir être aidés, la mise en danger du travail des architectes, le manque d’accessibilité pour les personnes handicapées… Le DAL propose d’ailleurs une note détaillée du cataclysme qui s’annonce.

Emmanuel Macron lorsqu’il est allé parlé aux joueurs de l’équipe de France n’a pas évoqué cette loi, qui pourtant concerne certainement encore le logement, la vie, de beaucoup de leurs proches. Non il leur a parlé comme un DRH en stage de cohésion commando, il leur a dit « La coupe du monde sera réussie si on la gagne », peut être que cela a d’ailleurs déteint sur le jeu de l’équipe de France assez indigent dans l’animation offensive depuis le début de la compétition. Au milieu des Bleus pourtant, surnage toujours N’Golo Kanté, celui qui ne calcule pas ses efforts, celui qui joue toujours dans le sens du jeu, toujours dans le sens de l’équipe, pour les autres. Lui l’aîné d’une famille de quatre enfants élevés par une mère seule, comme beaucoup de ces mères courages que l’on trouve justement dans les quartiers HLM. Lorsqu’il y vivait, N’Golo Kanté brillait sur les terrains de Suresnes mais était recalé de tous les centres de formation : pas assez grand, trop frêle,trop gentil, comme un autre joueur né la même année d’ailleurs, Antoine Griezmann. N’Golo Kanté par ses valeurs anti bling-bling et individualistes représente finalement l’anti-thèse de la politique développée par le gouvernement actuel et des ses bris de vaiselles, celle du marche ou crève. Son parcours est émaillé de solidarité, la sienne bien sûr, mais aussi celle de ses amis du quartier qui ont toujours cru en lui et scandaient «  Kanté au Barça » bien avant qu’il ne soit professionnel, celle de ses coachs au club de Suresnes qui n’ont cessé de lui donner des coups de pouce pour qu’il perce enfin, celle d’un de ses coéquipier à Boulogne sur Mer qui l’accueille chez lui quand il ne sait pas où dormir. Car non il n’y a pas de réussite sans aide, sans solidarité, à moins d’être né avec une cuillère dorée dans la bouche, ce que ne semble pas pouvoir intégrer M. Macron dans son logiciel désuet du néo-libéralisme formule année 80. La solidarité nationale c’est aussi le logement social qui permet a un grand nombre de familles, dont celle de N’Golo Kanté de pouvoir s’en sortir. Une solidarité que vise à briser la politique de logement du gouvernement.

La chanson dit que samedi N’Golo Kanté va manger Léo Messi, on le lui souhaite ainsi qu’aux Bleus. On souhaite aussi que rapidement les locataires se rendent comptent du danger qui les attend et fassent preuve d’autant d’appétit  pour manger la Loi Elan.

Crédit photo: Tee Shirt Yes We Kante

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