Lassana Bathily, notre frère

Lors des commémorations de la Libération de Paris, il y a quelques mois à peine, pouvions-nous imaginer, sauf à devoir dépasser tout entendement, qu’il serait à nouveau nécessaire, sur le territoire de la République, de devoir cacher des Juifs afin de les protéger d’une extermination ?Et pourtant c’est ce que Lassana Bathily a fait il y a une semaine spontanément sans réfléchir ni à lui-même ni à une quelconque idéologie.

Lors des commémorations de la Libération de Paris, il y a quelques mois à peine, pouvions-nous imaginer, sauf à devoir dépasser tout entendement, qu’il serait à nouveau nécessaire, sur le territoire de la République, de devoir cacher des Juifs afin de les protéger d’une extermination ?

Et pourtant c’est ce que Lassana Bathily a fait il y a une semaine spontanément sans réfléchir ni à lui-même ni à une quelconque idéologie.

Mettons-nous un instant à sa place au moment de l’attaque terroriste de l’épicerie casher.

Il aurait parfaitement pu choisir d’avoir la vie sauve voire d’être immédiatement relâché car malien et musulman. Même si l’on peut émettre des doutes sur le fonctionnement cérébral du terroriste rien ne pouvait conduire celui-ci à mettre en péril cet étranger coreligionnaire.

L’on sait qu’immédiatement et par un réflexe naturel le petit employé a pris la responsabilité d’orienter une partie des clients de l’épicerie dont un très jeune enfant vers une chambre froide située en sous-sol et dont il avait préalablement neutralisé le système de refroidissement.

Ceci a nécessairement été décidé en quelques secondes.

Nous avons tous été frappés par l’humilité de cet homme expliquant en quelques mots non seulement le caractère naturel de son geste mais également que nous étions tous frères.

Dans tout évènement dramatique il y a parfois ces instants miraculeux où l’homme parce que homme retrouve l’essentiel.

C’est là toute la somme de la vie de l’individu qui se révèle : sa famille, son éducation, son histoire personnelle.

Oh, Lassana Bathily n’a pas de compte Twitter ni de page Facebook permettant de découvrir sa biographie.

L’on sait par les articles de presse qu’il est malien qu’il a une mère là-bas si loin au Mali.

Une mère qui de toute évidence a su lui inculquer les valeurs que doit avoir tout être humain et qui se sont instantanément révélées il y a tout juste une semaine.

Sans doute qu’il y a aussi son histoire personnelle, son propre vécu certainement misérable de sans papier. D'ailleurs peut-être qu’il lui est aussi arrivé, dans le passé, de devoir se cacher parce que étranger.

Son histoire pourrait être un film. Elle se sera sans doute. Une épopée depuis le Mali jusqu’à cette épicerie casher de la porte de Vincennes.

Vous, moi, pouvons, simplement, en fermant les yeux, en imaginer le scénario.

Omar Sy pourrait en être l’acteur.

Comme dans « Intouchables » il pourrait incarner cette humanité cachée qui peut parvenir à transcender toutes les difficultés.

Il faut parfois de tels drames pour retrouver cette foi en l’humanité ou même en un pays qui commençait par certains de ses aspects à rancir de l’intérieur et qui parvient à une sorte de résilience.

Non n’en déplaise à certains il ne s’agit pas là de ma part d’un discours lénifiant, convenu, ou empreint d’angélisme.    

D’aucuns veulent, à juste titre, que Lassana Bathily soit reconnu comme Juste parmi les nations.

Nous sommes là encore dans l’évidence.

Comment ne pas s’empêcher de rapprocher son geste de ceux qui il y a 70 ans acceptaient de prendre des risques pour cacher et sauver des Juifs de la barbarie nazie.

Ce qui est sûr c’est que mardi prochain il deviendra un Français.

Lassana Bathily mérite d’être français et je dirais qu’il nous oblige aussi à le rester nous-mêmes.

Plus que jamais la devise « Liberté Egalité Fraternité »  doit être plus inscrite sur les écoles et bâtiments de la République.

Et tant pis si je suis taxé de vieux con en reprenant la devise de l’ordre de la Légion d’Honneur « Honneur et Patrie » laquelle rapprochée de Lassana Bathlily « sont des mots qui vont si bien ensemble. »

Car Lassana Bathily est déjà notre compatriote lui qui s’est considéré comme notre frère.

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