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Billet de blog 8 mars 2020

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Le féminisme au risque du "star system"

Après la sacralisation de "la parole de l'enfant", voici celle de la parole des femmes. Malheureusement elle ne sert pas la cause des femmes.

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"On se pique d’avoir à le rappeler, mais aucune accusation n’est jamais la preuve de rien : il suffirait sinon d’asséner sa seule vérité pour prouver et condamner. Il ne s’agit pas tant de croire ou de ne pas croire une plaignante que de s’astreindre à refuser toute force probatoire à la seule accusation : présumer de la bonne foi de toute femme se déclarant victime de violences sexuelles reviendrait à sacraliser arbitrairement sa parole, en aucun cas à la « libérer ». (Le Monde, Tribune du 9 mars 2020) 

Paroles d'avocates pénalistes.

Après la sacralisation de "la parole de l'enfant", voici celle de la parole des femmes. Malheureusement elle ne sert pas la cause des femmes car elle comporte des risques de dérive suffisants pour jeter le doute sur le bien fondé des dénonciations sans preuves. Bien sûr, les crimes sexuels sont particulièrement difficiles à prouver. Bien sûr, la police n'est pas encline à entendre les plaintes des femmes quelle que soit la violence en cause. Bien sûr, la justice n'est pas parfaite. Les crimes à l'égard des femmes ne sont pas le seul domaine où ces institutions se révèlent parfois défaillantes. 

Ni Adèle Haennel, ni Virginie Despentes ne détiennent la vérité. La libération des femmes ne se fera que lorsque toutes les femmes pourront parler en leur propre nom et cela passe non par des coups d'éclat individuels qui occupent l'espace médiatique mais par le jeu normal des institutions de notre pays (et faut-il l'ajouter ?) des institutions internationales. C'est en exigeant qu'elles jouent leur rôle qu'on a quelque chance de faire progresser la cause de toutes les femmes, même de celles qui ne disposent pas d'une exposition médiatique pour se poser en victimes universelles. Je ne suis pas sûre que les femmes aient besoin que d'autres parlent "en leur nom". Ce schéma ne fait que reproduire la bonne vieille domination d'une classe sociale sur les autres. 

Après la sacralistation de "la parole de l'enfant", voici celle des femmes. Vouloir extraire les crimes sexuels du champ du droit en se fondant sur la seule dénonciation, joue contre la cause des femmes. Certes les crimes dans ce domaine sont difficiles à prouver, mais rien ne fera mieux progresser la cause que la plainte dûment enregistrée et le jugement rendu au nom du peuple. Bien sûr, la police n'est pas toujours prête à entendre les plaintes. Bien sûr, la justice n'est pas parfaite. Mais ce n'est pas le seul domaine où ces institutions sont parfois défaillantes. 

Ni Adèle Haennel, ni Virginie Despentes ne détiennent la vérité à elles seules. Se poser en victime universelle ne fera pas progresser la cause de celles qui n'ont de toute façon pas la parole en raison de leur place sociale. Seul l'exercice de la Justice peut garantir une forme d'égalité. Si le féminisme se veut vraiment progressiste c'est vers les institutions que doit se tourner le mouvement pas sur l'indignation privée de quelques personnes "qui comptent".

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