Benoît Hamon : quel avenir pour une vraie gauche en France ?

Je viens de regarder l'entretien d'A l'air libre avec Benoît Hamon. Intéressant pour de multiples raisons. Mais agaçant sur beaucoup de points.

Je viens de regarder l'entretien d'A l'air libre avec Benoît Hamon. Intéressant pour de multiples raisons. Mais agaçant sur beaucoup de points.

D'abord, je remarque qu'enfin Benoît Hamon évoque l'école et, au détour d'une phrase sybilline, "l'école" pour les adultes. Ce fut l'un de mes reproches majeurs à sa campagne présidentielle : son quasi silence sur les questions éducatives, lui qui avait été (un éphémère) ministre de l'Education. Génération.s n'a guère fait mieux depuis. Je salue donc ce retour dans ses préoccupations d'une question essentielle, je dirais centrale, pour la démocratie : accès au savoir et construction des personnes, formation des citoyens, émancipation vis à vis des autorités auto proclamées... Pour le reste, il n'a guère développé, ce n'était pas le lieu, ses thèmes favoris, notamment le revenu universel à propos duquel j'aurais aimé savoir s'il avait progressé depuis la campagne de 2017. Sa critique du RSA jeunes est pertinente et donnait envie d'aller plus loin.

J'ai apprécié qu'il ait gardé une pugnacité intellectuelle face à une "intervieweuse" carrément insupportable. Et cela pour plusieurs raisons.

Sur la forme : couper la parole, manifester des signes d'impatience sont des attitudes qui pourraient se comprendre si le propos avait été confus ou bavard. Ce n'était pas le cas. Le questionnaire à choix multiple de fin était parfaitement nul. Qu'est-ce qui prend à Mediapart ? Un quizz sur la vaccination, un QCM sur le bilan du parti socialiste. On croit rêver. Le but, même s'il n'était probablement pas complètement délibéré et maîtrisé, était de mettre Benoît Hamon en difficulté sur le bilan du PS - alors qu'il en est sorti - en l'empêchant de se saisir sérieusement des problèmes cités. Une technique bien connue de quelques médias : interpeller pour au bout du compte confisquer la parole en jouant sur le temps.  Son choix de remettre les pendules à l'heure sur le Rwanda a été judicieux car, si François Mitterrand a eu un tort historique sur cette question, il ne faudrait pas oublier que sa position n'a pas fait l'unanimité au sein du PS d'alors. On a raillé Lionel Jospin et sa volonté de faire un examen du bilan du PS, mais force est de constater que l'implosion de ce parti résulte entre autres raisons de ce refus qui remonte au moins à la politique coloniale de Guy Mollet.

Sur le fond,  j'ai trouvé indéfendable de s'adresser à Benoît Hamon  comme s'il devait porter tous les péchés de la gauche et du parti socialiste réunis.

Trois listes en Ile de France ? il se présente sur l'une d'entre elles ? Les journalistes laissent entendre qu'elles le tiennent pour responsable de cet émiettement de la gauche. Qu'aurait-il dû faire ? Renoncer à se présenter parce qu'il n'y avait pas d'accord entre les partis - ce dont il ne saurait être tenu pour responsable compte tenu de ce qu'il a défendu ? La tactique électorale aux régionales doit-elle être la même qu'à la présidentielle ? Ces questions sont soigneusement passées sous silence. Cette attitude est d'autant plus malhonnête vis-à-vis de Benoît Hamon qu'il n'a eu de cesse de prôner une union des partis et forces de gauches, qu'il a fait des propositions concrètes de convergences possibles pour qu'elle advienne et qu'il évite soigneusement les rejets a priori, en particulier celui de Jean-Luc Mélenchon, personnalité particulièrement clivante mais dont il reconnaît des initiatives importantes. Certes, c'est une voie périlleuse. Est-elle si difficile à comprendre par une journaliste ou y a-t-il une intention cachée derrière son attitude ? J'attends avec gourmandise que cette journaliste s'essaie à ce petit jeu face à Jean-Luc Mélenchon... 

Que la rédaction de Mediapart ne croie pas en une convergence des gauches, c'est son droit le plus strict. Mais tenter de disqualifier a priori les efforts qui tendent vers cette convergence me paraît contre productif. Je suis inquiète, mais je pense qu'il importe désormais de donner sincèrement la parole à ceux qui ont des propositions concrètes sur la convergence plutôt que de tenter de les déstabiliser... sans succès heureusement, car même s'il n'a rien d'un tribun, Benoît Hamon ne se laisse pas faire. Pour moi, il y a un mystère Benoît Hamon. Je ne suis pas toujours d'accord avec lui sur certaines de ses propositions, notamment le revenu universel qui me semble devoir être remis en chantier. Mais il indique une orientation majeure pour les politiques sociales à venir. Je lui reconnais une qualité d'analyse et une clairvoyance dans les solutions qu'il préconise. Il n'est pas agressif. Il explique et ne joue pas l'évitement en permanence. Mais, ces propos "n'impriment" pas ou provoquent une hostilité a priori incompréhensible.

Je suis déçue de l'émission d'A l'air libre pour n'avoir pas compris que l'enjeu dépasse l'envie d'une journaliste de se payer un politique qui certes a pris une claque en 2017, mais reste un personnage plus qu'honorable de notre paysage politique.

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