La PAC, voilà un sujet d'avenir

"La Confédération paysanne demande à ce que la PAC devienne une PAC sociale et que l’agriculture se préoccupe vraiment de l’environnement, de la nature avec laquelle elle travaille", (Thierry Jacquot, porte-parole du syndicat dans les Vosges).

Sortons un peu du (la ?) Covid.

En ce moment se préparent des décisions qui auront un impact considérable sur nos vies : la préparation de la nouvelle PAC (2021-2027) et de son application au niveau français. Monsieur Denormandie qui se répand sur les écrans et devant les micros se garde bien de nous expliquer ce qu'il prépare réellement, notamment concernant la transition (2021-2022). Donc la presse, qui reste largement le nez sur les "évènements", ne déborde pas d'activité pour nous informer de ce qui se passe. La FNSEA, qui défend les bénéficiaires de l'ancienne PAC, se fait discrète. Pourtant, outre le sort des paysans, la PAC concerne notre santé, la propriété foncière, l'environnement et d'une manière générale notre rapport à la terre en ce bout de monde qu'est l'Europe. 

La Confédération paysanne a organisé le 14 avril à Strasbourg une manifestation pour rappeler quelques vérités qui dérangent.(Source France 3 Grand Est)

L'injustice de la répartition des aides

"La Confédération paysanne demande à ce que la PAC devienne une PAC sociale et que l’agriculture se préoccupe vraiment de l’environnement, de la nature avec laquelle elle travaille", (Thierry Jacquot, porte-parole du syndicat dans les Vosges).

"Aujourd’hui c’est une PAC basée sur une surface. On touche des aides par rapport à la surface que nous exploitons. Il y a énormément de productions qui travaillent avec très peu de surface et qui ne touchent pas d’aides, comme les maraîchers. Il ne faut pas oublier que la France touche environ 9 milliards d’euros tous les ans. Et 30% des agriculteurs touchent 70% des aides. On voit bien qu’il y a un problème de répartition." (C'est moi qui souligne)

L'insuffisance chronique des revenus

Le travail de nombreux agriculteurs ne leur permet pas de dégager des revenus suffisants pour vivre. Moins que le SMIC, par exemple pour cet éleveur : "Le minimum, c’est qu’on puisse dégager un SMIC, ça serait bien si la PAC le permettait, ça serait une aide pour y arriver",  (Freddy Leonhart, éleveur de brebis à Buswiller, Bas-Rhin). L'opinion ne s'émeut que marginalement de cette faiblesse des revenus agricoles : méconnaissance du métier - travail réel et connaissances qu'il mobilise -  représentations erronées d'une forme de modernité triomphante depuis la fin de la seconde guerre mondiale imposée au monde agricole, indifférence aux injustices d'un marché agricole pipé (payer moins reste un slogan fédérateur pour les consommateurs). Certains jettent l'éponge, d'autres s'accrochent au prix de grands sacrifices, d'autres cumulent une double activité... 

La sélection indirecte des productions agricoles 

Mais pas tous. Certains vivent bien. Et la PAC loin de compenser les inégalités et de tenir compte des besoins réels de la population en produits agricoles de qualité (locaux et bio par exemple) favorise, au nom d'une libéralisation dogmatique et inadaptée, une agriculture spécialisée, gourmande en terres, en produits phytosanitaires, inféodée à des coopératives qui n'ont de coopérative que le nom...

"Les agriculteurs disparaissent. S’il n’y a plus d’élevage, il n’y a plus de paysage vert"... "Plus d’élevages cela veut dire plus d’animaux, de prairies, de vergers où les bêtes pâturent. Donc s’il n’y a plus d’élevages, les terres sont retournées, il y a des céréales. Les arbres sont arrachés et le paysage est transformé en désert vert, c'est à dire de grandes surfaces en mono-culture". (Freddy Leonhart)

Deux petites remarques en passant sur les contradictions et les silences à propos des problèmes que pose notre rapport à la terre

Rions un peu : la lutte acharnée contre la consommation de viande - qui se prétend écologique -  ne tient aucun compte du fait que le paysage a aussi été modelé par le pastoralisme et que les races d'animaux domestiques représentent un véritable patrimoine. S'il faut évidemment consommer moins, élever mieux, il ne faut pas oublier que l'homme est omnivore. Mais c'est une autre histoire.

La presse (sauf l'exception notable de Reporterre) est d'une discrétion de violette sur ce que subit en ce moment l'Office National des Forêts. La politique dans ce domaine est au démantèlement et à la privatisation des missions, à l'industrialisation à outrance de l'exploitation forestière. Or la forêt est un patrimoine et comme l'agriculture a un impact décisif sur l'environnement.

Et les élus la-dedans ?

On n'entend guère ces messieurs-dames les députés et sénateurs sur ce sujet. A l'exception notable de Dominique Potier, député de Meurthe et Moselle, qui a le mérite d'informer les électeurs, de rendre des comptes sur son action et de se battre réellement sur les questions agricoles. J'ajoute qu'il existe quelques associations qui font un très bon travail pour défendre le foncier agricole (notamment contre les SAFER qui ne sont pas toujours à la hauteur de leur mission), permettre aux jeunes agriculteurs de s'installer, de bénéficier d'un suivi de leur activité, de s'organiser pour la vente directe... Je n'en citerai pas de peur d'en oublier. Sous l'impulsion de nouvelles générations d'agriculteurs et l'investissement des plus anciens qui sentent le frémissement de l'opinion en faveur d'une nouvelle agriculture et qui se disent qu'enfin les choses peuvent changer, de nouveaux rapports commencent à se nouer (dans certains cas, se confirment et s'étendent) entre les consommateurs que nous sommes tous et les travailleurs de la terre. Comme souvent, les politiques - dans tous les partis, même chez les Verts qui n'échappent pas à ce décrochage, enfermés qu'ils sont dans leurs problématiques traditionnelles - ont un métro de retard, enfermés dans des visions périmées du monde. 

La PAC, voilà un sujet d'avenir.

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