Des pesticides et autres dangers pour la planète

Dans l’édition du 15 septembre de Médiapart, Amélie Poinssot questionne Pierre-Marie Aubert sur la lutte contre les pesticides ( Contre les pesticides, restaurer « de la diversité afin de favoriser la lutte biologique »).

Dans l’édition du 15 septembre de Médiapart, Amélie Poinssot questionne Pierre-Marie Aubert sur la lutte contre les pesticides ( Contre les pesticides, restaurer « de la diversité afin de favoriser la lutte biologique »). L’entretien qui va plus loin que les critiques habituelles sur l’état de l’agriculture est intéressant à plus d’un titre. Au-delà des prises de positions trop partielles et réductrices, peu soucieuses de la complexité du réel, qui sont souvent développées y compris par des militants bien intentionnés, l’entretien présente les éléments d’un débat que la politique actuelle a tendance à réduire à un simple arbitrage entre des intérêts divergents, voire contradictoires. Les perspectives proposées en fin d'entretien couvrent clairement le champ du débat, considérable par ses dimensions et sa complexité. Il est à la fois économique (restructuration des filières de production et de commercialisation, réorientation des pratiques de consommation), professionnel (le métier d'agriculteur est en crise), fiscal (la politique des subventions est-elle adaptée ?), géographique (la perte des paysages, la crise de la ruralité, les "aménagements" inutiles et dévastateurs), de santé (humaine et animale), botanique (quelles semences privilégier, quelles variétés sauvages protéger ou réintroduire ? à quelles conditions ?). Visiblement, nos politiques n'ont pas la culture nécessaire ni l'humilité de le reconnaître.

 

Ceux qui ont développé de vraies compétences dans ce domaine ne sont pas assez entendus. Le rapport de Dominique Potier ("Pesticides et agro-écologie, les champs du possible »), cité par Pierre-Marie Aubert n’a, à ma connaissance, pas été diffusé auprès du public. Même s’il est accessible sur Internet, encore faut-il savoir qu’il existe. Il faut aussi se méfier des récupérations de l'écologie par les idéologies de droite, de la diffusion de fausses nouvelles, de pseudo savoirs ou de pseudo expertises (voir par exemple l'excellent livre de Pierre Rigaux, « Pas de fusils dans la nature » sur la chasse et ses retombées catastrophiques en termes de biodiversité mais aussi sur l'agriculture par la multiplication inconsidérée des gibiers chassables et la destruction de leurs prédateurs naturels, bien loin de l'image d'expertise que les chasseurs veulent accréditer).

 

Nous avons pris l'habitude de parler de « transition" écologique (il ne faut pas effrayer l'électeur). En réalité, il s'agit d'un bouleversement profond. Soit nous manquons le rendez-vous de l’innovation et l'avenir devient très sombre, soit nous acceptons le risque, l’incertitude, l’échange d’idées et de pratiques et nous avons une chance de nous en sortir. 

 

Le rôle d'un politique n'est pas de brosser l'électeur dans le sens du poil mais de lui permettre d'accéder aux savoirs (même lacunaires) dont nous disposons, quelles que soient sa formation et son expérience. La fameuse « pédagogie » des politiques n’est la plupart du temps que l’exposé de doctrines sans aucune justification, ni argumentation. La vulgarisation, la vraie, n’a pas trouvé ses lettres de noblesse dans un pays qui pourtant a produit l’Encyclopédie. Cependant nous vivons une époque formidable : un consensus s’est dégagé suite à la mise en commun et à l’analyse des travaux déjà réalisés sur les questions climatiques. Nous avons désormais, grâce au GIEC, des références fiables qui nous permettent d’estimer avec une marge d’erreur acceptable l’évolution la plus probable du climat. Sur les effets des pesticides, au-delà des controverses artificielles destinées à embrouiller le débat et des arguties juridiques, nous savons où la recherche devrait porter ses efforts et combler les lacunes laissées par les études déjà anciennes et qui portaient sur des substances aujourd’hui dépassées par la formidable explosion du marché de l’agrochimie. Ce n'est pas déjà si mal. 

 

Le rôle d'un politique, contrairement à l’usage, est de ne rien cacher (ici la baisse des rendements) et de tracer des voies qui permettent de sortir des situations critiques par le haut en prenant en compte, non pas un petit pan de réel, mais bien son ensemble autant qu'il est possible, bien entendu. Pour cela il ne suffit pas de s'informer. Il faut aussi penser. La classe politique française a cessé de penser pour "communiquer". Mais cette communication est à sens unique et sert surtout à recycler des idées reçues voire parfaitement éculées. Peu d'élus rendent véritablement des comptes, peu argumentent sérieusement leur action, encore moins donnent-ils leurs sources d’information sur l'écologie ou l’agriculture. La négation des alternatives à la politique dominante est devenue un mantra, quand il ne s’agit pas tout simplement de disqualifier l’opposant en l’accusant d’être rétrograde. De nombreux politiques ont cessé de se considérer comme mandatés pour se croire propriétaires du pouvoir, et pour certains (minoritaires, je l'espère) autorisés à jouir des avantages que ce pouvoir met à leur portée. 

 

Les « verts » ont fait une percée aux dernières élections européennes. Bien. Mais nous attendons d’eux qu’ils abandonnent les pratiques traditionnelles et qu'ils développent une information précise sur les problèmes qu'ils traitent, qu'ils rendent des comptes sur leurs votes. Bref qu’ils changent la culture politique. C’est une des clés pour que l'opinion voie enfin dans l'Europe un moyen d'orienter positivement l'avenir. Car la lutte pour le respect de la vie ne peut se conduire à l’échelle d’un seul état. L’ignorance, le mensonge et parfois le mépris des citoyens, ne nous aideront pas à faire face à l'une des crises majeures (parce que mondiale) que connaît l'humanité. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.