C’est confirmé : la Commission européenne estime que la révision des directives Natura 2000 n’est pas nécessaire.  « Elles offrent une flexibilité suffisante pour permettre la coexistence de la faune protégée, en l’occurrence du loup et des vautours, avec les activités pastorales ».  Telle est la réponse du Commissaire à l’Environnement Janez Potocnik, au parlementaire européen Michel Dantin.

 

 

 

Retour en arrière. Par lettre du 5 juin, Michel Dantin (PPE-UMP) avait saisi le Commissaire à l’Agriculture Dacian Ciolos. Il lui faisait part de ses préoccupations sur la présence du loup et des vautours dans les alpages. Ce Savoyard  est d’autant plus sensible aux dégâts provoqués par la faune sauvage sur les troupeaux qu’il est lui même issu du milieu agricole et a travaillé à la FDSEA de son département. « Le loup, on en voit même en promenade. Il ne se cache pas » dit-il.  Quant aux vautours, Michel Dantin a été le témoin direct avec quelques amis de leur stratégie. « Nous déjeunions dehors, sur une terrasse. Un troupeau de brebis paissait en face, un peu plus haut. Tout à coup, une vingtaine de vautours a tournoyé en rase mottes au-dessus du troupeau ». Cette technique de chasse affole les brebis et permet de les pousser vers un ravin.  Ensuite, les vautours n’ont plus qu’à se servir. C’est donc en connaissance de cause que le parlementaire européen a relayé la détresse des éleveurs auprès de la Commission.

 

L’écologie intégriste prend le pas sur le pastoralisme

 

Michel Dantin attendait une réponse du Commissaire à l’Agriculture. Dacian Ciolos a transmis le courrier au Commissaire à l’Environnement, Janez Potocnik, lequel a répondu le 14 juillet. Bruxelles manifeste ainsi la prééminence réservée à l’Environnement, l’Agriculture passe au second plan. Et pas n’importe quelle agriculture : celle qui préserve les paysages et l’environnement, celle qui offre des produits de qualité, celle qui n’a rien à voir avec l’industrie, l’élevage concentrationnaire et les OGM. Le pastoralisme est le vestige des derniers paysans. C’est aujourd’hui  la cible privilégiée de l’écologie intégriste relayée par  la Commission européenne et les gouvernements (1).  

Dans sa réponse (2), Janez Potocnik rappelle que la protection du loup et des vautours incombe aux États en vertu des directives Habitats et Oiseaux (3). Le loup doit être strictement protégé et bénéficier de zones spéciales de conservation (ZSC). Quant aux vautours, le commissaire estime que les « charognards jouent un rôle important dans la chaine alimentaire et la disparition des charognes », admettant tout de même quelques dérogations possibles « en l’absence de solution alternative ».  En conclusion, la Commission européenne ne voit pas la nécessité de changer la législation, il suffit, selon Janez Potocnik de prendre les mesures de protection des troupeaux qui s’imposent (chiens, clôtures etc…). Pour cela, les éleveurs bénéficient d’un soutien financier européen.

 

Du déni au mépris

 

Au lendemain d’une attaque de sept loups noirs qui a bien failli coûter la vie à un berger du Mercantour (4), la lettre de Janez Potocnik est une gifle supplémentaire à toute la profession. Vingt ans après le retour du loup, les antiennes bureaucratiques sur les mesures de protection des troupeaux ont montré leur inutilité, voire leur dangerosité. Ainsi, toutes les attaques enregistrées dans les Alpes Maritimes sont intervenues sur des troupeaux qui en bénéficiaient… Il est clair que le commissaire européen en partance (remplacé par l'homme d'affaires Maltais Karmenu Vella) refuse toute remise en cause des directives Natura 2000. Il se fait un plaisir de rappeler à la fin de sa lettre, que la profession agricole s’est engagée dans la même voie en signant le 10 juin dernier, via le COPA-COGECA (5), la plate-forme sur la coexistence entre les populations et les grands carnivores (6). Nous ignorons qu’elle sera l’attitude du nouveau commissaire européen à l’environnement. La règle est tout de même de s’inscrire dans la continuité. 

De son côté, le COPA-COGECA veut croire qu’il pourra profiter du lifting de ces directives prévu en 2015 (procédure appelée Fitness Check)  pour faire bouger les choses (7). « Nous sommes les seuls parmi les signataires, avec les chasseurs (FACE) et les propriétaires (ELO), à nous préoccuper des populations. Nous voulons montrer que le contexte a changé depuis l’adoption des directives et nous agirons dans la transparence. Nous espérons que la Commission européenne s’inspirera de nos avis » (8).

 

Se faire entendre

 

Pour essayer de se faire entendre, le COPA-COGECA veut organiser en 2015-2016 des séminaires sur le terrain, là où se posent les problèmes. Y compris dans le Mercantour. Reste que les éleveurs n’ont plus le temps d’attendre. D’autant que rien ne laisse espérer une prise en compte de leurs problèmes à l’échelon du COPA-COGECA et à l'échelon européen. Certes, le secrétaire général du COPA-COGECA, Pekka Pesonen, affirme qu’il faut changer les directives Natura 2000. Certes, Emmanuel Coste qui préside le groupe de travail « Ovins » du COPA COGECA semble sur la même longueur d’ondes. Mais Emmanuel Coste n’a jamais caché ses penchants pour l’industrialisation : il a favorisé le puçage électronique des brebis dont a bénéficié son abattoir de l’Enclave,  il  s’est fait le chantre de la restructuration de l’élevage ovin et de la diminution de moitié du nombre d’exploitations. «   En 2001, la France comptait 48 000 éleveurs ovins spécialisés pour une moyenne de 110 brebis par exploitation. L’objectif est de faire passer en 2008 ce nombre à 20 ou 25 000 avec une moyenne de 300 à 400 têtes par élevage ». C’est en ces termes qu’Emmanuel Coste, le président de l’interprofession ovine ( et d'Interbev ovins en France) a évoqué l’avenir de la production ovine française à l’occasion du Salon de l’agriculture. «  Il faut trouver une dimension économique à la française et améliorer les conditions de travail en réduisant le temps d’astreinte de l’éleveur » rapportait AgraPresse (9). Et lui-même ne s’est jamais confronté au problème des prédateurs. Pas encore, tout du moins. Les éleveurs ne doivent compter que sur eux-mêmes et ceux qui les soutiennent réellement. C’est leur seule issue. Et leur seule chance.

 NOTES

1- L’interlocuteur des agriculteurs à Bruxelles, le COPA-COGECA, reconnaît que « le système a changé, la politique environnementale est de plus en plus intégrée à la politique agricole communes (PAC) ». Au point que des crédits de la PAC servent à « financer la remise en état d’habitats de la faune sauvage, dès lors qu’ils sont situés sur les terres agricoles ».

2 - La lettre de Janez Potocnik : voir le fichier attaché

3 - La Directive  « Habitats », de 1992 (92/43/CEE) et la Directive  « Oiseaux » (2009/147/EC) sont également appelées directives  « Natura 2000 ».

 4 - http://www.confederationpaysanne.fr/rp_article.php?id=2852

5 - Le COPA-COGECA est l'interlocuteur  unique du monde agricole auprès de la Commission européenne. Les membres représentant la France sont l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA), la Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du Crédit Agricoles (CNMCCA), la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA).

6 -  "Les organisations signataires ci-dessous s’accordent sur les principes suivant :

1 : Oeuvrer dans le strict cadre législatif européen : la directive européenne Habitat est le cadre légal incontournable pour la conservation et la gestion durable des grands carnivores…."

7 - voir sur ce point mon article précédent "Les éleveurs dans le piège à loup".

http://blogs.mediapart.fr/blog/francoise-degert/090614/les-eleveurs-dans-le-piege-loup 

8 - Ces trois organisations sont minoritaires au sein de la plate-forme, qui rassemble en outre l'UICN, le WWF, l'Europarc federation, Wildlife Conservation et une représentation des Suédois et des Finlandais. Il y a fort à parier que les avis pris à l'unanimité selon la règle du "consensus" ne reflèteront pas l'intérêt des éleveurs.

 9http://www.agrapresse.fr/reagir-sur-emmanuel-coste-interbev-ovins-passer-de-48-000-20-000-leveurs-en-2008-com227502-17.html

 

 

 

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Histoire de Monsanto, « La société la plus maléfique au monde... » (Partie 1/2)

 

De toutes les méga-sociétés folles furieuses, Monsanto a largement surpassé ses rivales, remportant le titre glorieux de la "société la plus maléfique sur Terre" ! Non contente de siéger simplement sur son trône de mort au sommet d'une montagne de cadavres, elle continue de mettre au point de nouveaux moyens scientifiquement innovateurs pour nuire à la planète et à ses habitants…

 

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Histoire de Monsanto, « La société la plus maléfique au monde... » (Partie 2/2)

 

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