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Billet de blog 8 sept. 2019

Le grand tournant de la compensation

Zéro pointé à la loi biodiversité de 2016 et aux parlementaires qui l'ont votée ! Il n'est tout de même pas difficile de comprendre que la complexité de la nature n'a rien à voir avec un plan comptable.

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Cela n'a pas empêché nos politiques au pouvoir de s'engouffrer dans la compensation de la nature 40 ans après les USA, suivant les pas des néo-libéraux de l'Ecole de Chicago.

Que disent ces économistes ultra-conservateurs ?
1 - Que seule la propriété privée est capable de gérer la nature et l'environnement, excluant de fait les terres communes (terres communales, public lands aux USA, océans, etc) qu'il faut à tout prix privatiser. On constate que c'est en marche en France et ailleurs, avec l'aide des grands prédateurs.
2 - Que seul le marché peut résoudre les crises environnementales, et surtout pas les réglementations. Pas à pas s'est constituée l'idée de la "compensation" des dégâts provoqués par les aménageurs et l'industrie à la nature, débouchant sur le fameux "No Net Loss" (pas de perte nette) lancé par Ronald Reagan dans les années 80.

Voilà où nous en sommes. Nos élites européennes et françaises ont repris la formule dans l'objectif inavoué de créer de nouveaux marchés financiers. Car de fait, la compensation ne peut pas être appliquée. C'est ce que constate, 40 ans après, cette étude de chercheurs du Museum national d'histoire naturelle (MNHN) et d'Agro Paris-tech, rédigée en anglais et consultable sur internet à condition de payer 36 $ . La loi biodiversité de 2016 oblige à compenser les atteintes portées à la nature par un investissement ou un aménagement, mais cela ne fonctionne pas dans 80% des cas.

 La bonne blague ! Rappelez-vous, la compensation à la française devait se limiter à la restauration de territoires endommagés en échange de la construction d'un échangeur, d'une autoroute, d'une ligne de TGV etc... Il n'était pas question de créer des droits de compensation débouchant sur une monétarisation. Maintenant que le principe a été adopté, voté, inscrit dans la loi biodiversité de 2016, on peut passer à l'étape suivante, transformer la compensation en marché. Il suffisait de respecter un délai de convenance entre le vote du principe et la prise de conscience que le marché s'avère inévitable. 

 Cette "étude" a pour seul objectif de préparer les esprits à la transformation de la compensation réelle en droits de compensations, créant ainsi un marché de la biodiversité identique à celui du marché carbone.Tout simplement. 

 Les paris sont ouverts : dans peu de temps, des voix "de haut niveau" s'élèveront pour suggérer la transformation de la compensation en droits, et le parlement avalisera le projet de loi du gouvernement. 

Un projet de loi pris dans l'intention de favoriser le "développement durable" et sauver "la biodiversité"... Peut-être dans l'urgence, histoire de se verdir avant les prochaines échéances électorales aux yeux d'EELV et des ONG qui n'ont jusqu'à présent jamais remis en cause le principe du marché, notamment celui du carbone dont on voit à quel point il a freiné le réchauffement climatique. Des ONG dont le rôle se limite à celui de prestataires de service du business...


J'oubliais : et le loup, et l'ours et autres grand prédateurs dans tout ça ? Puisqu'ils servent d'indicateurs de bonne santé de la biodiversité, il suffirait de leur mettre une valeur monétaire, ou de les traduire en droits à échanger, de manière à les faire entrer dans ce nouveau marché...

NOTE :

On peut également lire l'article publié par Reporterre  intitulé "L'esbrouffe de la compensation écologique" : https://reporterre.net/Grands-projets-destructeurs-l-esbroufe-de-la-compensation-ecologique

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