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Billet de blog 18 févr. 2015

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Magnifique soulèvement populaire dans le Sud algérien contre le gaz de schiste

Malgré toutes sortes de pression, les mouvements de protestation dans le Sud algérien, en particulier à In Salah, contre les forages « d’exploration » de gaz de schiste se poursuivent. La presse algérienne nous en informe tous les jours. L’association « No Fracking France » a reçu des photos accablantes. Cela lui a permis de les diffuser sur son site et de faire un dossier technique sur les effets catastrophiques de cette industrie. 

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Malgré toutes sortes de pression, les mouvements de protestation dans le Sud algérien, en particulier à In Salah, contre les forages « d’exploration » de gaz de schiste se poursuivent. La presse algérienne nous en informe tous les jours. L’association « No Fracking France » a reçu des photos accablantes. Cela lui a permis de les diffuser sur son site et de faire un dossier technique sur les effets catastrophiques de cette industrie.

Pour une raison toujours inexpliquée, le gouvernement algérien a donné le feu vert à « l’exploration » du gaz de schiste  dans le Sud algérien. Quatre puits ont été forés près d’In Salah, dans les bassins d’Ahnet et d’Illizi. Les forages ont été suivis de fracturations hydrauliques. L’affaire est d’autant plus grave que ces fracturations hydrauliques vont polluer irrémédiablement les nappes d’eau souterraines dans une région qui manque déjà cruellement d’eau. Les autorités ont beau essayé de rassurer la population, de même que la SONATRACH – société algérienne d’hydrocarbures –,  toutes ces belles paroles sont déjà démenties par les faits.

Nous savons ce qu’il s’est passé et se passe encore aux Etats-Unis et au Canada. Nous savons à quel point le procédé employé pour extraire le gaz (ou le pétrole) de la roche mère, à coups d’injection d’une « soupe » d’eau mélangée à une centaine de produits chimiques  dont une bonne vingtaine sont mortels, est nocif et dangereux. L’association « No Fracking France » a compilé sur son site une masse de rapports scientifiques, audits, articles, témoignages, des dégâts irréversibles provoqués par cette industrie. Il suffit de les consulter.

Les bonnes manières de l’industrie pétrolière

Nous connaissons aussi les turpitudes de l’industrie pétrolière (quelles que soient les compagnies) et des fonds d’investissement qui sont associés, pour amadouer les politiques, leur faire croire monts et merveilles afin d’obtenir des permis. Nous avons partout constaté :

1 – que les promesses de ressources, et donc de profits à venir, sont toutes surestimées. La Pologne en est un exemple flagrant.

2 – que « l’exploration » est en fait déjà de l’exploitation de gaz ou pétrole de schiste car  les hydrocarbures extraits pendant cette période sont vendus.

3 – que les puits rendent leur maximum dans les deux-trois ans, et s’épuisent très rapidement. Ce qui implique de forer deux kilomètres plus loin pour exploiter le filon, au risque de créer un paysage lunaire, comme aux Etats-Unis. Et de démultiplier la pollution.

4 – que cette industrie n’est pas rentable, cette technique d’extraction étant bien plus coûteuse que l’exploitation des hydrocarbures dits « conventionnels ». D’ailleurs les grandes compagnies, dont récemment TOTAL, ont jeté l’éponge et se détournent du gaz de schiste. Mise à part Halliburton, ce sont souvent des petites compagnies américaines et canadiennes, les seules à détenir la technologie dans le monde, qui exploitent le gaz et le pétrole de schiste. Pour éviter la faillite, elles exploitent quelque temps et revendent rapidement leurs permis. Des permis, soit dit en passant, qui leur permettent de maquiller les comptes de la société en étant inscrits dans la liste des actifs… Comme dans la chaine de Ponzi, ce sont ceux qui rachètent qui prennent le plus de risques ! Vu d’ici, on se demande ce que la SONATRACH vient faire dans cette galère, à moins de servir de fausse bannière pour le compte d’autres sociétés…

5 – que cette industrie ne peut fonctionner sans les aides publiques qui prennent la plupart du temps la  forme d’ « incitations » fiscales plus ou moins importantes. Et suivant le principe bien établi de socialiser les pertes et de privatiser les profits, les conséquences de l’exploitation (pollution de l’eau, émanation de méthane etc…) sont à la charge des collectivités publiques et de l’État. Pendant et après la fin de l’exploitation.

6 – que derrière cette industrie mortifère se cachent d’autres appétits. Les grandes compagnies des eaux sont en embuscade sous prétexte de dépolluer l’eau ou de gérer la ressource. On a vu des rapprochements intéressants, notamment chez SUEZ. De son côté, VEOLIA a assuré pouvoir dépolluer la soupe de fracturation qui remonte en surface grâce à ses membranes. Ce qui nous laisse dubitatifs car il faudrait autant de membranes bien adaptées à chaque produit chimique injecté dans l’eau de fracturation… Ce qui est sûr, c’est que la fracturation hydraulique est très gourmande en eau. Au point qu’elle est devenue rare dans certaines régions des Etats-Unis à cause du gaz et du pétrole de schiste. Or ce qui est rare est cher, les compagnies des eaux en rêvent, les investisseurs financiers également. Tous attendent fébrilement la vente de l’eau en tant que ressource, et pas seulement le service d’adduction et d’assainissement. L’eau c’est la vie, on ne peut s’en passer. Vendre une eau rare, soi disant dépolluée, c’est le jackpot assuré.

Soulèvement de la population

On le voit, le gaz de schiste n’est qu’une bulle financière (1). L’entêtement des autorités algériennes à persévérer dans cette voie est d’autant plus incompréhensible que cette bulle coûtera cher aux populations, à l’environnement, à la vie dans son ensemble. Pourquoi s’entêter alors que ce pays a déjà d’énormes problèmes d’eau, une ressource qui vaudra de l’or dans peu de temps ? Les populations du Sud, par contre, ont compris leur intérêt. Déjà échaudés par les retombées des  bombes atomiques françaises, les habitants de ces régions ne croient plus aux discours rassurants promettant que tout irait pour le mieux, qu’ils connaitraient un avenir radieux.  Ils ont déjà vu que l’exploitation gazière et pétrolière classique ne leur avait pas donné d’emplois. Au contraire, le chômage fait rage. Grâce aux mobilisations en France et ailleurs, ils ont entendu parler des risques de pollution irréversible engendrés par la fracturation hydraulique. 

Aussi depuis le 1er janvier 2015, hommes, femmes, jeunes, vieux et enfants, tous ceux qui s’opposent au gaz de schiste, se retrouvent, à un moment ou un autre de la journée, sur cette place du centre-ville d’In Salah. Cette place a d’ailleurs été rebaptisée « Sahat Essoumoud »,  Place de la Résistance. Ils manifestent avec courage et pacifiquement depuis plus d’un mois pour dénoncer les explorations de gaz de schiste sur leurs territoires, dans les rues d’In Salah, mais aussi d’autres villes du Sud, jusqu’à Tamanrasset, bloquant parfois les routes d’accès aux sites gaziers contestés.  Certains d'entre eux ont fait parvenir à l’association « No Fracking France » des photos prises sur deux sites forages de la SONATRACH, dans le bassin d'Ahnet. Des photos qui démentent vigoureusement les discours officiels. Ce mouvement semble ne pas vouloir cesser. Qu’ont-ils à perdre ? Ils ont tout à gagner, à commencer par la dignité.

(1) Ou un intérêt hautement stratégique comme aux Etats-Unis.

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