Chute du mur, œuvre de la révolution pacifique, fruit de la politique de Gorbatchev

La chute du mur n'aurait pas eu lieu sans la révolution pacifique trop peu citée en France. Quelle indécence cet emploi du terme "annexion" par le Monde Diplomatique et Mélenchon pour passer sous silence la mobilisation de millions d'Allemands de l'Est pour la liberté au risque de leur vie ainsi que les élections libres de mars 1990 avec pour vainqueur la CDU de l’Est, parti de la réunification

Quand Jean-Luc Mélenchon répète sans cesse qu'il faut écouter le peuple, enfin de compte, l'esprit germanophobe aidant, il en a peur du peuple, de ces millions de gens qui se sont mis en marche sans violence pour la liberté. Il aime bien les régimes autoritaires.

Quant au Monde Diplomatique, en titrant "Allemagne de l'Est, histoire d'une annexion", il s'enferme dans ses certitudes qui le placent en décalage avec la réalité des sociétés en marche, niant le mouvement démocratique. C'est le cas tout du moins pour la révolution pacifique en RDA de l'été et de l'automne '89 et donc de la chute du mur.  

Le mur de Berlin n'est pas tombé comme ça sur un claquement de doigts le 9 novembre 1989. Mais l'objectif est clair ici, il est préférable pour Mélenchon et le Monde Diplomatique, de parler d'annexion afin de camoufler la façon dont des millions d'Allemands de l'Est ont, au risque de mettre leur vie en danger, surmonté leur peur pour briser l'enferment et parvenir à la liberté. C'est méprisant, c'est faire  croire que ce mouvement aurait été téléguidé de l'extérieur. Il s'agit tout simplement d'une position révisionniste de leur part. 

ET POURTANT, IL Y A TANT DE CHOSES - A LA FOIS BELLES ET DRAMATIQUES - A RACONTER SUR CETTE PERIODE ENTRE L'ETE 1989 ET LE 9 NOVEMBRE.

Rappelons les faits:

Lors de la manifestation du 15 janvier 1989 organisée par le régime pour commémorer l'assassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, des manifestants sont arrêtés pour avoir inscrit sur une banderole la phrase célèbre de Rosa Luxembourg: "La liberté est toujours la liberté de ceux qui pensent autrement". Les principaux dissidents sont arrêtés comme Wolfgang Templin et sa femme Lotte, Bärbel Bohley, Stephan Krawxzyk, Freya Klier.

Ces arrestations provoquent l'indignation. Le 19,janvier, le secrétaire général du SED, parti communiste au pouvoir, Erich Honnecker, déclare que le mur de Berlin durera encore 100 ans, ce qui créée un véritable électrochoc.

Mais le mouvement commence vraiment avec les élections municipales truquées du 7 mai 1989, la liste unique obtient 99% des voix. L'opposition parle d'élections truquées et lance des appels à la démocratie et à des élections libres. Tous les 7 du mois ont lieu à Berlin Est sur l'Alexanderplatz et devant les églises, notamment l'église de Gethsémané, des manifestations contre la fraude électorale. La Stasi, quant à elle, s'applique à réprimer les critiques toujours plus fortes.

Le mouvement prend de l'ampleur car le régime de la RDA soutient la répression de la Place Tiananmen. Durant les grandes vacances, des milliers d'Allemands de l'Est tentent de quitter la RDA via la Tchécoslovaquie et la Hongrie.

Puis, le 4 septembre commencent les manifestations du lundi à Leipzig. Pourquoi Leipzig? Depuis 81, des habitants de Leipzig se réunissent tous les lundi à l'Eglise Saint Nicolas pour une prière pour la paix. Ils réclament le désarmement Est-Ouest, alors que le régime de la RDA exige le désarmement unilatéral de l'Ouest. Dès 1986, d'autres groupes d'oppositions, parmi lesquels un groupe écolo, se joint au groupe de prières pour la paix. Après les élections municipales truquées du 7 mai 1989, un thème se diffuse très largement: démocratie et élections libres, liberté de voyager et d'expression.

Le 4 septembre 1989, les choses prennent une autre tournure. C'est le lundi de la rentrée en RDA. L'ambiance en RDA est de plus en plus tendue. A l'église Saint Nicolas, on ne parle que des fuites massives vers la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Pologne pour tenter de passer à l'Ouest. Deux militants des droits civiques (Bürgerrechtler) d'une vingtaine d'années appellent à une manifestation après la prière pour la paix le soir même. Des affiches sont distribuées à ceux qui veulent manifester et une grande banderole est déroulée devant l'église: "Pour un pays ouvert, des gens libres et la liberté". Ils sont 300, y compris 200 qui voulaient quitter la RDA. Des médias de l'ouest sont présents, aussi il n' y a pas eu de répression.

Mais le lundi suivant, il y a plus de monde. Comme les médias occidentaux sont absents, la répression policière et de la stasi est forte avec des arrestations, surtout que le 10 septembre le gouvernement hongrois décide d'ouvrir la frontière avec l'Autriche. 15 000 Allemands de l'Est fuient vers la Hongrie rien que la première semaine.

Chaque semaine, le nombre des manifestants augmente à Leipzig, la répression aussi: ils sont 8000 fin septembre. Le 2 octobre, les manifestants font face à des troupes spéciales lourdement armées accompagnées de chiens de combat. Ils lancent le célèbre mot d'ordre "Wir sind das Volk", "nous sommes le peuple".

Dans le même temps, les Allemands de l'Est continuent de fuir vers la Tchécoslovaquie, la Pologne et se réfugient dans les ambassades de la RFA à Prague, Varsovie. La situation est dangereuse notamment à Prague en raison de la politique répressive du régime. Les ambassades ouest-allemandes sont pleines, l'ambassade de Prague est bondée, une vie dans la promiscuité s'installe.

Le travail du ministre des Affaires étrangères de la RFA, Hans-Dietrich Genscher, auprès de ces homologues de Tchécoslovaquie, Pologne, d'URSS, de RDA contribue à résoudre la crise des réfugiés (terme officiel) est-allemands présents dans les ambassades de la RFA en Tchécoslovaquie et en Pologne. Genscher annonce depuis le balcon de l'ambassade de Prague, dans un discours célèbre aux réfugiés est-allemands que la RDA les autorise à quitter leur pays et à vivre en RFA. Cris de joie indescriptibles.  

Les trains de la liberté sont mis en place. Mais condition du gouvernement est-allemand: les trains doivent transiter par la RDA, par les villes de Dresde et de Karl-Marx-Stadt (aujourd'hui Chemnitz). Refus des réfugiés est-allemands, pensant que la sécurité de la RDA les obligerait à descendre. Genscher parvient à les convaincre en plaçant ses diplomates dans les trains qui garantirent la traversée de la RDA, mais sans empêcher des scènes dramatiques: Les forces de sécurité de la RDA ont recours à la répression contre  le nombre imposant d'Allemands de l'Est qui veulent pénétrer dans la gare de Dresde et monter dans le train. Jusqu'à la chute du mur, l'ambassade de RFA à Prague accueille plus de 10 000 Allemands de l'Est qui partent en RFA par trains spéciaux.

Le 7 octobre, la RDA fête son 40e anniversaire. Les dirigeants du bloc soviétique et de pays amis sont présents à Berlin Est. Grande parade militaire en présence de Mikhaïl Gorbatchev.  La police et la Stasi répriment violemment les manifestants dans la Schönhauser Allee, nombre d'entre eux trouvent refuge dans l'Eglise de Gethsémané. Les images font le tour du monde, 500 personnes sont détenues pendant plusieurs semaines dans les geôles de la Stasi.

La tension est à son comble, peur d'une intervention de l'armée de la RDA et surtout des troupes soviétiques stationnées depuis 1949 à Berlin-Est et dans toute la RDA. On pense à l'écrasement de la manifestation du 17 juin 1953 par les troupes soviétiques.

Les manifestants continuent et se rapprochent le soir du Palais de la République où les Chefs d'Etat présents aux cérémonies du 40 e anniversaire, scandent "Gorbi, Gorbi aide-nous"! Mikhaïl Gorbatchev, quelques heures auparavant, a mis en garde les dirigeants de la RDA rétifs au changement avec la célèbre phrase: "Celui qui arrive trop tard, est puni par la vie". Comme l'a montré récemment un documentaire d'ARTE sur le 40e anniversaire de la RDA, Mikhaïl Gorbatchev, informé des événements à l'extérieur, quitte le Palais de la République avant le début du dîner, ce que tous ignorent à l'extérieur. Des manifestations naissent aussi dans d'autres villes comme Plauen. Personne ne le sait encore, mais l'attitude de Mikhaïl Gorbatchev fait qu'il n' y aura pas d'intervention des troupes soviétiques.

La répression du 7 octobre à Berlin a fait bondir le nombre de manifestants. Ils étaient 8000 à la manifestation du 25 septembre à Leipzig, ils sont 70 000 à celle du 9 octobre. La répression s'arrête grâce à Kurt Masur, alors chef d'orchestre du Gewandhaus de Leipzig, qui parvient à obtenir le 8 octobre au soir, que la manifestation du lendemain ne subisse pas la répression policière et de la stasi.

Cette date a marqué un tournant dans les événements. La répression prend fin, les troupes soviétiques n'interviennent pas. Les manifestations du lundi s'étendent dans toutes les villes grandes, petites et moyennes de la RDA. Mais à côté du mot d’ordre "nous sommes le peuple" émerge "nous sommes un peuple", l'idée de réunification commence à poindre. 

Erich Honecker qui dirige le pays, quitte le pouvoir le 18 octobre et est remplacé par Egon Krenz, chef des élections truquées du 7 mai et soutien actif de la répression de la PlaceTiananmen. 

Mais la manifestation du 4 novembre sur l'Alexanderplatz est la plus grande manifestation de l'histoire de la RDA et la première autorisée par l'appareil d'Etat. La manifestation suivie d'un grand rassemblement, qui est organisée par tous les théâtres de Berlin-Est, rassemble 1 million de personnes contre la violence, contre le parti unique, pour des droits constitutionnels, pour la liberté de la presse, d'expression et de réunion. Les manifestants scandent: "Nous restons ici", mais on peut entendre également ci et là: "nous sommes un peuple". Des mots d'ordre fleurissent sur les banderoles. La créativité, l'ironie et l'humour des slogans sont un signe particulier de cette manifestation. Le tout est diffusé à la télévision de la RDA spontanément. De nombreux intellectuels, militants des droits civiques, représentants du régime prennent la parole. 

Si la manifestation s'était dirigée vers le mur, celui-ci n'aurait pas résisté tant la pression était grande. 

Le 9 novembre 1989 et l'incrédulité heureuse

La veille, Egon Krenz annonce devant le comité central du SED, parti communiste de la RDA, qu'une nouvelle loi électorale devra être adoptée garantissant un vote libre, démocratique et secret et que le mouvement civique "Nouveau Forum" et d'autres mouvements sont autorisés. Le lendemain 9 novembre, il met à l'ordre du jour de la réunion un projet de décret relatif à de nouvelles sorties du territoire est-allemand. Celui qui déroule les annonces devant un parterre de journalistes, retransmises en direct à la télévision de la RDA à une heure de grande écoute, c'est Günter Schabowski, membre du Bureau Politique du SED et nommé porte parole du gouvernement trois jours plus tôt. Pressé par les journalistes, il lit la nouvelle réglementation: "les voyages privés peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs - motifs de voyage ou lien de familles. Les autorisations seront délivrées sans retard. Les voyages, y compris à durée permanente, peuvent se faire à tous les postes frontières avec la RFA". Schabowski vient donc d'annoncer l'ouverture des frontières de la RDA. Mais c'est la question d'un journaliste qui fait basculer la conférence de presse: "Quand cela rentre t-il en vigueur?". Schabowski qui n'a pas assisté aux discussions sur la réglementation est pris au dépourvu, il hésite et improvise une réponse: "A ma connaissance, immédiatement, sans délai". Il est 18h53. L'AFP, quelques minutes plus tard, fait son premier communiqué: "L'Allemagne de l'Est a décidé jeudi d'ouvrir totalement ses frontières avec effet immédiat à ceux de ses concitoyens qui veulent émigrer définitivement". On connaît la suite. A 23h30, les garde-frontières laissent les gens passer.

Il fallait voir les yeux de ceux qui passaient la frontière, des yeux grands ouverts, une incrédulité heureuse, pour comprendre la dimension historique de ce qu'avait réalisé les Allemands de l'Est il y a 30 ans. La chute du mur n'est pas l'œuvre d'Helmut Kohl, mais bien des Allemands de l'Est de façon pacifique à qui il faut rendre hommage. Le fruit en est la politique de Mikhaïl Gorbatchev. 

La chute du mur c'est la fin de la pratique meurtrière de sécurité de la frontière de la RDA.

Mon 9 novembre à moi

Et moi pendant ce temps là, j'étais au Kino International, le grand cinéma mythique de Berlin Est près de l'Alexanderplatz, à la Première du film « Coming Out » de Heiner Carow, premier film est-allemand sur l'homosexualité qui avait été tourné dans la semi-clandestinité. Soudain quelqu'un crie dans la salle : « la frontière est ouverte » et reçoit comme réponse : « chut », « ta gueule ! ». Le film est émouvent, captivant. Une discussion s'engage avec le réalisateur qui déborde sur les événements. A la sortie, contrairement à d'habitude, la rue est noire de monde. Tous vont dans la même direction. « Vous allez où ? "On ne sait pas, on suit » dit l'un. « Il se passe quelque chose à la frontière », dit l'autre. La foule s'agglutine au check point de la Heinrich-Heine-Strasse. Une Trabant revient... de Berlin-Ouest. « Wahnsinn » ! (c'est fou!) crient les passagers. Ce mot résonnera des dizaines, des centaines de fois. Tout le monde s'embrasse. On essaie de passer à l'Ouest avec les Allemands de l'Est qui, dans leur joie, offrent des fleurs à des soldats et douaniers. Mais ceux-ci nous arrêtent : « la frontière est ouverte uniquement aux citoyens de la RDA. Pour les étrangers, c'est aux endroits habituels ». Incroyable ! Le monde est à l'envers ! Le mur de Berlin tombe... vraiment, sans goutte de sang, sans coup de feu. J'ai vu le mur tomber Heinrich-Heine-Strasse, la rue du poète.

Le 9 novembre 1989 de Gregor Gysi, Willi Brandt, Helmut Kohl, Dany Cohn-Bendit

Le mur de Berlin tombe. Rien n'avait été planifié. D'ailleurs, ce soir là, Gregor Gysi qui allait devenir très vite la figure charismatique de la gauche allemande et l'ancien chancelier Willi Brandt dorment. Le chancelier Helmut Kohl est tout simplement à Varsovie en visite officielle chez son homologue polonais Tadeusz Mazowiecki qui a été investi quelques mois auparavant Premier ministre d'un gouvernement non communiste dans un pays membre du Pacte de Varsovie. Les collaborateurs d'Helmut Kohl tentent de l'appeler pendant des heures. Une fois informé de la chute du mur, le chancelier n'y croit pas. Dany Cohn-Bendit, lui, regarde, effaré, ce qu'il se passe à la télévision : La Conférence de presse de Günther Schabowski retransmise sur toutes les chaines. 

Les 9 novembre allemands chargés d'histoire

9 novembre. Ce jour a profondément marqué l'histoire de l'Allemagne, où se mêlent le pire et le meilleur. 1848 est une année révolutionnaire en Europe. Le 9 novembre, l'assassinat de Robert Blum, leader de la révolution en Allemagne, sonne le glas de la Märzrevolution. En 1918, le 9 novembre, Philipp Scheidermann proclame la République libérale et démocratique et Karl Liebknecht la République socialiste, signes précurseurs de la Révolution de novembre qui se terminera quelques mois plus tard par l'assassinat notamment de ses leaders Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Le 9 novembre 1923, c'est le jour du fameux putsch raté d'Hitler à Munich, qui met son incarcération à profit pour écrire Mein Kampf. C'est le 9 novembre 1938 qu'eut lieu la Nuit de Cristal, nom donné au violent pogrome nazi contre les Juifs qui a sévi dans toute l'Allemagne et les territoires annexés. 9 novembre 1989, chute du mur de Berlin. 

LE PROCESSUS DEMOCRATIQUE SE MET TRES VITE EN MARCHE

Le 10 novembre 1989, les Allemands de l'Est se précipitent dans les banques à Berlin-Ouest et dans d'autres villes de la RFA pour recevoir leur "argent de bienvenue" qui s'élève à 100 deutschemark, les magasins sont pris d'assaut. Le processus démocratique se met en marche. 

Démocratie, écologie

Avec ce vent de liberté précédant la chute du mur, la RDA se met à grouiller de créativité à tous les niveaux. Les medias est-allemands à qui les Allemands de l'Est tournaient le dos, car haut lieu de la propagande du régime, deviennent du jour au lendemain, inventifs, proches des gens et sont donc très prisés. Des mouvements de citoyens se créent, dont les leaders, dans la dissidence, ont été protégés par l'église protestante : le Nouveau Forum de Joachim Gauck qui deviendra plus tard Président de la République fédérale d'Allemagne, le demokratischer Aufbruch ou réveil démocratique d'Angela Merkel, aujourd'hui chancelière de l'Allemagne fédérale, Demokratie Jetzt ou Démocratie maintenant de Wolfgang Ullmann, qui plus tard sera eurodéputé des Grünen. Les mouvements écologistes se font entendre. Les medias est-allemands mettent en lumière le désastre écologique de la ville de Bitterfeld.

Le SED fait peau neuve

Ce sont les forces réformatrices au sein du SED qui, dans leur lutte contre le stalinisme et le totalitarisme, joueront un rôle déterminant dans la la création du Parti du Socialisme Démocratique (PDS). Lors de son congrès fondateur, les militants offrent symboliquement un balai pour faire le ménage dans le parti à l'avocat Gregor Gysi qu'ils élisent de fait président. Il en devient son chef charismatique. Il réhabilite de nombreuses personnalités qui avaient été exclues du SED, voire emprisonnées... pour des idées. Les réformateurs conduiront l'analyse de ce qui s'est passé, analyse qui se fera dans la douleur, mais o combien nécessaire, surtout que les nostalgiques de l'ancienne époque faisaient de la résistance. Plus tard, le PDS a fusionné avec un parti de l'Ouest de l'Allemagne, la WASG ou « Alternative électorale travail et justice sociale ». On connaît la suite... Die Linke est née.

Le Gouvernement Modrow et l'expérience des "tables rondes"

« Keine Gewalt » Pas de violence était le mot d'ordre des acteurs de cette révolution. Il s'agit, dans l'histoire de ce pays, du premier grand mouvement qui, pacifiquement, et de plus porté par la perestroïka de Mikhail Gorbatchev, fera chuter ses dirigeants, imposera une table ronde avec l'ensemble des mouvements citoyens et partis politiques se constituant ou se rénovant, autour du Premier ministre de l'époque, Hans Modrow, qui appartenait au courant réformateur au sein du SED, et qui prend ses fonctions le 13 novembre. Une autre façon de gouverner est entrain de naître. La RDA devient démocratique. Des formes inédites de démocratie se mettent en place.

Les réformes sont introduites pour des élections libres prévues pour mai 1990, puis avancées au mois de mars.

La surprise des élections de mars 1990, la voie ouverte vers la réunification  

Il s'agit de renouveler l'ensemble des 400 membres de la Chambre du peuple (Volkskammer), le parlement de la RDA au suffrage direct. Ce sont les premières élections  où les citoyens de la RDA ont le choix entre 24 partis qui présentent des listes de candidats, et les premières de ce type dans l'est de l'Allemagne depuis celles de mars 1933 dans tout le pays, les dernières élections libres en Allemagne, plaçant le parti nazi largement en tête. 

Le parti social-démocrate (SDP) est créé en octobre 1989, s'inspirant du SPD de la RFA; les partis de droite s'unissent dans une "Alliance pour l'Allemagne" dominée par l'Union chrétienne démocrate d'Allemagne (CDU) de l'Est mais qui existait déjà du temps de la RDA, collaborant avec le régime. Elle devient en 1989 le parti conservateur, hostile au socialisme de la RDA ou "socialisme réel". Elle est soutenue par son parti homologue à l'Ouest et par le chancelier Helmut Kohl. Le SED, parti communiste dominant de la RDA se transforme en parti du socialisme démocratique

La CDU dans les deux Allemagne, prône une réunification  rapide à travers une fusion de la RDA et de la RFA. Elle souhaite la fin du "socialisme réel", l'introduction de l'économie de marché, les sociaux-démocrates, favoris des sondages, souhaitent le maintien de certaines traditions socialistes de la RDA et une réunification à pas mesurés pour éviter des problèmes de chômage et la déstabilisation économique. Le PDS fait campagne pour le maintien de certaines structures caractéristiques de la RDA, soulignant en particulier la nécessité pour l'Etat d'assurer la protection sociale. 

Le taux de participation est de plus de 93%. A la surprise générale, la droite qui prônait la réunification remporte les élections avec 48% des suffrages. Le nouveau parlement élit Lothar de Maizière (CDU) au poste de Président du conseil des ministres. Il est le premier et le dernier non communiste à diriger un gouvernement est-allemand. 

La victoire de la droite est due au fait que les gens voulaient une réunification rapide, les anciennes élites sont éliminées du pouvoir. La RDA était une société fermée dans tous les domaines, fermée aux libertés de voyager, de s'exprimer, à la démocratie, à l'approvisionnement, L'occident leur offrait cette ouverture toute grande. La question de la protection sociale est devenue secondaire. Puis ;es choses se sont accélérées jusqu'au 3 octobre, jour de la réunification allemande. 

Que cela plaise ou non à Mélenchon ou au Monde Diplo, les Allemands de l'est ont arraché eux-mêmes leur liberté dans la non-violence et ont voté démocratiquement et librement pour la réunification et non avec un pistolet sur la tempe. Il ne s'agit pas d'annexion.

La réunification a été très dure  et s'est faite dans la souffrance pour la raison suivante: L'Allemagne fédérale était dirigée par Helmut Kohl et la conservatrice CDU, Thatcher était au pouvoir à Londres et le républicain Bush père dirigeait les Etats-Unis. L'esprit de l'époque était ultra-libéral et thatchérien. La France de Mitterrand et la perestroïka de Gorbatchev n'étaient pas dans l'air du temps. L'URSS était en faillite économiquement. 

C'est bien de ce mouvement populaire pour la liberté et de la chute du mur qu'il s'agit aujourd'hui et pas d'autre chose 

 Les 8000 dissidents de l'époque ne pensaient pas que le mouvement allait créér une dynamique telle, que tout irait plus vite que le temps. Avec le mot d'ordre "Wir sind EIN Volk", les Allemands voulaient former UN peuple. 

Rendons hommage aujourd'hui à ceux qui ont fait tomber le mur. Il sera temps l'an prochain de parler de la réunification. 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.