Francoise Diehlmann
Germaniste, traduis, blogue sur l'Allemagne, également sur la France, l'Europe, le monde, membre du Comité directeur de l'Union des Fédéralistes Européens - France, Ecolo cohn-bendiste, Refugees Welcome, combats les nationalismes et régimes totalitaires, pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine, défense des droits humains
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Billet de blog 2 juil. 2017

Francoise Diehlmann
Germaniste, traduis, blogue sur l'Allemagne, également sur la France, l'Europe, le monde, membre du Comité directeur de l'Union des Fédéralistes Européens - France, Ecolo cohn-bendiste, Refugees Welcome, combats les nationalismes et régimes totalitaires, pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine, défense des droits humains
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La gauche n’a pas fait son aggiornamento. Elle le paie aujourd'hui.

Après la chute du mur de Berlin qui a bouleversé l’Europe il y a 28 ans, les deux partis de gauche que sont le PS et le PCF n’ont pas tiré de leçon radicale de cette époque. Aussi, ils ne se sont pas modernisés, ratant de fait leur entrée dans le 21e siècle. La gauche le paie aujourd’hui.

Francoise Diehlmann
Germaniste, traduis, blogue sur l'Allemagne, également sur la France, l'Europe, le monde, membre du Comité directeur de l'Union des Fédéralistes Européens - France, Ecolo cohn-bendiste, Refugees Welcome, combats les nationalismes et régimes totalitaires, pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine, défense des droits humains
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En effet, ces deux partis se sont limités à des ajustements mais n’ont jamais fait de fond en comble une analyse de leur histoire, de leurs erreurs, analyse qui certes aurait été douloureuse, mais tellement nécessaire.

Je ne vais pas me lancer ici dans une analyse de la gauche. Mais la présence au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 du candidat du parti fasciste, Jean-Marie le Pen, aurait du être le dernier vrai signal pour que la gauche se transforme radicalement.

La gauche aurait du procéder à un aggiornamento. Elle aurait du avant tout et surtout devenir profondément européenne et emmener les gens avec elle dans le bateau de l'Europe. Elle ne n’a pas fait. On connaît la suite.

La gauche s’est laissée enfermer, dépasser par les forces anti-européennes. L’appel des 200  à l'époque consistait à dire NON au traité constitutionnel de 2005, sans même proposer de projet de constitution européenne alternatif, ce qui a conduit les anti-européens de tout poil qui ne voulaient pas d’Europe et surtout pas de constitution, de prendre le dessus. Combien de fois ai-je entendu : « on ne veut pas de constitution européenne, on s’en fout ». Pour moi qui ai vécu en direct la chute du mur de Berlin, tourner le dos à l’Europe était une terrible régression.

En 2012, la gauche de gouvernement a tous les pouvoirs à tous les échelons, ce qui n’est pas le cas pour En Marche aujourd’hui. La gauche de la gauche dès le début se place dans l’opposition systématique, au lieu d’entrer au Gouvernement ce qui lui aurait permis de créer un rapport de force.

Les écologistes d’EELV quittent le Gouvernement, pas sur la base d’un désaccord politique comme a pu le faire Christiane Taubira, mais parce que le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, ne plaisait pas à la ministre écologiste du logement de l’époque et qui sur ce fait est parvenue à casser en deux Europe Ecologie-les Verts. Au lieu de mener un vrai débat de fond, ceux qui étaient en désaccord ont été poussés vers la sortie, aujourd'hui accusés de traîtrise pour être élu par la République en Marche Président de l’Assemblée nationale ou pour être député de la République En Marche. Et pourtant les écologistes de toute part avec Europe Ecologie de Dany Cohn-Bendit, avaient créé en 2009 un mouvement citoyen, écologiste européen. Mais notre erreur, et je m’y inclus, a été de nous accrocher aux wagons du parti vert. Nous en connaissons le résultat aujourd’hui, EELV est réduit à rien.

Le PS est seul au pouvoir après le départ des écologistes du Gouvernement. S’il faut tenir compte du fait que le quinquennat a été marqué par les terribles attentats, s’il y a eu des mesures positives durant ce quinquennat, ce qu’il ne faut pas nier, si la COP 21 fut un succès grâce notamment à Laurent Fabius, et non grâce aux écologistes qui avaient déserté le Gouvernement, le Président et le Gouvernement ont rompu avec les valeurs de gauche, comme ce fut le cas avec l’épisode blessant de la déchéance de la nationalité, comme ce fut le cas avec le terrible  renoncement à la tradition française de terre d’accueil, faisant ainsi de l’Allemagne la patrie des droits de l’homme, et j’y ajouterais  l’Italie. Le Premier ministre Manuel Valls a hystérisé les débats en tentant d’imposer une laïcité revancharde, le Président laissant faire.

Pendant ce temps, le Front national montait en flèche dans les sondages, se retrouvant pour la deuxième fois au deuxième tour de l’élection présidentielle, sans être particulièrement combattu par la gauche, qui préférait s’attaquer à Emmanuel Macron, le candidat de la République en Marche. Emmanuel Macron, en menant campagne contre le FN, en menant une campagne essentiellement pro-européenne, en changeant la donne au niveau du paysage politique français, et en remportant l’élection présidentielle, a évité le pire à notre pays et à l’Europe, cette Europe très inquiète que le FN puisse remporter l’élection présidentielle en France. Ce n’est pas un hasard si le mouvement en faveur de l’Europe, « Pulse of Europe », particulièrement fort en Allemagne et dans les pays du Nord, organisait chaque dimanche des manifestations pro-européennes notamment dans les villes allemandes, appelant les Français à ne pas élire l’extrême droite fasciste. La mobilisation pro-européenne et contre le FN a été puissante en Allemagne, plus forte qu’en France et contribuant à faire baisser l’extrême droite Outre-Rhin. Rien d’étonnant qu’Emmanuel Macron ait soulevé des espoirs en Europe et aussi en France.

N’en déplaise à la gauche, les Français ont voté dans ce sens aux élections présidentielle et législative, créant un big bang politique, éliminant du 2e tour les partis traditionnels de droite et de gauche.

La gauche aujourd’hui ne s’affiche pas comme une bonne perdante qui lui permettrait un sursaut, de regarder vers l’avenir. Elle s’affiche au contraire avec l’esprit looser, donc agressif. Les réactions de Jean-Christophe Cambadélis qui fait comme si le PS était toujours « le parti d’avant-garde de la gauche » et rendant le Président de la République responsable de tous les maux, sont un exemple. Mais l’agressivité vient notamment du côté de la France Insoumise. Cette affirmation qui consiste à vouloir à tout prix avoir raison et à n’être que dans la pureté idéologique place certains dirigeants voire certains militants actifs de la France Insoumise dans une situation d’hystérisation voire de fanatisation : insultes sur les réseaux sociaux, notamment en direction des adhérents de la République En Marche qu’ils accusent de traîtrise, d’être de droite, en ayant recours à l’insulte. Cette quête de pureté idéologique ramène la France Insoumise aux pratiques sectaires utilisées au siècle dernier. Mais on peut être à la République En Marche et ne pas être d’accord sur tout. Tout désaccord doit être considéré comme fécond, ce qui est une autre façon de faire de la politique.

Ce n’est pas la voie qu’emprunte la France Insoumise qui s’oriente d’ailleurs plutôt vers une révolution de pacotille de façon agressive. Deux exemples.

La fameuse cravate.  Le truc de la France Insoumise qui fait flop : Enlever la cravate dans l’hémicycle. Et bien, je préfère de loin d’une part l’entrée dans les années 80 des députés écolos allemands au Bundestag en chaussures de sport, en pull tricoté, et se mettant – pour les hommes -  à tricoter dans l’hémicycle pour symboliser, en tant que premier groupe écolo et nouveau groupe dans le parlement allemand, le grand MOUVEMENT ANTI-AUTORITAIRE DE LA SOCIETE ALLEMANDE, et d’autre part  la jeune députée punk des années 90 du PDS (aujourd’hui die Linke), que ces mâles de la France Insoumise qui pensent que faire la révolution et représenter la société, c’est ôter la cravate dans l’hémicycle et la remettre à la sortie. Seulement voilà, ce qu'oublie ces pseudo-révolutionnaires, c'est qu'il y a 10 ans, François de Rugy, l’actuel Président de l’Assemblée nationale, mentionnait qu’il n’ y a pas de lois sur le port obligatoire de la cravate dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Un épiphénomène. 

Le Congrès. Au lieu de lutter pour des choses sérieuses, communistes, insoumis et au moins une sénatrice EELV décident de boycotter le Congrès. On n’a jamais entendu dire que les députés Front de Gauche et certains élus EELV élus lors de mandats précédents s’étaient précipités vers la sortie quand le Président de l’Assemblée lisait le message du Président de la République sur sa vision politique une heure avant le discours de politique générale du Premier ministre. La loi aujourd’hui permet au Président de la République de s’exprimer au Congrès. Emmanuel Macron utilise la loi et le fait. C’est moins hypocrite que le message. Pour François de Rugy, "le premier grand discours aux Français du nouveau Président de la République est un bel hommage aux Parlementaires". Après, on peut discuter de la Ve République, mais c’est un autre débat. Les Insoumis, en boycottant le Congrès et en mélangeant tout, sciemment, n’ont pas une haute conception et estime de la démocratie. Pauvre gauche de la gauche !

D'ailleurs tout ceci ne correspond en rien au vote des Français. Ils n’ont pas voulu la VIe République. Cela ne m’empêche pas personnellement d’être pour une VIe république, mais ce n’est pas à l’ordre du jour ou alors il faut bien se préparer. Mais il ne faut surtout pas faire comme Jean-Luc Mélenchon qui disait que s’il était élu, une constituante serait proclamée. Je dis çela, car de jeunes électeurs de Jean-Luc Mélenchon m’ont dit qu’ils souhaitaient qu’il gagne, car ils ont hâte que la VIe République arrive vite. Et c’est totalement compréhensible. Mais quand je leur demandais comment ils voyaient les choses,  pour eux, il suffisait que Jean-Luc Mélenchon soit élu. Comment Jean-Luc Mélenchon aurait mis en place sa VIe République, sa constituante ? En passant au-dessus du Parlement comme d’un coup de baguette magique ? En ayant recours à l’article 16 ? Là aussi de faux espoirs ont été donnés. Et quid de la démocratie ? On sait que jean-Luc Mélenchon aime certains régimes autoritaires et pas n’importe lesquels.

Le Parti Socialiste, quant à lui, se délite. Il serait très urgent qu’il fasse l'analyse de son histoire. Seulement voilà, ceux qui sont partis à la République en marche ont été exclus. Quant à Benoît Hamon, le candidat PS à la présidentielle, il quitte le navire, alors qu’il a lui aussi  sa responsabilité dans le désastre. Donc l’analyse de l’histoire n’aura pas lieu. Alors, puisqu’il en est ainsi, il faut du neuf radicalement. On ne fait pas du neuf avec l’ancien même si le mouvement de Benoit Hamon s’appelle juillet, août ou septembre. 

En lien avec tout ceci, je ne peux pas finir sans parler de Simone Veil, dont la mort nous remplit toutes et tous d’une émotion intense.

Quand on voit le parcours de Simone Veil qui incarne la mémoire de la Shoah, le droit des femmes et l’Europe, et l’émotion nationale que suscite son décès, on se demande comment la France a pu en arriver à ce que des Le Pen soient deux fois au deuxième tour de l’élection présidentielle. N’oublions pas quand même que Jean-Marie Le Pen a déclaré que « les chambres à gaz sont un détail de l’histoire ». On se demande également comment la droite a-t-elle pu en arriver à présenter à l’élection présidentielle un candidat comme François Fillon dont on sait que s’il qu'il aurait jeté aux orties le droit à l’Interruption volontaire de grossesse, il l'aurait fait. On se demande comment il a pu y avoir autant de candidats à l’élection présidentielle crachant sur l’Europe, depuis des petits candidats conspirationnistes jusqu’au FN en passant par la France Insoumise. On se demande comment un candidat socialiste à la présidentielle a pu lorgner tout le temps de sa campagne en direction du candidat europhobe et germanophobe de la France insoumise et abandonner tous ceux de ces électeurs de la primaire qui, précisément, ne voulaient pas du national-souverainisme de Jean-Luc Mélenchon.

C’est ce « non ça suffit, stop! » qui m’a amené à faire campagne et à voter pour Emmanuel Macron à la Présidentielle et Isia Khalfi, candidate de la République En marche dans la première circonscription des Hauts de Seine (Colombes-Gennevilliers-Villeneuve la Garenne).

A gauche, je ne vois rien venir. Pour moi, la vie est ailleurs. En attendant, je vais m’occuper des élections allemandes.

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