Est de l'Allemagne, la Saxe et le Brandebourg ont voté

Le Brandebourg et la Saxe ont voté ce dimanche 1er septembre. Le parti d'extrême droite, AFD, a gagné 555 000 voix. Les électeurs ont désavoué les coalitions sortantes CDU-SPD en Saxe et SPD-Linke dans le Brandebourg, mais ont confirmé les ministres-présidents en Saxe et dans le Brandebourg. Ce résultat ne correspond pas à la tendance générale en Allemagne
  • Voici les résultats des élections dans les Länder de Saxe et du Brandebourg

1. Saxe

Participation; 65% (+15,9%)

CDU: 32,1% (-7,3%) 46 sièges / Linke: 10,4% (-8,5) 14 sièges / SPD: 7,7% (-4,7) 10 sièges / AfD (extrême droite): 27,5% (+17,8%) 30 sièges au lieu de 37 (voir commentaire plus bas) / Grünen: 8,6% (+ 3%) 11 sièges / FDP (Libéraux): 4,5% (+0,7) 0 sièges / Freie Wähler FW (divers droite): 3,3 (+1,7) 0 siège / NPD: 0,6 (-4,3) Divers: 5,3 % (-2) 0 siège 

114 sièges. 58 sièges pour coalition

Coalition sortante: CDU/ SPD. Coalition possible Coalition Kenya, noire-rouge-verte: CDU-Grünen-SPD

2. Brandebourg

Participation; 59% (+11,1%)

CDU: 15,6% (-7,4%) 15 sièges / Linke: 10,7% (-7,9) 10 sièges / SPD: 26,2% (-5,7) 25 sièges / AfD (extrême droite): 23,5% (+11,3%) 23 sièges / Grünen: 10,8% (+4,6%) 10 sièges / FDP (Libéraux): 4,1% (+2,6) 0 sièges / Freie Wähler FW (divers droite): 5% (+2,3) 5 sièges / Divers: 4,1% (-0,2%)

88 sièges. 45 sièges pour coalition

Coalition sortante: SPD-Linke / Coalitions possibles: SPD-Linke-Grünen ou SPD-CDU-Grünen ou SPD-CDU-FWähler ou CDU-AfD

Forte augmentation de la participation dans les deux Länder qui a profité à tous les partis, mais surtout au parti d'extrême droite, AfD qui a gagné lors de ces deux élections 550 000 nouveaux électeurs. D'où viennent-elles?

Selon ARD/Infratest Dimap :

Brandebourg : Vers l'AfD, abstentionnistes 100 000 / CDU 29 000 / SPD 13 000 /  Linke 12 000 / Grünen 2 000 / FW 1 000  / Divers 3 000

Saxe : Vers l'AfD, abstentionnistes 226 000 / CDU 84 000 / SPD 11 000 / Linke 29 000 / Grünen 6 000 / FDP 3 000

Les gouvernements sortants, CDU-SPD pour la Saxe et SPD-Linke pour le Brandebourg ont été rejetés, mais les ministres-présidents sortants ont été confirmés: Michael Kretschmer, CDU, Saxe et Dietmar Woitke, SPD, Brandebourg.

En Saxe, l'AfD n'obtiendra pas au parlement le nombre de sièges qui lui revient normalement. En raison de vices de forme du parti, elle n'a pu présenter qu'une liste de 30 candidats. Ils seront tous au parlement. Les sièges manquants resteront vacants. Il est certain que l'AfD portera plainte contre cette décision

La majorité en Saxe est de 58 sièges, ce qui est exclut pour la majorité sortante, une coalition CDU-Grünen ne suffira pas non plus. La CDU de Saxe a déclaré clairement qu'elle ne gouvernerait ni avec die Linke ni avec l'AfD. Il reste donc comme possibilité une coalition CDU-Grünen-SPD ou coalition Kenya, noire-vert-rouge. Mais les Grünen ont de fortes exigences et ne souhaitent pas à juste titre qu'une coalition Kenya soit la poursuite de la coalition sortante CDU-SPD, modèle de grande coalition déjà rejetée à l'échelon national. 

Dans le Brandebourg, la coalition sortante SPD-Linke perd aussi sa majorité. Une coalition SPD-Grünen est impossible, de même qu'une coalition SPD-CDU. Il y a donc 4 possibilités: SPD-Grünen-Linke ou SPD-CDU-Grünen ou SPD-CDU-Freie Wähler ou mais improbable CDU-AfD. La nouvelle présidente de la CDU, Annegret Kram-Karrenbauer, fera tout pour empêcher une coalition SPD-Grünen-Linke.

L'AfD apparaît comme la grande gagnante de cette élection et ce, le jour du 80e anniversaire de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie et du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ce qui a été relevé par l'ensemble des forces démocratiques en Allemagne. C'est l'aile dure de l'AfD qui pointe son nez dans ces deux Länder: en Saxe le chef de l'AfD, Jörg Urban, avait travaillé à ce que l'AfD se rapproche du mouvement Pegida (Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident). L'homme fort de l'AfD du Brandebourg, Andreas Kalbitz, a participé dans le passé à des meetings néonazis et à une marche néo-nazie à Athènes avec le chef du NPD.

L'AfD a confirmé ainsi ses résultats des élections législatives de 2017 et des élections européennes de 2019. Son électorat vient de toutes les couches de la société mais il s'agit surtout d'un électorat masculin, ouvrier, notamment des gisements de lignite de la Lusace. L'électorat de l'AfD de ces deux Länder partage totalement les positions nationales idéologiques de l'AfD (Immigration, Islam, criminalité). 

L'AfD a surfé sur le déclassement des Allemands de l'Est et les peurs des migrations en faisant campagne contre les partis politiques traditionnels qu'elle assimile au SED, l'ancien parti communiste de la RDA. Elle s'est appropriée tous les mots d'ordre de l'époque de la chute du mur notamment le plus célèbre d'entre eux: "Nous sommes le peuple". L'AfD du Brandebourg a même utilisé dans sa campagne une affiche avec le portrait de Willy Brandt et le mot d'ordre de ce dernier "oser plus de démocratie" de 1969 avec bien sûr le logo de l'AfD sur l'affiche.

En même temps, l'AfD a défendu un credo climato-sceptique, en s'opposant à la sortie du charbon et aux énergies renouvelables, d'où son succès dans les zones industrielles productrices de lignite. 

Dans ce contexte, les Grünen ont fait un score honorable selon leur président, Robert Habeck, surtout qu'ils ont toujours été faiblement implantés à l'Est. L'électorat jeune a préféré se tourner vers les Grünen que vers die Linke

La grande perdante de cette élection est die Linke qui était le grand parti populaire à l'Est, elle est maintenant remplacée par l'AfD. die Linke a perdu des voix partout, particulièrement là où elle est dans l'opposition comme en Saxe ou bien au Gouvernement comme dans le Brandebourg. Les tentatives d'une implantation plus forte dans les zones rurales en Saxe et d'un rajeunissement des participants au Gouvernement comme dans le Brandebourg n'ont pas suffi.  On peut se poser la question pourquoi ceux qui avaient entre 15 et 35 ans en 1989 sont faiblement représentés dans le parti. Les débats interminables au sein du parti se sont transformés en un conflit qui l'a paralysé et qui était visible à l'extérieur. les causes sont beaucoup plus profondes qu'il faudra analyser. Mais c'est vraiment la fin d'une époque.

Il est temps, aussi bien pour die Linke, que pour tous les partis démocratiques de faire un vrai travail d'analyse de la RDA, de l'époque communiste. Car enfin quand même, c'est dans l'ex-RDA, en Hongrie et en Pologne où le repli est le plus fort, où l'extrême droite fait une véritable percée comme en Saxe et dans le Brandebourg, où des gouvernements aux idées d'extrême droite et anti-migrants dirigent la Hongrie et la Pologne. 

Mais, les dernières élections européennes et les sondages actuels à l'échelon national montrent que l'extrême droite ne se développe pas en Allemagne, bien au contraire. Les élections du Brandebourg et de la Saxe ne rassemblent que 5 millions d'électeurs inscrits.     

La grande coalition CDU-SPD à l'échelon national est dépassée, le SPD est à l'agonie et on ne peut pas s'en réjouir. Une grande coalition ne doit avoir lieu qu'exceptionnellement, car elle développe davantage une situation de statut quo, d'autant plus quand elle dure plus qu'un mandat, surtout que l'opposition est réduite ce qui n'est pas bon pour la démocratie. Que font les gens ? Ils vont voir ailleurs, ils peuvent regarder vers l'extrême droite comme c'est le cas à l'Est, mais aussi vers les Grünen comme dans le reste de l'Allemagne, c'est ce que fait la jeunesse pour le climat et aussi dans la lutte contre l'extrême-droite.

Petit conseil de lecture: l'excellente tribune de Gilbert Casasus "le signal d'alarme est-allemand" parue dans Le Temps

 

 

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